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Attentats du 13 novembre 2015 à Paris : six ans après, début d'un procès historique

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Par Julien Pavy avec AFP
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Le Palais de justice de Paris (septembre 2021)
Le Palais de justice de Paris (septembre 2021)   -   Tous droits réservés  THOMAS COEX/AFP or licensors
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Six ans après les attentats du 13 novembre, le Palais de Justice de Paris accueille un procès hors normes devant une Cour d'assises spécialement aménagée dans le hall. L'audience doit débuter à 12h30, où commenceront à affluer dans la matinée et sous très haute surveillance les centaines de parties civiles, d'avocats et de journalistes attendus. Ce véritable marathon judiciaire devrait durer 9 mois.

Une Cour d'assises spécialement aménagée

Dans la salle, immense, 550 places, 10 caméras, plusieurs écrans de télévision... Les débats seront également retransmis dans 14 salles annexes dédiées aux parties civiles et aux journalistes venus du monde entier pour couvrir l'évènement. "La France entière va regarder ce procès, le monde entier va regarder ce procès", a résumé le ministre français de la Justice, Eric Dupond-Moretti, en visitant ce lundi les lieux.

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La salle de la Cour d'assises spécialeTHOMAS COEX/AFP or licensors

Une large partie de l'Île de la Cité, où se trouve le Palais de justice va être totalement bouclée pendant la durée du procès. Un vaste dispositif de sécurité a été, en effet, mis en place par la préfecture de police de Paris les jours d'audience.

Des parkings seront fermés, la circulation sera ainsi interdite dans un périmètre délimité par les autorités et les lignes de bus seront déviées. Les personnes et les véhicules entrant de ce périmètre de sécurité devront se soumettre à des "fouilles systématiques".

Le ministre de l'Intérieur français, Gérald Darmanin a demandé, pendant la durée du procès, aux responsables de la sécurité du territoire "un haut niveau de vigilance, tout particulièrement aux abords des lieux de culte, des lieux d'enseignements, de grands rassemblements dans un contexte de retour à la normale et des anciens lieux d'attentats".

20 accusés, dont 14 présents au procès

Dans un box vitré, très sécurisé, prendront place 11 des 20 accusés actuellement détenus, dont Salah Abdeslam, le seul membre du commando terroriste toujours en vie, qui aurait participé à la fusillade sur les terrasses avant de prendre la fuite et d'être arrêté cinq mois plus tard à Bruxelles.

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Mohamed Abrini (à gauche) et Salah Abdeslam (à droite)euronews

Présent également au procès, Mohamed Abrini, jugé, comme la plupart des accusés, pour avoir joué un rôle logistique pour le transport des terroristes, la fourniture d'armes ou le financement des attentats.

Trois accusés comparaissent libres. Six autres, absents, sont toujours recherchés et sont pour beaucoup présumés morts en zone irako-syrienne.

L'enquête tentaculaire a permis de reconstituer largement la logistique des attentats et mis au jour une cellule bien plus importante, qui a également frappé Bruxelles le 22 mars 2016 et fait 32 morts.

130 morts, 350 blessés, 1 800 parties civiles, 300 avocats

Le dossier d’instruction est considérable - plus d’un million de pages réunies en 500 tomes - comme le nombre de victimes de ces attentats : 130 morts, 350 blessés, beaucoup d'autres traumatisés.

1 800 personnes se sont constituées parties civiles pour ce procès qui verra défiler des témoins clés : des survivants, membres des forces de l'ordre ou hommes politiques, dont le président de l'époque François Hollande, son ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve ou l'ex-Procureur de la République François Molins.

"Plongeon dans l'inconnu"

Les deux premières journées d'audience seront essentiellement consacrées à l'appel des parties civiles. Pour éviter la cohue attendue, les associations de victimes ont conseillé à leurs membres de ne pas venir.

Pour le reste, "c'est un plongeon dans l'inconnu", déclare Arthur Dénouveaux, rescapé du Bataclan et président de l'association Life for Paris. "On a hâte que ça commence avec cette question : comment ça va se passer pendant neuf mois ?"

Chargée du soutien psychologique, l'association Paris Aide aux Victimes a reçu "énormément d'appels" ces derniers jours. Pour des questions logistiques, mais pas seulement. "On sent qu'il y a de l'angoisse, de l'effervescence. Certains se demandent ce que ça va leur faire de voir les accusés dans le box", explique la directrice Carole Damiani.

Les rescapés et proches commenceront à témoigner à la barre fin septembre. Ils se succéderont pendant cinq semaines pour raconter cette nuit d'épouvante et ses séquelles.

Un procès pour l'Histoire

Ce procès historique sera filmé pour les Archives nationales comme le furent ceux du nazi Klaus Barbie, du génocide rwandais ou plus récemment le procès des attentats de janvier 2015 contre Charlie Hebdo.

Une régie vidéo est déjà installée au fond de la gigantesque et flambant neuve salle d'audience. Elle permettra de piloter à distance les huit caméras qui enregistreront l’entièreté des débats, non pas pour les diffuser à la télévision mais pour graver un moment d'Histoire.

"L'enregistrement de ce procès permettra précisément de démontrer devant l'Histoire comment une démocratie a été conduite à juger des accusés pour des faits criminels terroristes", souligne le Premier président de la cour d'appel de Paris Jean-Michel Hayat dans son ordonnance autorisant le filmage.

Dérogation à l'interdiction stricte de photographier et filmer les procès édictée en 1954 après les couvertures sensationnalistes des procès de Marie Besnard et Gaston Dominici (accusés respectivement d'empoisonnement et d'un triple meurtre), cette captation en direct et sans montage est permise par la loi de 1985 pour la constitution d'archives audiovisuelles de la justice.