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Au Kazakhstan, une population lassée par la précarité et les inégalités

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Par Julien Pavy
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Un manifestant brandit le drapeau kazakh le 5 janvier 2022
Un manifestant brandit le drapeau kazakh le 5 janvier 2022   -   Tous droits réservés  Vladimir Tretyakov/Copyright 2022 The Associated Press. All rights reserved

Le Kazakhstan, une ex-République soviétique au régime autoritaire, n'avait pas connu dans son histoire récente des manifestations d'une telle ampleur, comme l'explique Isabelle Ohayon, chercheuse au CNRS et spécialiste du Kazakhstan.

Isabelle Ohayon, spécialiste du Kazakhstan :"Il y a une dizaine d'années, il y avait déjà eu des manifestations qui avaient été réprimées dans le sang, mais elles étaient localisées. Il y avait eu des étincelles, mais on n'avait jamais vu des manifestations et des émeutes de type insurrectionnel comme aujourd'hui s'étendre quasiment partout, dans toutes les villes, sur toute le territoire du Kazakhstan."

Les manifestations se sont déclenchées dimanche dans une ville de province. A l'origine de la colère, une hausse du prix du gaz vécue comme une injustice par une population qui subit la précarité et les inégalités.

Isabelle Ohayon, spécialiste du Kazakhstan : "Il faut avoir à l'esprit qu'il s'agit de gaz liquide qui sert de carburant aux automobiles. Or, le prix du gaz a doublé. C'est comme si en France, on passait à un carburant à plus de 3 euros le litre. C'est donc l'élément déclencheur. Mais le problème fondamental, c'est d'une part le niveau de vie des classes les plus défavorisées qui sont très nombreuses et les inégalités sociales qui sont abyssales et qui sont de plus en plus insupportables à une société à laquelle on montre en permanence l'ostentation du pouvoir en place, son extrême richesse, qui ne cache pas son accaparement des ressources. Il y a un un trop plein d'insatisfaction."

Le problème fondamental, c'est d'une part le niveau de vie des classes les plus défavorisées, qui sont très nombreuses, et les inégalités sociales qui sont abyssales.

Le président kazakh a, lui, dénoncé des troubles orchestrés par des terroristes. Une stratégie classique du pouvoir, comme l'explique Isabelle Ohayon qui décrit le profil des manifestants :

Isabelle Ohayon, spécialiste du Kazakhstan :"C’est sociologiquement une population d'abord précaire, politiquement faiblement organisée, qui en aucun cas ne peut être associée à une forme d'opposition traditionnelle, politique. Là, on est vraiment face à des émeutes de la faim, spontanées, bien qu’aujourd’hui, avec les réseaux sociaux, il est plus facile de s'organiser. Mais en aucun cas, je pense qu'on peut y trouver la main d'un acteur étranger, ce serait faire injustice à ces revendications qui seraient très justifiées."

Là, on est vraiment face à des émeutes de la faim, spontanées.

Le pouvoir kazakh a reçu l'aide de la Russie et de ses alliés pour endiguer ce mouvement de colère, faisant craindre une répression sanglante. Les affrontements ont déjà fait plusieurs victimes.