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La guerre du Prošek contre le Prosecco, deux vins pourtant différents

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Par Giorgia Orlandi
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La guerre du Prošek contre le Prosecco, deux vins pourtant différents
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C'est devenu un combat européen : Prosecco italien versus Prošek croate.

Alors que la Commission européenne s'apprête à délibérer sur la demande d’appellation d'origine protégée de la Croatie pour son vin Prošek, l'Italie s'y oppose fermement (comme elle l'a déjà fait en 2013 lorsque la Croatie est entrée dans l'Union européenne).

Début novembre, le gouvernement italien et "Coldiretti", la principale organisation d'agriculteurs d'Italie, ont envoyé leurs objections officielles à la Commission. La décision de Bruxelles pourrait ébranler le système de qualité de l'UE qui délivre les labels AOP, IGP et IG et peut-être ouvrir une boîte de pandore. Ces vins sont différents, l'un est sec et pétillant, l'autre est doux et liquoreux, mais le nom est trop proche, c'est là qu'est tout le problème pour l'Italie.

"L'objectif de notre initiative est de protéger le consommateur. Lorsque le consommateur se trouve devant le Prosecco et le Prošek, il peut être un peu perdu... et il y a beaucoup d'Italiens qui croient que Prošek est la traduction anglaise de Prosecco" nous explique Gian Marco Centinaio, sous-secrétaire italien à l'agriculture.

Le "made in Italy" a déjà été menacée à plusieurs reprises, mais surtout à l'extérieur des frontières européennes.

"A partir du moment où on s'attaque au Prosecco qui est le vin italien le plus vendu dans le monde, il est normal que cela devienne soudainement une affaire nationale. Et puis l'attaque vient directement d'un pays situé en Europe. Jusqu'à aujourd'hui, nous avions surtout eu des problèmes avec des noms dits "à consonance italienne" venant de pays extracommunautaires" ajoute Gian Marco Centinaio.

La Croatie fait valoir que le Prošek est un vin traditionnel depuis plusieurs siècles en Dalmatie.

Mais les promoteurs locaux du vin italien estiment que l'étiquette croate est simplement la version traduite du lieu d'origine du Prosecco, qu'il y a confusion et qu'il faut donc que les Croates changent de nom. Ils font un parallèle avec ce qui s'est passé pour l'AOP Champagne en France.

"Il est encore possible de trouver des bouteilles produites par des vignerons italiens au siècle dernier sous le nom de Champagne, par exemple. Et la même chose s'est produite avec les Croates en 1700, ils ont décidé d'utiliser ce nom pour désigner leur vin, mais il évoquait simplement la dénomination d'origine du cépage qui est liée à la localité nommée Prosecco qui a également le toponyme slovène de Prosek" a expliquéLuca Giavi, directeur général du Consortium "DOC" Prosecco.

L'appellation Prosecco fait aussi référence au territoire où le vin est produit, à savoir "Les Collines du Prosecco de Conegliano et Valdobbiadene" qui ont été déclarées patrimoine mondial de l'UNESCO en 2019.

Une raison supplémentaire, selon les viticulteurs et les responsables locaux, de s'opposer à la démarche de la Croatie.

_"La reconnaissance du site au patrimoine mondial de l'UNESCO est quelque chose qui aide l'économie. Les touristes se rendent dans la région pour visiter les collines qui sont très particulières d'un point de vue géologique... elles sont uniques au monde. Mais ils viennent aussi parce qu'ils l'associent au produit qu'ils peuvent trouver ici, qui fait partie de la culture et de la tradition locale. C'est un élément que l'Unesco a pris en considération lorsqu'elle a accordé une telle reconnaissance à la région" _a expliqué Marina Montedoro, présidente de l'association "Colline Prosecco UNESCO".

Le vin Prosecco est l'un des produits italiens les plus vendus dans le monde : 600 millions de bouteilles l'an dernier. Et c'est aussi l'un des marchés les plus rentables avec des ventes annuelles de 2,4 milliards d'euros dont la majeure partie est exportée. Les Croates rétorquent que le Prošek est produit en quantité infime et ne sera pas un danger.

Mais mieux vaut prévenir que guérir estiment les Italiens, déjà échaudés par la perte du nom d'un de leur vin blanc au profit de la Hongrie en 2007, le "Tocai Friulano" au profit du "Tokay" hongrois.