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Municipales 2026 : pourquoi la réforme pourrait rebattre les cartes à Paris, Lyon et Marseille ?

ARCHIVES -  Les élections municipales à Paris, Lyon et Marseille se dérouleront différemment du reste de la France.
ARCHIVES - Les élections municipales à Paris, Lyon et Marseille se dérouleront différemment du reste de la France. Tous droits réservés  AP Photo
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Par Sophia Khatsenkova
Publié le
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Avec un nouveau mode de scrutin et une prime majoritaire abaissée, les prochaines municipales pourraient favoriser davantage de listes et rendre les majorités plus incertaines.

Les 15 et 22 mars 2026, les électeurs de Paris et de Marseille devront glisser pour la première fois deux bulletins dans l’urne. À Lyon, ce sera même trois votes distincts.

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Plusieurs votes dans les grandes villes, nouvelles règles pour les petites communes, modification de la prime majoritaire : plusieurs changements vont transformer les élections municipales. Euronews fait le point sur ce nouveau mode de scrutin et ses conséquences politiques.

Comment fonctionne le scrutin des municipales ?

Comme dans toutes les communes, l’élection repose sur un scrutin de liste proportionnel à deux tours, avec une stricte alternance entre les femmes et les hommes.

Au premier tour, la liste est élue directement si elle obtient la majorité absolue (plus de 50% des suffrages exprimés).

Si aucune liste ne dépasse les 50 %, un second tour est organisé. Seules les listes ayant obtenu au moins 10 % des suffrages peuvent se maintenir. Celles ayant obtenu plus de 5% peuvent fusionner avec une autre liste qualifiée pour le second tour.

Au premier comme au second tour, la liste arrivée en tête reçoit une prime majoritaire correspondant à la moitié des sièges du conseil municipal.

Les autres sièges sont ensuite répartis à la proportionnelle entre toutes les listes ayant obtenu au moins 5 % des voix, y compris la liste majoritaire.

Une règle spécifique pour les trois grandes villes

Une réforme d’août 2025 introduit une particularité pour Paris, Lyon et Marseille : la prime majoritaire y est réduite à 25 % des sièges, contre 50 % dans les autres communes.

" Autrement dit, maintenant, ce n'est pas parce qu'une liste a gagné les élections qu'elle a la certitude d'avoir la majorité des sièges du conseil municipal. Pour avoir cette majorité absolue, il faut être la liste qui est arrivée en tête et avoir au moins 33,33 % des voix," souligne Christophe Chabrot, maître de conférences en droit public (HDR) à l’Université Lumière Lyon 2 lors d'une interview accordée à Euronews.

Selon lui, cette règle pourrait conduire à des conseils municipaux plus fragmentés. "À Paris ou à Marseille, on pourrait voir quatre listes importantes se qualifier au second tour. La liste arrivée en tête pourrait ne pas atteindre le seuil permettant d’obtenir une majorité claire, ce qui ouvrirait la voie à des alliances et à des négociations."

Le nouveau mode de scrutin pourrait également modifier l’équilibre politique local. La représentation proportionnelle et la réduction de la prime majoritaire devraient faciliter l’accès au conseil municipal pour les listes arrivant en troisième ou quatrième position.

"Toutes les listes dépassant 5 % des voix au second tour auront des élus", souligne Christophe Chabrot. Ce changement pourrait notamment bénéficier à des formations qui peinent traditionnellement à remporter des arrondissements mais disposent d’un socle électoral à l’échelle de la ville, comme le Rassemblement national ou La France insoumise. Ces partis ont d’ailleurs soutenu la réforme lors de son adoption.

La fin d’un système indirect

Jusqu’à présent, à Paris, Marseille et Lyon, les habitants ne votaient que pour leurs conseillers d’arrondissement ou de secteur. Une partie de ces élus était ensuite désignée pour siéger au conseil municipal, leur nombre étant déterminé en fonction de la population de chaque arrondissement ou secteur.

Ce mécanisme à plusieurs niveaux pouvait produire des résultats paradoxaux : un candidat pouvait accéder à la mairie sans avoir obtenu le plus de voix à l’échelle de toute la ville.

À Marseille, en 1983, le socialiste Gaston Defferre avait été élu maire alors que la droite, menée par Jean-Claude Gaudin, avait obtenu davantage de suffrages.

La réforme introduit désormais un vote direct au conseil municipal. "Aujourd’hui, les habitants vont désigner directement le conseil municipal, qui désignera ensuite le maire. Cela permet de corriger des distorsions démocratiques qui existaient auparavant", explique Christophe Chabrot.

Les candidats ne pourront plus se concentrer sur quelques arrondissements clés pour obtenir la majorité au conseil municipal. "Désormais, les candidats doivent convaincre l’ensemble des électeurs sur l’ensemble du territoire de la commune", observe Christophe Chabrot.

Ce changement redonne également un poids égal à chaque électeur. "C'est un scrutin qui permet de redonner la voix à tous les électeurs, même s'ils sont dans l'opposition de l'arrondissement. Et ça permet de donner une voie égale à tous les arrondissements", souligne-t-il.

Deux urnes – et même trois à Lyon

Le jour du scrutin, les électeurs de Paris, Marseille et Lyon participeront donc à deux votes distincts :

  • L’un pour élire les conseillers d’arrondissement ou de secteur,
  • L’autre pour élire directement les conseillers municipaux de la ville.

À Lyon, un troisième vote sera organisé pour désigner les conseillers métropolitains, en raison du statut particulier de la métropole de Lyon.

Les candidats à la mairie centrale peuvent désormais se présenter directement auprès des électeurs avec une liste municipale, sans être obligés de constituer une liste dans chaque arrondissement.

Un changement aussi pour les communes de moins de 1 000 habitants

Les conditions sont aussi différentes cette année dans les communes de moins de 1 000 habitants depuis une autre réforme de mai 2025.

Jusqu’à présent, les électeurs pouvaient y voter pour des listes incomplètes, rayer des noms ou ajouter des candidats — une pratique appelée "panachage".

Le nouveau dispositif impose désormais, comme dans les communes plus grandes, des listes complètes et paritaires.

Cette évolution suscite des inquiétudes dans certains villages, où il est parfois difficile de constituer des listes complètes de candidats. "Dans les petites communes, trouver suffisamment de candidats est déjà compliqué. Imposer des listes paritaires peut rendre encore plus difficile la formation de plusieurs listes concurrentes", estime Christophe Chabrot.

Selon lui, cette situation pourrait accentuer un phénomène déjà observé : dans de nombreuses communes rurales, une seule liste se présente aux élections, ce qui limite la compétition électorale.

Pour rappel, 68 % des communes n’ont qu’une seule liste pour les municipales, selon Maire-Info.

Selon le juriste, cette réforme pourrait également modifier la dynamique démocratique locale : "Je crains que, dans ces communes, le seul moyen que les habitants auront de contester la liste, ce soit de s'abstenir."

Une réforme critiquée

Adoptée moins d’un an avant les municipales, la réforme a suscité de vives critiques. Certains élus redoutent que la réduction de la prime majoritaire complique la formation de majorités stables dans les grandes villes.

D’autres s’inquiètent d’un possible affaiblissement du rôle des arrondissements face à la mairie centrale.

Pour y répondre, la loi prévoit notamment que les maires d’arrondissement pourront intervenir devant le conseil municipal lorsqu’un sujet concerne leur arrondissement.

Une chose est certaine : ces changements du mode de scrutin pourraient transformer durablement la vie politique locale en France.

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