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Cocaïne meurtrière à Buenos Aires

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Par euronews  avec AFP
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Eliana OBREGON / AFP
Eliana OBREGON / AFP   -   Tous droits réservés  ELIANA OBREGON/AFP or licensors

Dans un quartier pauvre de la grande banlieue de Buenos Aires, des familles sous le choc de la perte ou de l'hospitalisation d'un proche, oscillaient entre rage et espoir que la mort de personnes, tuées par une cocaïne frelatée, "serve" à privilégier l'aide aux toxicomanes, pas la sanction.

"Que cela serve, que cela serve, qu'on fasse quelque chose...!" Beatriz Mercado revient de voir à l'hôpital de San Bernardino de Siena son fils de 31 ans, survivant de l'intoxication massive qui a fait au moins 20 morts depuis la nuit de mardi à mercredi.

L'hôpital à Hurlingham, banlieue à 35 km environ de Buenos Aires, est un des huit qui ont accueilli dans la nuit puis dans la matinée de mercredi des victimes de cette cocaïne tueuse, coupée avec on ne sait pas encore quoi, ni pourquoi : erreur de dosage ou volonté de tuer.

Béatriz Mercado a retrouvé son fils de 31 ans allongé dans la cuisine, lumière allumée. "Je pensais qu'il avait oublié d'éteindre, et je l'ai vu par terre. Mal, très mal. Il ne respirait presque plus, avait les yeux révulsés. J'ai compris qu'il était tombé face contre terre car il avait une éraflure au nez". Elle l'a amené à l'hôpital, où il était en soirée sous assistance respiratoire. "J'espère en Dieu, rien d'autre. Un miracle".

A Loma Hermosa, un quartier pauvre, aux rues mi-bétonnées mi-terre battue, aux constructions sauvages en dur à moitié finies, à mi-chemin entre le bidonville et l'extension urbaine, l'AFP a pu visiter le local, connu des voisins, où une vaste opération de police a saisi mercredi des enveloppes de cocaïne, similaires à celles identifiées par des proches de victime.

"Beaucoup de peine"

Dix personnes ont été interpellées, mais l'enquête n'était pas mercredi ce qui préoccupait les familles, même si Beatriz devait passer au commissariat porter plainte.

"Ce qu'ils (les drogués) font nous cause beaucoup de peine, nous font enrager. Mais il faut changer les lois, car on se concentre sur les délinquants en prison, mais on oublie leur condition de toxicomane", se désole-t-elle.

"La prison ne sert à rien, ne faisons pas plus de prisons, faisons davantage de centres de réhabilitation avec des professionnels, des gens qui ont de l'amour, avec des mères (...) pour changer l'avenir de nos enfants", supplie-t-elle d'une voix lasse.

Les premiers retours médicaux des décédés ou des hospitalisés suggéraient un effet violent, presque immédiat, de la cocaïne coupée. Avec de violentes convulsions, parfois des arrêts cardiaques foudroyants.

"Le médecin qui s'est occupé de lui était intrigué que d'autres garçons soient morts des suites d'hémorragies, certains dans les poumons", raconte Béatriz.

Le beau-frère de Maria Morales, 41 ans, est lui aussi "intubé, et dans un état grave".

Il prenait de la cocaïne avec des amis dans la nuit de mardi à mercredi. "On sait juste que son ami, celui qui est mort, a fait une décompensation en premier. Puis cela a été son tour. Il a appelé à l'aide, ils l'ont emmené ici à 5 heures du matin".

"On veut juste qu'il s'en sorte et qu'il soit guéri de son addiction", espère Maria, l'une des rares proches de victimes à vouloir parler aux médias, en insistant justement qu'il faut dire, et faire savoir.

"Il ne faut juger personne. Il faut penser que derrière chaque toxicomane, il y a une famille un père, une mère, des enfants qui souffrent".