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Climat : au cœur d'un été catastrophe, le monde attend le rapport crucial du Giec

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Par Louise Brosolo avec AFP
Manifestation pour le climat en marge d'une réunion du G20 sur l'environnement, à Naples, en Italie, le jeudi 22 juillet 2021.
Manifestation pour le climat en marge d'une réunion du G20 sur l'environnement, à Naples, en Italie, le jeudi 22 juillet 2021.   -   Tous droits réservés  Salvatore Laporta, AP
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Précédé par une avalanche de catastrophes ayant remis le réchauffement climatique à la Une, le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (Giec) démarre, lundi 26 juillet, deux semaines de réunion virtuelle des 195 États membres pour valider le premier volet de leur 6ème rapport sur le climat mondial. Un texte de référence sur le dérèglement climatique, qui sera publié le 9 août prochain, à 100 jours de la COP26, évènement crucial pour l'avenir de l'humanité.

Un texte très attendu, d'autant que depuis le dernier rapport d'évaluation des scientifiques du Giec en 2014, le monde a changé. L'accord de Paris signé en décembre 2015 a fixé l'objectif de limiter le réchauffement "en deçà" de +2 degrés par rapport à l'ère préindustrielle, si possible +1,5°C et des jeunes du monde entier sont descendus par millions dans les rues pour réclamer à leurs dirigeants d'agir plus vite mais les signes du dérèglement climatique n'ont jamais été aussi flagrants.

Faisons-nous déjà face aux conséquences du dérèglement climatique ?

C'est à cette question que va tenter de répondre le premier volet du rapport du Giec. Le texte porte sur les éléments scientifiques les plus récents concernant le changement climatique alors que ces dernières semaines, le monde a subi une séries d'évènements catastrophiques : le "dôme de chaleur" allant jusqu'à avec 49,6 degrés, une canicule sans précédent fin juin au Canada, des incendies ravageurs en Sibérie et toujours en cours dans l'Ouest américain, des inondations meurtrières en Europe et un déluge en Chine.

Au Canada, les scientifiques du World Weather Attribution sont catégoriques, cette vague de chaleur aurait été "presque impossible" sans le réchauffement climatique causé par les humains.

Quant aux inondations en Europe, de tels phénomènes extrêmes deviennent "plus fréquents et plus probables" à cause du réchauffement, affirme Kai Schröter, hydrologue à l'Université de Postdam, en Allemagne, pays le plus durement touché par ces crues exceptionnelles.

À + 1,1°C, le climat a déjà changé

La version préliminaire du deuxième volet du rapport des experts climat de l'ONU, sorti dans la presse le 23 juin dernier, dresse un constat alarmant : le climat a déjà changé.

Alors que la hausse des températures moyennes depuis le milieu du XIXe siècle atteint 1,1°C, les effets sont déjà graves et seront de plus en plus violents, même si les émissions de CO2 sont freinées.

"Le pire est à venir, avec des implications sur la vie de nos enfants et nos petits-enfants bien plus que sur la nôtre", martèle le Giec. Pénurie d'eau, exode, malnutrition, extinction d'espèces... la vie sur Terre telle que nous la connaissons sera inéluctablement transformée par le dérèglement climatique d'ici à 30 ans, voire plus tôt.

Même en limitant la hausse à 2 degrés, d'ici à 2050 jusqu'à 80 millions de personnes supplémentaires souffriront de famine et 130 millions pourraient tomber dans la pauvreté extrême d'ici dix ans.

En 2050, des centaines de millions d'habitants de villes côtières seront menacés par des vagues-submersion plus fréquentes, provoquées par hausse du niveau de la mer, qui entrainera à son tour des migrations importantes.

L'accord de Paris pas assez ambitieux

Parmi les conclusions les plus importantes du document des experts climatiques, figure un abaissement du seuil au-delà duquel le réchauffement peut être considéré comme acceptable.

En signant l'accord de Paris en 2015, les dirigeants mondiaux se sont engagés à limiter le réchauffement à +2°C par rapport à l'ère préindustrielle, en visant idéalement +1,5 degrés.

Mais le texte du Giec montre que cet objectif n'était pas assez ambitieux. Le groupe d'experts sur le climat estime désormais que dépasser les 1,5 degrés pourrait progressivement entraîner " des conséquences graves, pendant des siècles, et parfois irréversibles".

À +1,5°C, dans les villes, 350 millions d'habitants supplémentaires seront exposés aux pénuries d'eau, 400 millions à + 2°C. Et avec ce demi degré supplémentaire, 420 millions de personnes de plus seront menacées par des canicules extrêmes.

Où en est l’Europe ?

En 2020, l’ONU estimait que les pays du G20, responsables de plus de 80% de la pollution climatique devaient montrer la voie, et notamment l'Union Européenne priée d'accélérer sa transition vers transition vers une énergie propre, en éliminant notamment le charbon.

En 2021, la Commission européenne a dévoilé sa proposition de nouvelle loi européenne sur le climat pour mettre l’Union sur la voie de la neutralité climatique (zéro émission nette de gaz à effet de serre) d’ici à 2050.

Le "green deal" européen comprend la fin des voitures à essence, une taxe kérosène dans l'aérien, un taxation des importations et la réforme du marché du carbone.

En point étape, 2030. L’UE a pour objectif de diminuer d’au moins 55% les émissions de gaz à effet de serre par rapport à 1990 et la consommation européenne d'énergie finale devra baisser d'au moins 38%.

Ces mesures feront l'objet, pendant au moins un an, de discussions entre eurodéputés et les 27 États membres avant de pouvoir être appliquées.

Émissions record d'ici à 2023

Malgré leur apparente bonne volonté, les pays du G20 sont globalement loin de respecter leurs engagements en matière de climat.

Pour espérer limiter le réchauffement à +1,5°C, il faudrait réduire chaque année les émissions de 7,6% en moyenne, entre 2020 et 2030, selon l'ONU. Et si 2020 a vu une baisse de cette ampleur en raison de la pandémie, un rebond est attendu.

L'Agence internationale de l'énergie, notant la faible part des plans de relance post-Covid-19 consacrée aux énergies propres, prédit même des émissions record d'ici à 2023.

Selon l'Organisation météorologique mondiale, il y a 40% de probabilité que ce seuil de +1,5°C sur une année soit dépassé au cours des 5 prochaines années.

En dépit de ses conclusions alarmantes, le rapport offre une note d'espoir. L'humanité peut encore orienter sa destinée vers un avenir meilleur en prenant aujourd'hui des mesures fortes pour freiner l'emballement de la deuxième moitié du siècle.

Mais il faudra attendre début 2022 pour connaître en détail les préconisations du Giec. Le deuxième volet, sur les conséquences du réchauffement climatique et les mesures d'adaptation doit être publié officiellement en février 2022 et la troisième partie, consacrée aux mesures d'atténuation, le mois suivant.