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Ukraine : que représentent les républiques séparatistes prorusses?

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Par Vincent Coste  avec AFP
Une habitante de Donetsk passant devant un mur de la ville recouvert de l'emblème de la République populaire de Donetsk, le 19 janvier 2022
Une habitante de Donetsk passant devant un mur de la ville recouvert de l'emblème de la République populaire de Donetsk, le 19 janvier 2022   -   Tous droits réservés  ALEXANDER NEMENOV / AFP

Depuis que Moscou a reconnu l'indépendance des républiques séparatistes prorusses de Donetsk et Lougansk, un doute plane quant à la définition des territoires de ces deux entités. Le Kremlin a précisé son interprétation ce mardi soir.

Vladimir Poutine a, en effet, affirmé que la Russie reconnaissait la souveraineté des deux républiques sécessionnistes sur l'ensemble des régions "telles qu'elles étaient quand elles faisaient partie de l'Ukraine", soit les Oblasts de Donetsk et Lougansk.

Les séparatistes contrôlent actuellement des zones bien moindres, comme l'illustre la carte ci-dessus, définies par les accords de Minsk (2014 et 2015), négociés entre la Russie et l'Ukraine sous médiation franco-allemande. La ligne de contact, séparant ces entités du reste de l'Ukraine, a été précisée par le mémorandum de Minsk du 19 septembre 2014, avec la mise en place d'une zone démilitarisée de 15 km de chaque côté de cette frontière. Des observateurs de l'OSCE étaient en charge de surveiller la trêve des hostilités, en échange d'une autonomie pour les zones séparatistes, selon les dispositions des accords de Minsk visant, in fine, un retour sous souveraineté ukrainienne de ces zones.

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Militaire ukrainien patrouillant le long de la ligne de contact dans la zone contrôlée par Kiev, le 7 février 2022 à MariinkaALEKSEY FILIPPOV / AFP

Mais depuis que Vladimir Poutine, défiant la menace des sanctions occidentales, a reconnu l'indépendance de ces territoires séparatistes, les accords de Minsk sont caducs du point de vue russe. Et les dernières déclarations du maître du Kremlin ouvrent donc la porte à une tentative de prise de contrôle des parties de ces régions contrôlées par des autorités ukrainiennes, notamment la ville de Marioupol, qui compte plus de 400 000 habitants.

La communauté internationale a vivement critiqué la décision russe. Le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, a considéré que la reconnaissance par Moscou d'une "soi-disant indépendance" de zones séparatistes était "une violation de l'intégrité territoriale et de la souveraineté de l'Ukraine" et un "coup mortel" porté aux accords de Minsk endossés par le Conseil de sécurité de l'ONU.

L'enjeu du Donbass

Les deux républiques autoproclamées Donetsk et Lougansk sont situées dans le bassin minier russophone du Donbass, dans l'est de l'Ukraine. De facto, elles échappent donc depuis 2014 au contrôle de Kiev. La guerre qui oppose depuis cette date les séparatistes aux autorités ukrainiennes a fait plus de 14 000 morts.

Le Donbass est aussi au cœur d'une bataille culturelle entre Kiev et Moscou, qui soutient que cette région, de même qu'une large partie de l'Est ukrainien, est peuplée de russophones devant être protégés du nationalisme ukrainien.

Le bassin du Donbass, frontalier de la Russie et situé sur la rive septentrionale de la Mer Noire, recèle d'immenses réserves de charbon. La présence de russophones y est notamment liée à l'envoi de nombreux travailleurs russes après la Seconde Guerre mondiale lors de la période soviétique.

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Usine métallurgique à Donetsk, le 19 janvier 2022ALEXANDER NEMENOV / AFP

Les deux entités sécessionnistes ont proclamé leur indépendance, non reconnue par la communauté internationale, le 7 avril 2014 pour la République populaire de Donetsk (DNR) et le 27 avril 2014 pour la République populaire de Lougansk (LNR). Ces deux territoires avaient fait part de leur intention de fusionner par la suite.

Donetsk (anciennement Stalino), est la principale ville du bassin minier du Donbass, ainsi que l'un des principaux centres métallurgiques de l'Ukraine. La DNR compte deux millions d'habitants.

Lougansk (ex-Vorochilovgrad), est aussi une grande ville industrielle. Le territoire contrôlé par la LNR totalise de son côté 1,5 million d'habitants.

Qui sont les dirigeants des deux républiques séparatistes ?

Denis Pouchiline, élu en 2018 lors d'un scrutin dénoncé par Kiev, dirige la République populaire autoproclamée de Donetsk (DNR).

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Denis Pouchiline, le 14 novembre 2018 à DonetskALEKSEY FILIPPOV/AFP

Léonid Passetchnik est lui à la tête de la République autoproclamée de Lougansk (LNR).

AP Photo
Léonid Passetchnik, le 11 novembre 2018 à LouganskAP Photo

Samedi 19 février 2022, les deux dirigeants séparatistes ont proclamé la "mobilisation générale" dans leur république respective.

"J'appelle mes concitoyens réservistes à se présenter aux bureaux de conscription militaire. Aujourd'hui, j'ai signé le décret de mobilisation générale", avait ainsi annoncé Denis Pouchiline.

Quelques minutes plus tard, Léonid Passetchnik a, lui, signé un décret similaire appelant à la mobilisation des hommes de 18 à 55 ans afin de se préparer, selon lui, à "repousser une agression".

De nombreux chefs de guerre et responsables séparatistes ont été tués ces dernières années dans des attentats, victimes de luttes intestines ou encore d'opérations des services spéciaux ukrainiens, selon des versions invérifiables. Le cas le plus marquant est celui du précédent homme fort de Donetsk, Alexandre Zakhartchenko, tué en 2018 dans une explosion.

L'ombre de la Russie

La Russie est considérée comme l'instigatrice du conflit et le parrain des séparatistes, la guerre ayant éclaté dans la foulée de l'annexion russe de la péninsule de Crimée après l'arrivée au pouvoir de pro-occidentaux à Kiev début 2014.

La Russie, compliquant encore les choses, a distribué 600 000 passeports russes dans les deux républiques autoproclamées.

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Une habitante de Donetsk montrant son passeport russe, le 19 février 2022STR/AFP or licensors

Les Occidentaux accusent le Kremlin, qui a positionné selon eux environ 150 000 militaires aux frontières ukrainiennes, de chercher un prétexte – quitte à le mettre en scène – pour justifier une intervention armée.

Moscou a favorisé les séparatismes dans plusieurs républiques ex-soviétiques depuis la chute de l'URSS, reconnaissant notamment après sa guerre éclair en Géorgie en 2008 l'indépendance de deux territoires prorusses, l'Ossétie du Sud et l'Abkhazie.