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Les "Hijabeuses" défendent le droit de porter le voile lors des compétitions sportives

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Par Raphaelle Vivent  avec AFP
(Archives) Des joueuses de l'équipe nationale iranienne, le 25 juin 2009 à Téhéran.
(Archives) Des joueuses de l'équipe nationale iranienne, le 25 juin 2009 à Téhéran.   -   Tous droits réservés  STR/AP2009

Elles défendent "Le football pour toutes". Porté par des femmes musulmanes et sportives, le collectif "Les Hijabeuses" a été créé en mai 2020 pour s'opposer à un article de la Fédération française de football (FFF) qui leur interdit de jouer voilées en compétition.

L'article 1 de la FFF stipule en effet qu'est interdit "tout port de signe ou tenue manifestant ostensiblement une appartenance politique, philosophique, religieuse ou syndicale". La fédération française explique défendre le principe de neutralité dans le sport, ainsi que les "principes constitutionnels et législatifs de laïcité".

Mais cette mesure est discriminante, assurent les "Hijabeuses" : "Chaque weekend, des jeunes femmes se font exclure des matchs de compétitions parce qu'elles portent le hijab", écrit le collectif dans une publication Instagram."Nous défendons notre liberté de conscience, notre droit de ne pas avoir à choisir entre notre passion et nos convictions religieuses"poursuivent-elles.

En interdisant le port du voile en compétition, la FFF se démarque de la Fédération Internationale de Football Association (FIFA). L'International Football Association Board (IFAB), l'organe garant des règles du football, avait en effet autorisé dès 2014 le port du hijab et du turban en compétition, à la fois pour les hommes et pour les femmes, après une requête de la Confédération asiatique et du Prince Ali Bin al Hussein de Jordanie, qui était alors l'un des vice-présidents de la FIFA.

Manifestation interdite

Plus récemment, les "Hijabeuses" se sont opposées à un amendement, voté par le Sénat, interdisant le port "de signes religieux ostensibles" - dont le voile - lors d'une compétition sportive, dans le cadre d'une proposition de loi LREM visant à "démocratiser le sport". Des membres du collectif s'était retrouvées dans le jardin du Luxembourg à Paris pour dénoncer cet amendement. "Le but est encore une fois de nous invisibiliser, de nous effacer de la sphère publique", expliquaient les "Hijabeuses". L'amendement a aussitôt été gommé par les députés.

Le collectif a lancé une pétition pour révoquer cet article, qui a pour l'heure atteint près de 60 000 signatures. Les "Hijabeuses" avaient également lancé un nouvel appel à manifester ce mercredi 9 février à 16h30, alors que le texte fait son retour à l'Assemblée nationale pour une nouvelle lecture, les deux chambre n'ayant pu s'entendre sur un texte commun.

La préfecture de police de Paris a toutefois annoncé mardi soir interdire la manifestation prévue sur l'esplanade des Invalides à l'appel des "Hijabeuses". "Il est à craindre que cette manifestation n'attire, outre les personnes qui la soutiennent, des personnes hostiles à la cause défendue et susceptibles d'en découdre avec les premiers", argumente la PP dans un communiqué.

L'interdiction du rassemblement est justifiée "aussi bien pour la sécurité des manifestants eux-mêmes que pour le maintien de l'ordre public", ajoute la préfecture. Dans le communiqué, le Préfet évoque aussi pèle-mêle "l'islam politique", le "patriarcat, notamment religieux" ou le fait que "certains pays musulmans comme l'Afghanistan ou l'Iran" forcent les femmes à porter le voile. Des arguments qui reposent sur des "préjugés racistes et une confusion politique délibérément entretenue", répond le collectif des "Hijabeuses" sur Twitter.

Le texte de loi devra de nouveau passer par le Sénat le 16 février prochain, avant que les députés ne donnent leur dernier mot.