Participation chinoise finalement limitée dans le port d'Hambourg, le troisième d'Europe

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Par Euronews  avec AFP
Le port d'Hambourg (Allemagne), le 7 mars 2022.
Le port d'Hambourg (Allemagne), le 7 mars 2022.   -   Tous droits réservés  ODD ANDERSEN/AFP or licensors

L'Allemagne a décidé mercredi d'autoriser l'investissement controversé d'un groupe chinois dans un terminal portuaire à Hambourg, en limitant la part cédée pour tenter d'apaiser les critiques contre ce projet qui divise profondément la majorité d'Olaf Scholz.

Le groupe chinois Cosco ne pourra plus acquérir qu'une part "inférieure à 25%" dans ce terminal au lieu des 35% visés, "ce qui permettra d'empêcher une prise de participation stratégique", a indiqué le ministre de l'Economie, qui invoque la protection "de la sécurité et l'ordre public".

Cette décision en forme de compromis vise à faire taire les critiques contre le chancelier Olaf Scholz, en Allemagne et dans l'Union européenne, pour son soutien supposé à l'investissement chinois dans cette infrastructure économique stratégique.

Elle intervient aussi alors que le chancelier doit se rendre la semaine prochaine en Chine, la première visite officielle d'une dirigeant européen depuis novembre 2019. Selon les médias allemands, Olaf Scholz, lui-même ancien maire de Hambourg, a refusé de bloquer cette transaction qui a fait l'objet d'un accord préliminaire avec Cosco il y a un an. Ce faisant, il s'est attiré les foudres de six ministères de son gouvernement, dont ceux de l’Économie, de l'Intérieur et de la Défense, qui étaient opposés au projet.

L'armateur chinois a réagi à l'annonce en laissant perler une certaine irritation. "Nous espérons que les parties concernées vont considérer une collaboration pragmatique entre la Chine et l'Allemagne, de façon rationnelle, et arrêter de faire un battage sans fondement", a déclaré un porte-parole du ministère des Affaires étrangères Wang Wenbin. "La collaboration repose sur un bénéfice mutuel" entre les deux pays, a-t-il insisté.

Pouvoir affaibli

Toute tentative du géant chinois d'augmenter sa participation au-delà du seuil de 25% sera soumis à un examen gouvernemental, précise le ministère de l'Economie. Par ailleurs, l'acquéreur n'est pas autorisé à exercer de contrôle sur l'activité du terminal portuaire, en négociant par exemple "des droits de veto sur des décisions stratégique ou de personnel", ajoute-t-il. Au final, l'investissement de Cosco est réduit à "une participation purement financière", assure le communiqué.

Hambourg est le premier port commercial d'Allemagne et le troisième en Europe derrière Rotterdam (Pays-Bas) et Anvers (Belgique). Cosco est, lui, le premier armateur chinois. Les partisans du projet ont fait valoir que des prises de participations chinoises existent déjà dans d'autres ports d'Europe, et que Hambourg pourrait souffrir d'un désavantage compétitif.

Les opposants estiment eux que les temps ont changé. L'UE accorde une plus grande importance à la protection des infrastructures critiques depuis l'invasion de l'Ukraine par la Russie. L'Allemagne a été critiquée pour ne pas avoir tenu compte, ces dernières années, des avertissements concernant sa dépendance au gaz russe.

"C'est mieux de vendre 24,9% que plus de 30%, mais la décision est mauvaise", a réagi le président de la commission parlementaire aux affaires européennes Anton Hofreiter. L'argument du chancelier et de son parti social-démocrate "selon lequel il s'agit d'un projet scientifique rappelle les déclarations autour de la Russie et (du gazoduc) Nord Stream", a déclaré l'écologiste. 

Le chef de l'opposition conservatrice Friedrich Merz a lui aussi qualifié la décision d'autoriser l'investissement de "mauvaise".