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La bourse de Paris s'envole et alors ?

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Par Maxime Bayce
Le bourse de Paris a atteint les 7000 points pour la première fois de son histoire
Le bourse de Paris a atteint les 7000 points pour la première fois de son histoire   -   Tous droits réservés  THOMAS COEX/AFP

La bourse de Paris a dépassé ce vendredi son plus haut niveau historique, au-delà des 7 000 points. Un an et demi après le début de la pandémie de Covid-19, la crise semble un lointain souvenir pour les marchés financiers. Pourquoi une telle embellie ? Est-ce que cela va profiter à l’économie réelle? Euronews vous explique.

La Bourse de Paris a clôturé la semaine au-dessus du seuil des 7 000 points pour la première fois de son histoire (7 040,79 points après un pic en séance à 7 063,40 points). Une séance exceptionnelle qui succède à plusieurs jours de forte hausse. La veille, l'indice vedette de la place parisienne avait ainsi terminé en hausse de 0,53% et atteint un record de clôture, pour le troisième jour consécutif.

Le 16 mars 2020 pourtant, alors que la France et l’ensemble de la planète se confinent, le CAC 40 était tombé à un peu plus de 3 600 points. Entre-temps, que s’est il passé ?

L’action des banques centrales et le secteur du luxe

Depuis le printemps 2020, l'argent coule à flots sur les marchés financiers grâce aux mesures de soutien exceptionnel des banques centrales, qui ont injecté autour d'une centaine de milliards de dollars par mois depuis un an et demi pour la Banque centrale européenne ou la Réserve fédérale américaine.

"L'action des banques centrales a bénéficié à tous les marchés actions", assure Jean-Patrice Prudhomme, directeur du pôle allocations et gestion de Milleis Banque. En Allemagne comme aux États-Unis, les indices vedettes ont déjà amélioré leur record. "Plus de liquidités, c'est moins de stress financier, plus de financement à taux bas et une rentabilité des actions bien plus élevée que celle des obligations", explique-t-il.

Avec la reprise économique, le secteur du luxe a également repris des couleurs. Les valeurs de ces marques représentent à elles seules plus d’un quart du CAC 40. Ainsi, le géant mondial du luxe LVMH a pris 34% depuis le début de l'année et Hermès 59%.

Risque d’une bulle ?

En 2000, le record absolu en séance à 6 944,77 points avait été enregistré le 4 septembre, juste avant l'éclatement de la bulle internet créée par l'engouement des investisseurs pour les nouvelles technologies.

Le CAC 40 vit-il une nouvelle bulle, 21 ans après ? La réponse est "non" pour l'analyste de la Milleis Banque, qui regarde davantage "le rapport entre niveaux des indices et niveaux de bénéfices" que la simple progression brute des marchés. Or, il note que "cette année, il y a eu un fort rebond des bénéfices".

Maxime Combes, économiste à l'Observatoire des multinationales est plus mesuré :"Il y a trop de liquidités sur les marchés et ces liquidités cherchent des endroits pour se rentabiliser. Au bout d'un moment cela peut alimenter des phénomènes spéculatifs. Après, est-ce que cela contribuera à la création d'une véritable bulle ? Et est-ce que cette bulle éclatera ? Ce sont des choses qu'on ne peut caractériser qu'a posteriori".

A qui cela profite ?

En toute logique, cela va bénéficier aux actionnaires des entreprises du CAC 40. Avec la reprise économique en 2021, le montant des dividendes a explosé au sein des multinationales de la place parisienne.

Selon un rapport de l’Observatoire des multinationales, en 2021 les entreprises du CAC 40 vont verser à leurs actionnaires 51 milliards de dividendes et de rachats d’actions. Sur l'ensemble de la période, 2020-2021, le montant s'élève à 93 milliards d'euros.

Des chiffres qui donnent le tournis, d’autant que leurs profits se sont effondrés de 55% en 2020. Toujours d'après l’Observatoire des multinationales, ces entreprises ont pioché dans leur trésorerie l'an passé pour maintenir un très haut niveau de rémunération pour leurs actionnaires.

Qui sont les actionnaires ?

A bien y regarder, l’image du petit actionnaire qui détient simplement quelques titres est largement fantasmée. L’actionnariat individuel est en baisse et ne représente que 8,5% de l’indice parisien.

MANDEL NGAN/AFP or licensors
Laurence D. Fink, patron de Blackrock, à New York (Etats-Unis), le 26 septembre 2018MANDEL NGAN/AFP or licensors

La part du lion, 26%, revient aux gestionnaires d’actifs, comme Blackrock, des géants de la finance qui collectent l’argent d’investisseurs institutionnels et le placent en bourse. Blackrock a ainsi perçu pas moins de 1,6 milliard d’euros de dividendes en 2020.

Pour Maxime Combes, ce niveau historique de la bourse de Paris "caractérise extrêmement bien ce qui est la préférence du CAC 40 pour la rémunération des actionnaires et la suppression d'emploi en France et le déploiement de tout une suite de série d’initiatives pour maximiser la valeur actionnariale d’une entreprise". "On l'observe depuis plus de 20 ans maintenant avec la tendance extrêmement forte du CAC 40 pour s'assurer que les actionnaires ne soient jamais les dindons de la farce", explique-t-il.

Et le ruissellement ?

Les richesses créées par les très bonnes performances de la bourse parisienne pourraient-elles être captées par l’impôt ? Rien n'est moins sûr.

Les grands groupes du CAC 40 sont relativement peu vertueux fiscalement. Une récente enquête d’un consortium de journalistes appelée Openlux a révélé l’ampleur de l’évitement fiscal pratiqué par le CAC 40. Selon Le Monde, 29 des 37 groupes qui le composent ont établi des filiales au Luxembourg où la taxation des entreprises est jusqu’à présent beaucoup plus "douce". C'est le cas notamment du groupe LVMH qui détient 24 filières dans le Grand-Duché.

CHRISTOPHE ARCHAMBAULT/AFP or licensors
Bernard Arnault et Emmanuel Macron lors de l'inauguration de la Samaritaine, le 21 juin 2021 (Paris, France)CHRISTOPHE ARCHAMBAULT/AFP or licensors

Quant à la moralité de ceux qui encaissent les dividendes, il est également permis d’en douter. Fin octobre, les CumexFiles, également révélés en France par Le Monde, donnaient pour la première fois une idée précise de l’ampleur de la fraude aux dividendes : 33 milliards en 20 ans pour la France et 140 milliards pour le monde entier. "L'importance de ses marchés financiers a fait de la France la première victime de ce pillage fiscale", précise le quotidien.

Reste que l'économie, après la crise, semble s'être plutôt bien relevée en France. Le PIB est revenu au niveau de fin 2019, et la croissance pourrait atteindre 7% pour 2021. Du jamais vu depuis 1969.

Quant au marché de l’emploi, il se porte également bien. Selon les derniers chiffres de l’Insee, 96 100 emplois ont été créés entre juillet et septembre et le taux de chômage devrait se maintenir autour des 7,6% pour le quatrième trimestre.

Cependant, le taux de pauvreté se maintient à un niveau élevé; 14,6% de la population, soit 9,3 millions de personnes touchées. "On ne voit d’ailleurs pas comment ce chiffre pourrait baisser vu qu’on n’augmente pas les salaires des salariés les plus pauvres", conclut Maxime Combes. "Ces personnes sont enfermées dans des trappes à pauvreté et ne vont pas voir la couleur de cette reprise économique. Il y a donc un appauvrissement des pauvres.Quand on voit le taux de pauvreté, il faut se demander si ça va aussi bien que ça ".