This content is not available in your region

Guerre en Ukraine : l'emploi du terme génocide divise les alliés de Kyiv

Access to the comments Discussion
Par Euronews
euronews_icons_loading
La procureure générale ukrainienne Iryna Venediktova dans la banlieue de Kyiv, en Ukraine, le vendredi 8 avril 2022.
La procureure générale ukrainienne Iryna Venediktova dans la banlieue de Kyiv, en Ukraine, le vendredi 8 avril 2022.   -   Tous droits réservés  Efrem Lukatsky/AP Photo

Doit-on parler de génocide en Ukraine ? Ce terme désigne l’extermination physique, intentionnelle, systématique et préméditée d’un groupe humain ou d’une partie d’un groupe en raison de ses origines.

L'emploi de ce mot divise ces derniers jours les alliés de Kiev. Les présidents américain et polonais l'ont utilisé et d'autres leaders estiment qu'un génocide pourrait être en cours, comme les dirigeants canadien, espagnol ou britannique. Le chef de l'état français a lui refusé d'utiliser ce terme, un choix jugé "très blessant" par le président ukrainien Volodymyr Zelensky.

"Le mot de génocide a un sens" et "doit être qualifié par des juristes, pas par des politiques", a déclaré Emmanuel Macron, en déplacement au Havre (nord-ouest) dans le cadre de sa campagne pour l'élection présidentielle en France. Selon lui, "les États qui considèrent que c'est un génocide se doivent par les conventions internationales d'intervenir. Est-ce que c'est ce que les gens souhaitent ? Je ne crois pas", car ce serait "devenir cobelligérant" du conflit.

Il faut que tout le monde sache garder raison, ça n'est pas aider l'Ukraine (...) que de rentrer dans l'escalade verbale sans en tirer toutes les conséquences.
Emmanuel Macron

Outre Emmanuel Macron, le chancelier allemand Olaf Scholz et le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres se sont gardés de reprendre ce terme. "Le génocide est strictement défini dans le droit international. Et à l'ONU, nous nous basons sur la détermination juridique des organes judiciaires appropriés", a estimé Antonio Guterres..

"Le crime de génocide est très difficile à prouver car il faut prouver une intention spécifique, explique Gissou Nia, avocate spécialisée dans les droits de l'Homme à The Atlantic Council. Lorsque le président (américain) Joe Biden a déclaré qu'un génocide était en train d'être commis en Ukraine, je pense que ces mots ont beaucoup de force en tant que déclaration politique et reflètent certainement des tendances et des rapports inquiétants que nous recevons d'Ukraine. Mais je ne crois pas que cette déclaration ait été faite sur la base d'une quelconque constatation, d'une constatation officielle que le gouvernement américain aurait effectuée."

Moscou juge l'emploi de ce terme "inacceptable"

Présent à Boutcha pour enquêter, le procureur de la Cour pénale internationale a d'ailleurs préféré rester prudent en évoquant des "crimes". "Comme je l'ai déclaré lorsque j'ai déposé des documents devant la Cour le 2 mars, nous avons des motifs raisonnables de croire que des crimes relevant de la compétence de la Cour ont été commis", déclarait ainsi Karim Khan.

Les autorités ukrainiennes assurent que plusieurs centaines de corps de civils ont été retrouvés dans les territoires de la région de Kiev récemment repris aux troupes russes, et craignent que d'autres atrocités soient découvertes à l'avenir.

La Russie pour sa part dément toujours avoir tué intentionnellement des civils, et parle de "mise en scène" de la part de l'Ukraine. Le Kremlin a par ailleurs jugé "inacceptable" que le président américain Joe Biden accuse son homologue russe Vladimir Poutine de "génocide" en Ukraine. "Notre désaccord est catégorique et nous considérons que de telles tentatives de déformer la réalité sont inacceptables", a commenté Dmitri Peskov, porte-parole du Kremlin.