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La droite triomphe aux régionales à Madrid, Pablo Iglesias, chef de Podemos, tire sa révérence

Par euronews
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La droite triomphe aux régionales à Madrid, Pablo Iglesias, chef de Podemos, tire sa révérence
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La droite espagnole et sa figure montante, Isabel Díaz Ayuso, ont triomphé aux élections régionales à Madrid. Un revers cinglant pour le Premier ministre socialiste Pedro Sanchez et son allié Podemos, dont le chef Pablo Iglesias a annoncé son retrait de la vie politique.

Isabel Diaz Ayuso, 42 ans, a doublé son score par rapport au dernier scrutin il y a deux ans. Sa critique virulente des restrictions sanitaires a porté ses fruits comme en atteste Jose Fernandez, électeur heureux de 21 ans :

"Je pense que nous devons profiter de la vie et ne pas nous enfermer chez nous comme le veulent les socialistes. Donc le PP (Parti Populaire) devait gagner et longue vie à Ayuso".

Et la présidente de la région de Madrid continue de défier le premier ministre socialiste Pedro Sanchez.

"Un nouveau chapitre dans l'histoire de l'Espagne commence aujourd'hui", a-t-elle déclaré devant une foule compacte réunie devant le siège de sa formation, le Parti Populaire (PP), dans le centre de la capitale espagnole.

"Nous vous promettons deux ans de plus de gouvernance libérale, nous vous promettons de baisser les impôts, de protéger l'enseignement public, privé et spécialisé. De veiller à notre système de santé et de veiller à toutes les grandes choses que nous avons construites à nous tous."

Isabel Diaz Ayuso a défié les ordres du gouvernement central en s'opposant à la fermeture des bars et restaurants de Madrid et cela a joué en sa faveur.

Diriger avec Vox

Mais si le Parti populaire a gagné, il n'a toujours pas la majorité des sièges au parlement régional et devra composer avec le parti d'extrême droite Vox.

La dirigeante régionale de Vox, Rocio Monasterio, soutient déjà Isabel Diaz Ayuso depuis deux ans et a fait savoir qu'elle pouvait compter sur les 13 voix des députés régionaux tout juste élus de Vox.

La fin de Pablo Iglesias en politique

La participation au scrutin, 75 %, a battu des records. Le parti de gauche Podemos a pourtant seulement gagné trois députés régionaux cette année (10 au total).

Et c'est sans doute ce qui a poussé Pablo Iglesias, chef de Podemos, à dire "quand on cesse d'être utile, il faut savoir se retirer".

Pablo Iglesias a voulu révolutionner la gauche dans une Espagne plongée dans l'austérité, avec pour slogan "Sí se puede" ("Oui, on peut").

Cheveux longs noués en queue de cheval ou en chignon, l'ancien professeur de sciences politiques de 42 ans est l'un des principaux visages de la politique espagnole depuis la création en 2014 de la formation de gauche radicale Podemos, héritière du mouvement des Indignés et des manifestations anti-austérité massives de 2011.

Il était entré au gouvernement en janvier 2020 comme deuxième vice-président du gouvernement dirigé par le socialiste Pedro Sánchez, et il a pris tout le monde de court en mars en démissionnant pour se présenter aux élections régionales à Madrid, dans le but de sauver Podemos d'une déroute dans l'un de ses bastions.

Mais il a perdu son pari. Malgré sa participation, les partis de gauche ne sont pas parvenus à battre la droite, au pouvoir dans la région depuis 26 ans.

Un revers qui a sonné la fin de la carrière politique d'Iglesias, qui avait déjà prévu de passer le témoin à la tête de Podemos à la ministre du Travail, Yolanda Díaz.

Retour sur le parcours de Pablo Iglesias

La politique a toujours coulé dans les veines de Pablo Iglesias, né à Madrid le 17 octobre 1978 et prénommé ainsi par ses parents en l'honneur d'un autre Pablo Iglesias, fondateur au XIXème siècle du Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE).

Fils d'une avocate et d'un inspecteur du travail emprisonné pendant la dictature de Francisco Franco (1939-1975), il rejoint les Jeunesses communistes dès 14 ans.

Ce militantisme précoce le conduira à s'intéresser aux mouvements altermondialistes et aux nouvelles formes de socialisme qui émergent en Amérique latine.

Au fil d'un parcours universitaire brillant, Pablo Iglesias obtient une licence en droit, un master en communication et un doctorat en sciences politiques.

Enseignant à l'université madrilène de La Complutense, il y rencontre ceux qui deviendront l'équipe fondatrice de Podemos.

Le poing levé et scandant "Sí se puede" ("oui, on peut"), Iglesias et ses camarades de Podemos entrent dès 2014 au Parlement européen et mettent fin en 2015 avec les libéraux de Ciudadanos au bipartisme espagnol socialistes/conservateurs.

Dénonçant avec fureur l'austérité et la corruption de la "caste" politique et économique, Podemos, dont les députés tranchent dans l'ambiance feutrée des Cortes en raison de leur look, devient alors la troisième force politique espagnole.

Rêvant de dépasser les socialistes pour représenter l'alternative à gauche, Podemos échoue.

Mais il finit par s'entendre avec son frère ennemi pour renverser en 2018 le conservateur Mariano Rajoy et former l'an dernier avec les socialistes le premier gouvernement de coalition du pays depuis la fin de la dictature franquiste.

Au gouvernement, il avait fait du blocage des loyers ou de l'abrogation d'une réforme du marché du travail des conservateurs ses principaux chevaux de bataille.

Charismatique, Pablo Iglesias, qui excelle dans les débats télévisés, est depuis le début l'âme de la formation, au point que son visage et sa queue de cheval figuraient sur les bulletins de vote des européennes de 2014.

Mais son hyper-leadership a rapidement généré des scissions au sein du parti, qu'il dirigeait avec pour bras droit sa compagne, la ministre de l'Egalité Irene Montero.

Avec elle, Pablo Iglesias, qui se vantait d'avoir grandi dans le modeste quartier ouvrier de Vallecas à Madrid, a acheté une villa avec piscine de plus de 600 000 euros dans la banlieue de la capitale, où ils vivent avec leurs trois enfants, ce qui a provoqué des remous au sein du parti.

Passionné et sincère pour ses partisans, démagogue pour ses détracteurs, principalement au sein de la droite espagnole, qui critique ses liens avec le Venezuela, il a été longtemps comparé à Alexis Tsipras, leader de la gauche radicale grecque qui a gouverné de 2015 à 2019 en fustigeant l'austérité budgétaire de Bruxelles.

Sources additionnelles • AFP, EFE