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En 2022, une présidence européenne comme les autres?

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Par Margaux Racaniere  & Valentine Hullin
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La crise sanitaire et l'élection présidentielle française risquent de perturber la présidence française du Conseil de l'UE
La crise sanitaire et l'élection présidentielle française risquent de perturber la présidence française du Conseil de l'UE   -   Tous droits réservés  Euronews

La présidence française du Conseil de l’Union européenne (UE), qui commence le 1er janvier 2022, se détache des anciennes présidences pour au moins trois raisons.

D’abord et ça n’aura échappé à personne, en avril prochain aura lieu l'élection présidentielle française, en plein milieu donc de la présidence française du Conseil de l’UE. Il arrive régulièrement que des événements nationaux majeurs se déroulent pendant les présidences du Conseil de l’UE. La présidence française de 1995 avait par exemple été marquée par une élection présidentielle.

L'élection présidentielle de 1995

En 1995, la présidence française de l’UE commence avec François Mitterrand. Quand Jacques Chirac est élu en juin, au beau milieu du mandat français, c'est lui qui reprend les dossiers initiés par son prédecesseur.

« Mais ce changement d'exécutif n’impliquait pas une discontinuité radicale. Il y avait une très grande continuité et des inflexions légèrement différentes ici et là » nuance Arnauld Leclerc, professeur de science politique à l’université de Nantes. «La donne nouvelle, peut-être, c'est que dans cette élection il y a aussi en France des candidats, [par exemple Éric Zemmour], qui marquent une rupture très forte sur la question européenne. Ça c'est plutôt nouveau. »

Autre limite de la comparaison avec 1995, cette année-là, le président sortant François Mitterrand n’est pas candidat à sa réélection. Il peut donc se consacrer pleinement à la présidence du Conseil de l’UE.

La présidence française du Conseil de l’UE 2022 s’inscrit aussi dans le contexte bien particulier de la pandémie de Covid-19 et de ses conséquences.

En 2008, la “présidence des crises”

Cela fait penser à la présidence de 2008 qu’on surnomme souvent “la présidence des crises”. Nicolas Sarkozy, au pouvoir à l’époque, avait dû faire face à l’opposition des Irlandais à un important traité européen, le traité de Lisbonne. La situation géopolitique était très tendue avec la Russie et l’Europe devait affronter la plus grande crise boursière de l’histoire contemporaine.

La présidentielle 2022 peut être parasitée à la fois par l'élection présidentielle mais aussi par la crise sanitaire, avec laquelle nous n'en avons pas fini visiblement
Marion Gaillard
Historienne spécialiste des questions européennes, professeure à Sciences Po Paris

« Cela faisait beaucoup de choses à régler et l'agenda prévu par Nicolas Sarkozy pour cette présidence française du Conseil de l’UE et par son secrétaire d'Etat aux Affaires européennes, Jean-Pierre Jouyet, a été un peu bouleversé, parce qu'il a fallu gérer les crises », analyse l'historienne Marion Gaillard, professeure à Sciences Po Paris, spécialiste des questions européennes et des relations franco-allemandesDonc c'est sûr que la présidentielle 2022 peut être parasitée à la fois par l'élection présidentielle mais aussi par la crise sanitaire, avec laquelle nous n'en avons pas fini visiblement. »

L’après Angela Merkel

Enfin, cette présidence française du Conseil de l’UE commence quelques semaines après la fin de l’ère Angela Merkel. L’ex-chancelière a dirigé l’Allemagne pendant seize ans et était, pour beaucoup, le visage de l’Union européenne.

Pour le politologue Arnauld Leclerc, « Mutti » a incarné pendant de nombreuses années une Europe assez stricte sur le terrain financier. « Aujourd’hui, on entend que c'est le plan pour sortir du Covid notamment, qu'il existe des Etats prêts à mettre des moyens plus importants, y compris des transferts financiers à l'Union et que du coup il y a une tentative, une possibilité de réorienter. [...] Pour Emmanuel Macron il y a une carte à jouer, là »

Cette présidence s’inscrit dans un contexte particulier qui risque de la couper dans son élan. Malgré tout, la France et son président comptent bien tirer profit de cet événement rare. Mais malgré cette ambition, il est bon de rappeler que les dossiers dont il sera question n’ont rien de neuf. Ils continueront à occuper les diplomates européens longtemps après cette période de six mois.