This content is not available in your region

Migrants : le président du Bélarus menace de couper le gaz à l'Europe en cas de sanctions

Access to the comments Discussion
Par Stephane Hamalian  & Euronews  avec AFP
euronews_icons_loading
Migrants : le président du Bélarus menace de couper le gaz à l'Europe en cas de sanctions
Tous droits réservés  AP Photo/Nikolay Petrov/BelTA

Le président russe Vladimir Poutine a exhorté jeudi l'Europe à renouer le dialogue avec son protégé, le dirigeant du Bélarus Alexandre Loukachenko, que Bruxelles accuse d'orchestrer une crise migratoire à la frontière avec la Pologne.

Quelques milliers de migrants, originaires principalement du Proche-Orient, sont bloqués dans des conditions difficiles à la frontière entre le Bélarus et la Pologne, une situation qui fera l'objet d'une réunion d'urgence du Conseil de sécurité de l'ONU jeudi.

L'Union européenne accuse Minsk d'avoir organisé ces mouvements migratoires, en délivrant des visas et en affrétant des vols, pour se venger de sanctions occidentales imposées au régime de M. Loukachenko l'an dernier après la brutale répression d'opposants.

Lors d'un entretien téléphonique avec la chancelière allemande Angela Merkel, le second en deux jours, M. Poutine a estimé que le règlement de cette "grave crise migratoire" passait par le "rétablissement des contacts entre les pays de l'UE et le Bélarus", selon un communiqué du Kremlin.

Mais, à bout de patience, Berlin a jugé jeudi qu'il était "grand temps de tirer les conséquences" de cette crise en renforçant les sanctions contre le régime de M. Loukachenko. Des mesures sont attendues en début de semaine prochaine, selon Bruxelles.

Menace gazière

Fort de l'appui russe, M. Loukachenko a menacé jeudi de riposter à d'éventuelles sanctions en fermant les vannes d'un important gazoduc alimentant l'Europe, au moment où le continent fait déjà face à des pénuries.

"Que se passerait-il si nous coupions le gaz naturel qui va là-bas ?", a lancé celui qui dirige le Bélarus d'une main de fer depuis 1994.

Mais dans un entretien exclusif accordé à l'AFP, sa principale opposante, Svetlana Tikhanovskaïa, qui vit en exil, a estimé que M. Loukachenko "bluffait", appelant l'UE à ne pas dialoguer avec ce dirigeant "illégitime".

Bruxelles accuse Minsk d'avoir mis en place une logistique pour attirer et acheminer les migrants à la frontière polonaise, avec la promesse d'un accès facile à l'espace Schengen.

Le Premier ministre polonais Mateusz Morawiecki, qui a accusé le régime de M. Loukachenko de "terrorisme d'Etat", a estimé jeudi que son pays était la cible d'une "guerre d'un genre nouveau" avec des civils utilisés comme "munitions".

Des migrants pris en étau

Varsovie affirme en outre que les forces de sécurité bélarusses tirent des coups de feu en l'air pour forcer les migrants à avancer.

Minsk soutient en retour que les gardes-frontières polonais violent les normes internationales en les refoulant avec violence.

Pris en étau, de nombreux migrants, dont des enfants et des femmes, sont coincés dans la zone frontalière boisée.

C'est le cas notamment de plus de 2 000 personnes, notamment des Kurdes, qui sont bloquées depuis plusieurs jours dans un camp de fortune, où ils se réchauffent en brûlant du bois pour supporter des températures proches de 0°C.

Une "aide humanitaire d'urgence", notamment des couvertures, des vêtements chauds et des couches, a pu leur être acheminée jeudi, a indiqué un porte-parole du Haut-Commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR).

Selon le quotidien polonais Gazeta Wyborcza, dix migrants sont morts dans la zone frontalière depuis le début de cette crise.

La Pologne sur le qui-vive

Face à cet afflux, la Pologne a déployé 15 000 militaires, érigé une clôture surmontée de fil de fer barbelé et approuvé la construction d'un mur à la frontière.

Varsovie a enregistré depuis août plus de 32 000 tentatives d'intrusion sur son territoire, dont 17 300 en octobre.

A Sokolka, ville polonaise située à une quinzaine de km de la frontière, les autorités étaient sur le qui-vive, arrêtant les véhicules pour vérifier qu'elles ne transportaient pas de migrants, a constaté mercredi l'AFP.

Plusieurs habitants de cette ville ont fait part de leur inquiétude et exprimé leur soutien à la fermeté de leurs autorités.

"J'ai peur que des migrants arrivent à passer, et des conséquences que cela pourrait avoir", a ainsi confié Henryk Lenkiewicz, un retraité âgé de 67 ans.

Redoutant d'être entraîné dans la crise, l'Ukraine, pays voisin du Bélarus, a annoncé jeudi le déploiement de 8 500 militaires supplémentaires à la frontière.