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Trois questions pour comprendre pourquoi les Chiliens ont rejeté leur nouvelle constitution

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Par Valentine Hullin  & Euronews
Un homme vote lors du référendum pour approuver ou rejeter la nouvelle Constitution au Chili - 04.09.2022
Un homme vote lors du référendum pour approuver ou rejeter la nouvelle Constitution au Chili - 04.09.2022   -   Tous droits réservés  MARTIN BERNETTI/AFP or licensors

Approuver ou rejeter ? Les Chiliens ont fait leur choix ce dimanche. Près de 62% d'entre eux ont écarté la proposition de nouvelle constitution progressiste censée remplacer celle héritée de la dictature d'Augusto Pinochet (1973-1990). Comment expliquer un tel rejet alors qu'il y a deux ans, ils réclamaient un autre texte ? Eléments de réponse avec Pierre Lebret, spécialiste de l'Amérique latine et ancien conseiller au sein du ministère chilien des Affaires étrangères de Michelle Bachelet.

Dans la mesure où les résultats du référendum d'octobre 2020 appelaient clairement à la rédaction d'une nouvelle constitution, peut-on parler d'un revirement ?

PL : On peut en effet parler d'un retournement de situation. Nous pensions en tout cas que les résultats seraient beaucoup plus serrés que cela. Mais il ne faut pas oublier que cette campagne a été très difficile et désorganisée. Les partisans du “oui” pour la nouvelle constitution ont dû, jour après jour, déconstruire les fake news colportées par le camp du "non" sur la propriété privée et l'État plurinational notamment.

Dans nos démocraties, nous ne condamnons pas suffisamment la désinformation et c’est un problème.  Certains se sont appropriés les méthodes "trumpistes" en divulguant de fausses informations à longueur de journée. La droite et l'extrême chilienne ont su agiter "les drapeaux de la peur". Et cela a sûrement eu un impact décisif sur l'élection. 

Y a-t-il d'autres facteurs qui expliquent la victoire du "non" ?

PL : Lors du référendum de 2020, le taux de participation s'élevait à près de 51%. Cette année le vote était obligatoire (pour la première fois depuis plusieurs années ndlr) ce qui explique aussi en partie le résultat d'hier. Il y a sans doute également un mécontentement de la population. Le gouvernement récemment désigné par le jeune président Gabriel Boric manque peut-être de rapidité dans la mise en œuvre de sa politique. 

Enfin, certains articles de la nouvelle constitution divisent les Chiliens. Celui sur l'Etat plurinational notamment qui prévoit la reconnaissance inédite et politique des peuples indigènes et autochtones. Il suscite un sentiment de peur et d'incertitude chez une partie de la population. 

Que faut-il attendre de la suite du processus constitutionnel promis par le président ?

PL : Une page se tourne au Chili même si ce texte, selon moi, était à l’image des sociétés du 21ème siècle. Le président l’a rappelé, le processus va continuer. 

La nouvelle constitution était imparfaite et elle peut être améliorée mais il y a plusieurs points à conserver. Sur les questions de parité notamment, on ne peut pas transiger. Le mot “femme” par exemple n’existe pas dans la Constitution de 1980 de Pinochet.

L’enjeu maintenant est d'obtenir des accords transversaux de toute la classe politique et cela risque d’être compliqué. Le gouvernement a perdu une part de sa légitimité suite à la grande défaite de ce dimanche soir. Mais il va falloir respecter la volonté du peuple exprimée lors du référendum de 2020.