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En Irlande du Nord, les nationalistes du Sinn Fein donnés en tête aux élections locales

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Par AFP
Des affiches électorales dans un quartier de l'ouest de Belfast (Irlande du Nord), le 2 mai 2022
Des affiches électorales dans un quartier de l'ouest de Belfast (Irlande du Nord), le 2 mai 2022   -   Tous droits réservés  PAUL FAITH/AFP or licensors

Pendant des années, les dirigeants du Sinn Fein ont été bannis des ondes au Royaume-Uni et en Irlande. Aujourd'hui, leur voix résonne comme jamais, et le parti nationaliste, fort d'une nouvelle génération de leaders, vise une victoire historique lors des élections locales en Irlande du Nord jeudi.

Autrefois vitrine politique des paramilitaires de l'Armée républicaine irlandaise (IRA), le Sinn Fein semble bien parti pour devenir le Premier parti à l'Assemblée dévolue d'Irlande du Nord, du jamais vu dans l'histoire de la province britannique.

Une telle victoire consacrerait une nouvelle génération entrée en politique après les accords de paix du Vendredi saint de 1998 qui ont mis fin à trois décennies de conflit sanglant.

Quand l'IRA tourne le dos à la violence dans les années 1990, le Sinn Fein se fait plus présent sur la scène politique. En 2018, Gerry Adams, dirigeant emblématique du parti, cède la place à la jeunesse alors incarnée par Michelle O'Neill.

Selon les sondages, cette femme de 45 ans, actuellement vice-Première ministre d'un gouvernement partagé avec le parti unioniste DUP, est désormais en passe d'accomplir ce qui était impensable il y a quelques années: devenir la première Première ministre d'Irlande du Nord issue des rangs nationalistes, majoritairement catholiques.

Un tournant tant pour le parti que pour le Royaume-Uni et l'Irlande, un siècle après la création de ce que les unionistes appellent un "Etat protestant pour un peuple protestant" en Irlande du Nord.

Les unionistes, viscéralement attachés à la place de l'Irlande du Nord au sein du Royaume-Uni, ont toujours été au pouvoir depuis la création de la province britannique en 1921, quand le reste de l'île est sorti du giron de Londres.

Pouvoir d'achat plus que réunification

Le Sinn Fein, dont la raison d'être est la réunification de toute l'île d'Irlande, se rapproche de son rêve. D'autant qu'au sud de la frontière, le parti mène également dans les sondages.

Mais moins que l’idée de réunification, c'est le positionnement à gauche du Sinn Fein qui remporte l'adhésion d'un électorat plus jeune, en colère face aux difficultés de logement et d'emploi depuis la crise financière de 2008 qui a particulièrement affecté l'Irlande.

"Ils ont des dirigeants plus jeunes, plus dynamiques comme Mary Lou McDonald et Michelle O'Neill, qui s'expriment bien et veulent s'attaquer au statu quo", explique à l'AFP Deirdre Heenan, professeur de politique sociale à l'université d'Ulster.

D'après elle, il n'y a pas de lame de fond dans l’opinion pour un référendum sur la réunification. "Après le Brexit, les gens veulent de la stabilité et quelqu'un qui s'occupe de la crise du coût de la vie", dit-elle.

Tendances électorales comme démographiques vont aussi dans le sens des nationalistes, la population unioniste connaissant un vieillissement plus rapide, selon Mme Heenan.

Michelle O'Neill, pourtant profondément républicaine - son père a été emprisonné pour des activités en lien avec l'IRA- a ainsi mis en avant des thèmes comme le pouvoir d'achat ou l'accès aux soins.

Gouvernement et opposition

"C'est extraordinaire qu'un parti politique puisse revendiquer d'apporter le véritable changement après avoir été au pouvoir pendant 14 ans", souligne Mme Heenan. "Ils concourent à la fois en tant qu'opposition et gouvernement" en raison de la co-gouvernance.

Si une victoire du Sinn Fein semble plus proche que jamais, la percée électorale est intervenue dès 2007 en Irlande du Nord, avec l'élection de Martin McGuinness comme vice-Premier ministre, aux côtés du fondateur fondamentaliste de DUP, Ian Paisley.

L'ancien commandant de l'IRA avait formé un attelage improbable avec le prêcheur protestant. Néanmoins, le duo a fonctionné, valant aux deux hommes le surnom de "Chuckle Brothers" (les frères qui rigolent). Tous deux sont aujourd'hui décédés.

Sur les 90 sièges de l'Assemblée nord-irlandaise, le Sinn Fein ("nous-mêmes" en irlandais) en détient 26, à égalité avec le DUP.

Même s'il s'est éloigné de ses racines militantes et socialement conservatrices, le parti ne reconnait toujours aucune souveraineté britannique en Irlande, et ses sept députés actuels refusent de siéger à la Chambre des Communes.