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Climat : le seuil de +1,5°C atteint autour de 2030, 10 ans plus tôt qu'escompté selon le GIEC

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Par Euronews avec AFP
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Archives : le périphique parisien lors d'un pic de pollution, le 31 juillet 2020
Archives : le périphique parisien lors d'un pic de pollution, le 31 juillet 2020   -   Tous droits réservés  ALAIN JOCARD / AFP
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Le nouveau rapport des experts climat de l'ONU (GIEC) publié ce lundi est sans appel : le réchauffement climatique s'accélère. La limite de +1.5°C de réchauffement par rapport à l'ère préindustrielle sera atteint vers 2030, soit 10 ans plus tôt que les projections précédentes.

C'est une "alerte rouge" pour l'humanité, doit "sonner le glas" des énergies fossiles qui "détruisent la planète", a réagi le secrétaire général des Nations unies Antonio Guterres.

Ce rapport d'évaluation scientifique, le premier complet depuis sept ans, "doit sonner le glas du charbon et des énergies fossiles, avant qu'ils ne détruisent la planète", a-t-il déclaré dans un communiqué, en plaidant pour qu'aucune centrale à charbon ne soit construite après 2021.

"Les pays devraient également mettre un terme aux nouvelles explorations et production d'énergies fossiles et déplacer les subventions aux énergies fossiles vers les renouvelables", a ajouté le secrétaire général, qui s'en prend encore plus frontalement qu'à l'habitude à ces industries.

Le rapport du GIEC (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat) estime notamment que le seuil de +1,5°C de réchauffement par rapport à l'ère préindustrielle sera atteint autour de 2030, dix ans plus tôt que dans les précédentes projections, menaçant l'humanité de nouveaux désastres "sans précédent".

C'est "une alerte rouge pour l'humanité", a commenté Antonio Guterres. "Les sonnettes d'alarme sont assourdissantes : les émissions de gaz à effet de serre créées par les énergies fossiles et la déforestation sont en train d'étouffer notre planète", a-t-il ajouté.

Ce rapport, adopté vendredi par 195 pays, passe en revue cinq scénarios d'émissions de gaz à effet de serre, du plus optimiste – certains diraient utopiste – à l'hypothèse du pire.

Vers +4° ou +5° au rythme actuel

Alors qu'il faudrait réduire les émissions de CO2 de moitié d'ici 2030 pour tenir le +1,5°C, tous les regards se tournent désormais vers Glasgow où se réuniront en novembre les dirigeants du monde entier.

Et à moins de trois mois de la conférence climat COP26, le constat choc des experts climat du GIEC pointe la responsabilité "indiscutable" dans les dérèglements climatiques des humains, qui n'ont d'autre choix que de réduire drastiquement les émissions de gaz à effet de serre, s'ils veulent en limiter les dégâts.

Alors que la planète a gagné pour l'instant +1,1°C, le monde voit de ses propres yeux les conséquences déjà à l'œuvre. Encore plus cet été, avec les images de flammes ravageant l'Ouest américain, la Grèce ou la Turquie, des flots submergeant des régions d'Allemagne ou de Chine, ou un thermomètre qui frôle les 50°C au Canada.

Même à +1,5°C, les canicules, inondations et autres événements extrêmes vont augmenter de manière "sans précédent" en termes d'ampleur, de fréquence, d'époque de l'année où elles frapperont et de zones touchées, prévient le GIEC. Pour aider à envisager les différents scénarios, le GIEC propose un simulateur qui permet de visualiser les effets de différentes projections.

"Il n'y a pas le temps d'attendre et pas de place pour les excuses", a insisté Antonio Guterres, réclamant que la COP soit un "succès".

Mais à ce stade, seule la moitié des gouvernements ont révisé leurs engagements d'émissions de gaz à effet de serre. La précédente série d'engagements, pris dans la foulée de l'Accord de Paris de 2015, conduirait à un monde à +3°C, s'ils étaient respectés, mais au rythme actuel, le monde se dirige plutôt vers +4°C ou +5°C.

Au milieu de ses sombres projections, le GIEC apporte malgré tout un espoir auquel se raccrocher.

Dans le meilleur scénario, la température pourrait revenir sous le seuil de +1,5°C d'ici la fin du siècle, en coupant drastiquement les émissions et en absorbant plus de CO2 qu'on en émet. Mais les techniques permettant de récupérer le CO2 dans l'atmosphère à large échelle sont toujours à l'état de recherche, note le GIEC.

Des conséquences irréversibles

Et certaines conséquences du réchauffement sont de toute façon "irréversibles", insiste le rapport. Sous l'influence de la fonte des glaces polaires, le niveau des océans va continuer à augmenter pendant "des siècles, voire des millénaires". La mer, qui a déjà gagné 20 cm depuis 1900, pourrait encore monter d'environ 50 cm d'ici 2100, même à +2°C.

"Ça semble lointain, mais des millions d'enfants déjà nés devraient être encore bien vivants au 22e siècle", souligne Jonathan Bamber, un des auteurs du rapport.

Pour la première fois, le GIEC souligne également "ne pas pouvoir exclure" la survenue des "points de bascule", comme la fonte de la calotte glaciaire de l'Antarctique ou la mort des forêts, qui entraîneraient le système climatique vers un changement dramatique et irrémédiable.

Mais ce n'est pas une raison pour abandonner le combat, au contraire, insistent scientifiques et militants. Parce que le changement climatique ne se déchaîne pas par magie à un certain seuil : chaque fraction de degré compte et renforce les impacts.

"Nous ne sommes pas voués à l'échec", assure Friederike Otto, une des auteurs du rapport.

"Nous ne laisserons pas ce rapport être remisé sur une étagère", insiste de son côté Kaisa Kosonen, de Greenpeace. "Nous l'apporterons avec nous dans les tribunaux".