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La République de Chypre menace l'agenda positif européen pour la Turquie de veto

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Par Efi Koutsokosta
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Près d'un mois après la réunion informelle sur la question chypriote avec les cinq parties à Genève et alors que les relations entre l'Union européenne et la Turquie occupent le devant de la scène, nous avons rencontré à Bruxelles avant la tenue de la réunion extraordinaire du Conseil européen des 24 et 25 mai 2021, le président de la République de Chypre, Nicos Anastasiades.

"La solution de deux États, c'est quelque chose d'impensable !"

Efi Koutsokosta, euronews :

"Commençons par la récente réunion informelle qui s'est tenue à Genève sur la question chypriote avec l'ensemble des acteurs : les Grecs chypriotes, les Turcs chypriotes, la Grèce, la Turquie et le Royaume-Uni. On a vu que les deux parties ont des positions diamétralement opposées et le fossé qui les sépare semble infranchissable. Vous avez insisté sur le principe d'une fédération bizonale et bicommunautaire. De son côté, la partie chypriote turque a proposé cette fois, la création de deux États. Pensez-vous que l'on puisse combler ce fossé ?"

Nicos Anastasiades, président de la République de Chypre :

"En ce qui nous concerne, tout ce que nous avons présenté se trouve dans ce que prévoient déjà les paramètres des Nations Unies. Nous avons présenté les points de convergence qui avaient été atteints par le dialogue lors des précédentes négociations. Nous avons apporté des informations spécifiques sur la manière dont les droits des Chypriotes turcs sont protégés et dont les droits de l'homme sont garantis pour tous. Comment pouvons-nous accepter des positions qui se font au mépris de ce qui se passe dans tout État fédéral ? Autrement dit, nous avons fait des concessions pour satisfaire les demandes des Chypriotes turcs. Qu'est-ce qui a créé ce fossé ? Cette opinion totalement nouvelle comme quoi nous devrions - non pas aller vers la solution d'une fédération bizonale et bicommunautaire avec une égalité politique comme cela est défini dans les résolutions des Nations Unies -, mais choisir la solution de deux États, c'est quelque chose d'impensable ! Et d'ailleurs, également aux yeux de la communauté internationale ! Car cela contredit toutes les résolutions de l'ONU sans exception qui concernent la question chypriote, mais aussi les positions de l'Union européenne."

"Un revers pour le règlement de la question chypriote en général"

Efi Koutsokosta :

"Pour autant, vous étiez à Genève et vous avez vu M. Ersin Tatar, le dirigeant chypriote turc, soumettre officiellement pour la première fois, cette proposition de deux États. Êtes-vous déçus que le Secrétaire général des Nations Unies ait accepté une chose pareille ? Est-ce un revers pour la position grecque chypriote à ce stade ?"

Nicos Anastasiades :

"Ce n'est pas un revers pour la position grecque chypriote, mais un revers pour le règlement de la question chypriote en général. Mais je suis certain que le Secrétaire général ne prendra pas le risque d'organiser une autre réunion avec les cinq parties - même si elle est informelle - s'il n'arrive pas à voir un terrain d'entente sur certains points. Quand M. Erdogan - la Turquie - affirme que toute négociation pour trouver une solution au problème chypriote ne peut démarrer que si un État chypriote turc souverain est reconnu, on se rend bien compte que cela ne mène nulle part. Tout d'abord, le mandat du Secrétaire général ne permet pas - et à titre personnel, il n'en a pas l'autorisation - de pouvoir organiser une conférence similaire avec les éléments présentés à Genève et avec ceux qui sont évoqués à maintes reprises dans les déclarations du président turc et d'autres officiels. Et c'est la raison pour laquelle je veux croire que le Secrétaire général évaluera tous les aspects de tous les facteurs en jeu avant de décider s'il est autorisé à organiser une nouvelle réunion."

"Le Royaume-Uni doit jouer un rôle qui permet d'aller dans la bonne direction"

Efi Koutsokosta :

"Le Royaume-Uni a-t-il changé d'approche à l'égard de la question chypriote depuis le Brexit ?

Nicos Anastasiades :

"Les Britanniques mènent toujours la politique qui selon eux, servira leurs intérêts. Tout le monde sait qu'à Chypre, ils maintiennent des bases militaires. Leur présence est prévue par le Traité d'établissement de la République de Chypre. Ils ne peuvent donc pas promouvoir, accepter ou proposer une solution à deux États. Mais ce qu'ils essaient de faire - du moins avec les propositions qu'ils ont présentées -, c'est d'accorder un droit souverain qui peut sembler totalement innocent au premier abord, mais ensuite, ce droit souverain devient un droit à l'auto-détermination, à la sécession. Nous voulons travailler en étroite collaboration avec les Britanniques qui ont joué - et continuent de jouer - un rôle, mais ce doit être un rôle qui permet d'aller dans la bonne direction et qui ne vise pas à nous rapprocher des demandes inacceptables émises par la Turquie."

Iakovos Hatzistavrou/Copyright 2020 The Associated Press. All rights reserved
Nicos Anastasiades, président de la république de ChypreIakovos Hatzistavrou/Copyright 2020 The Associated Press. All rights reserved

Efi Koutsokosta :

"Diriez-vous qu'au final, leur attitude à Genève a été constructive ?"

Nicos Anastasiades :

"Elle l'a été parce qu'ils ont dit très clairement qu'une solution à deux États était inconcevable et encore plus, inacceptable."

"Un agenda positif est adopté quand il existe une attitude positive ; or les défis s'accumulent"

Efi Koutsokosta :

"Lors du Conseil européen prévu en juin, il sera question de la Turquie. J'aimerais vous poser une question très simple : l'Union européenne a proposé ce qu'elle a appelé "un agenda positif" qui comporte différents éléments fondés sur le postulat que les discours de la Turquie au sujet de l'Est de la Méditerranée et ses agissements dans la zone en rapport avec la Grèce et la République de Chypre s'améliorent. Jugez-vous cet argument justifié ?"

Nicos Anastasiades :

"Le fait que ses navires aient actuellement interrompu leurs projets d'exploration gazière - ce qui veut dire qu'ils ont cessé pour l'instant, de remettre en cause la souveraineté de la République de Chypre dans sa zone économique exclusive - n'est pas suffisant. Les projets qui visent à faire revivre la ville fantôme de Famagouste se poursuivent. Mais au-delà de ça, un nouveau défi se pose avec la proposition de solution à deux États. En substance, ce qu'ils cherchent, c'est soit l'annexion de la partie nord de l'île, soit la mise en place d'un État fantoche qui sera une province de la Turquie avec un statut d'indépendance encadré par le niveau de contrôle exercé par la Turquie."

"J'attends un engagement plus concret de la part de l'Union européenne concernant la Turquie"

Efi Koutsokosta :

"Ce qui signifie qu'en juin, quand vous reviendrez à Bruxelles pour participer au Conseil européen, vous bloquerez toute décision déclenchant cet "agenda positif" qui, je le rappelle, pourrait inclure une modernisation de l'union douanière, ce à quoi, on le sait, la Turquie tient beaucoup..."

Nicos Anastasiades :

"Un agenda positif est adopté quand il existe une attitude positive. Quand au contraire, les défis s'accumulent, vous voyez bien que ce serait un suicide politique si de mon point de vue, j'acceptais un agenda positif qui n'inclurait pas la question chypriote. Je n'ai pas le choix."

Efi Koutsokosta :

"Êtes-vous prêt à déposer un veto ?"

Nicos Anastasiades :

"Absolument."

Efi Koutsokosta :

"Qu'attendez-vous finalement de l'Union européenne ?"

Nicos Anastasiades :

"Au-delà de la solidarité qui est évoquée dans les déclarations, j'attends un engagement plus actif, plus concret et de la détermination pour que la Turquie comprenne qu'elle ne peut pas s'amuser à exploiter les intérêts particuliers de certains pays européens."

Journaliste • Efi Koutsokosta