Ce lundi, les Tunisiens ?? sont appelés aux urnes pour un référendum qui devrait accorder des pouvoirs plus importants au président Kaïs Saïed. Les oppositions et plusieurs ONG dénoncent une dérive autoritaire dans le pays.
C'est un jour de bascule pour la démocratie tunisienne.
Aujourd'hui les Tunisiens se prononcent par référendum sur leur future constitution. Ce texte instaure un régime très présidentiel en Tunisie. Le chef de l'État pourra notamment nommer et révoquer le Premier ministre à son bon vouloir sans rendre de comptes au parlement. Un texte sur-mesure pour Kaïs Saïed, qui exerce avec les pleins pouvoirs depuis exactement un an, quand il avait dissout l'assemblée nationale et limogé son premier ministre.
Les bureaux de votes sont ouvert depuis 5 heures ce matin et le resteront jusqu'à 21 heures. L'enjeu principal est la participation puisque le "oui" est déjà donné gagnant. Les oppositions ont pour la plupart appelé à boycotter le vote, jugé antidémocratique. Parmi elles, on retrouve le mouvement conservateur d'inspiration islamiste Ennahdha, bête noire du président, et anciennement premier parti au parlement.
Samedi, des manifestations organisées pour protester contre le référendum avaient mené à des affrontements avec la police et plusieurs arrestations.
Le risque d'une dérive autoritaire
La Tunisie est considérée comme le seul pays dans lequel le printemps arabe a instauré une démocratie solide. Mais depuis la prise des pleins pouvoirs par Kaïs Saïed le 25 juillet 2021, plusieurs ONG, dont Amnesty International, dénoncent des dérives autoritaires.
Sadok Belaïd, le juriste chargé par Kaïes Saïed d'élaborer la nouvelle constitution, a désavoué le texte final, estimant qu'il pourrait "ouvrir la voie à un régime dictatorial".
Plusieurs aspects de la démocratie tunisienne sont concernés. Tout d'abord le parlement, qui perdra son contre-pouvoir sur l'exécutif et qui sera tenu d'examiner certains textes jugés "prioritaires" par le gouvernement. L'indépendance de la justice ensuite. En juin, le président avait adopté un décret qui lui accordait le droit de renvoyer des juges.
Au lendemain du vote, le principal défi du président restera la grave situation économique avec un chômage élevé (40% chez les jeunes), une inflation galopante et l'augmentation du nombre de pauvres à 4 millions de personnes, dans un pays qui a gravement souffert de la crise du Covid-19.