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Corée du Sud : élection d'un président qui promet plus de fermeté face à Pyongyang

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Par Stephane Hamalian  & Euronews  avec AFP
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Corée du Sud : élection d'un président qui promet plus de fermeté face à Pyongyang
Tous droits réservés  Song Kyung-seok/AP

Le conservateur Yoon Suk-yeol, un ancien procureur novice en politique, a été élu jeudi président de Corée du Sud, battant de justesse le candidat du parti de centre-gauche au pouvoir et promettant de mener une politique plus agressive à l'égard de la Corée du Nord.

M. Yoon, le candidat du Parti du pouvoir au peuple (PPP), la principale formation de l'opposition de droite, l'a emporté avec 48,56% des voix contre 47,83% pour son rival du Parti démocratique Lee Jae-myung, selon des résultats définitifs publiés par la commission électorale. L'élection présidentielle sud-coréenne, qui s'est tenue mercredi, ne comporte qu'un seul tour.

"Ceci est la victoire du grand peuple sud-coréen", a lancé M. Yoon devant ses partisans en liesse, rassemblés jeudi à l'aube dans l'Assemblée nationale.

"Traiter sévèrement" la menace que représente Pyongyang

Le retour au pouvoir du PPP semble annoncer une politique étrangère plus musclée pour la dixième économie mondiale, après cinq années de politique en faveur de la paix avec la Corée du Nord sous le président sortant Moon Jae-in.

M. Yoon, qui prendra ses fonctions en mai, sera très vite confronté à un régime nord-coréen de plus en plus agressif, qui a début en janvier une série record de tirs d'essai, dont un quelques jours avant l'élection.

Le nouveau homme fort de Séoul s'est engagé jeudi à "traiter sévèrement" la menace que représente le régime de Kim Jong Un.

"Mais la porte du dialogue est toujours ouverte", a-t-il déclaré à ses partisans après avoir visité le cimetière national de Séoul.

Électorat divisé

M. Yoon a aussi appelé à une relation plus solide avec l'allié Washington, et s'est entretenu avec le président américain Joe Biden tôt jeudi, s'engageant à maintenir une "coordination étroite" sur la Corée du Nord.

Le taux de participation s'est élevé à 77,1%, confirmant le vif intérêt des électeurs malgré une campagne marquée par les scandales, les agressions verbales et la pauvreté du débat d'idées entre les deux favoris aussi impopulaires l'un que l'autre.

"Avec un électorat divisé ayant produit un gouvernement divisé, Séoul pourrait avoir du mal à engager des politiques de réforme plutôt que des politiques de rétribution", a déclaré Leif-Eric Easley, professeur d'études internationales à l'université Ewha Womans de Séoul.

Le Parlement, largement dominé par le Parti démocratique, pourrait empêcher M. Yoon de mettre en oeuvre ses promesses.

"Son manque d'expérience dans l'élaboration d'une véritable politique est très préoccupant", a déclaré à l'AFP Karl Friedhoff, du Chicago Council on Global Affairs.

La victoire sur le fil de M. Yoon, 61 ans, marque un retour en grâce spectaculaire pour le PPP, durement affecté en 2017 par la destitution puis l'incarcération pour abus de pouvoir de la présidente Park Gung-hye, qui appartenait à cette formation.

Selon les analystes, le résultat de la présidentielle pourrait relancer ce que les médias ont baptisé le "cycle de la vengeance", une caractéristique de l'extrême polarisation de la vie politique dans ce pays de 52 millions d'habitants: tous les ex-présidents sud-coréens encore en vie ont fait de la prison pour corruption au terme de leur mandat.

Yoon Suk-yeol succèdera pour cinq ans au président sortant Moon Jae-in qui ne pouvait pas se représenter. Il a promis d'ordonner une enquête sur son prédécesseur -qui l'avait nommé procureur général au début de son mandat- sans préciser pour quels motifs.

Mais dans son discours de victoire, il s'est montré plus conciliant, affirmant que "tout le monde doit désormais faire des efforts pour ne faire qu'un".

Inquiétudes des militantes féministes

Le candidat de gauche, Lee Jae-myung, a reconnu sa défaite, affirmant devant ses partisans ne pas avoir "été à la hauteur des attentes".

Selon les sondages publiés à la sortie des urnes, le résultat reflète un net clivage entre les sexes chez les électeurs âgés de moins de 30 ans, résultat d'une campagne marquée par des déclarations jugées sexistes de M. Yoon.

Dans cette tranche d'âge, 58,7% des hommes ont voté pour le candidat de droite et seulement 36,3% pour M. Lee. A l'inverse, les femmes du même âge ont voté à 58% pour M. Lee et seulement à 33,8% pour M. Yoon.

"J'ai le coeur lourd et désespéré", a reconnu Kim Ju-hee, une militante féministe pour qui la victoire de M. Yoon "créé un précédent où un président élu peut ouvertement se moquer des femmes".

Un point de vue partagé par Keung Yoon Bae, une universitaire pour qui "le soutien massif dont bénéficie M. Yoon chez les jeunes hommes est terrifiant pour une femme".

La proposition de M. Yoon qui a le plus retenu l'attention vise à supprimer le ministère de l'Egalité hommes-femmes, au motif que, malgré les données prouvant le contraire, les Sud-Coréennes ne souffrent pas de "discrimination systémique entre les sexes", selon lui.

M. Yoon, complètement novice en politique a fait campagne en proposant un assouplissement du droit du travail, visant notamment le salaire minimum et le temps de travail maximum.