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[En chiffres] La route migratoire des Canaries, funeste porte d'entrée de l'Espagne

Un bateau en bois utilisé par des migrants marocain sur le rivage de Gran Canaria, une des îles Canaries. 16 octobre 2020
Un bateau en bois utilisé par des migrants marocain sur le rivage de Gran Canaria, une des îles Canaries. 16 octobre 2020 Tous droits réservés Javier Bauluz/ AP
Tous droits réservés Javier Bauluz/ AP
Par Margaux Racaniere
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Au total, sur les 11 286 migrants morts depuis 2018 en tentant de rejoindre la côte espagnole, près de 70% ont perdu la vie sur la route des Canaries, d'après le dernier rapport de l'ONG Caminando Fronteras.

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L’ONG espagnole Caminando Fronteras a publié lundi un rapport recensant les morts de migrants qui tentent de rejoindre l'Espagne. Selon l'organisation, une route est plus meurtrière que les autres, celle qui passe par l’Océan Atlantique pour arriver jusqu’aux îles Canaries, archipel espagnol au large du Sahara Occidental.

D'après l’ONG, nombre de départs vers les Canaries se font depuis les plages marocaines de Tarfaya et Tan-tan, respectivement à 100 et 200 km des îles de Fuerteventura et Lanzarote. Les migrants tentent également la traversée depuis la côte ouest africaine - Mauritanie, Sénégal ou encore la Gambie (à 1600 km) - beaucoup plus longue et donc plus dangereuse.

Selon les chiffres du ministère de l’Intérieur espagnol, le nombre de migrants ayant emprunté cette route maritime a été multiplié par neuf entre 2019 et 2020. Il n’a cependant pas atteint le niveau de 2006, lors de ce qu’on a appelé la “crise des cayucos” du nom des longues embarcations utilisées par les pêcheurs sénégalais et mauritaniens et empruntées par les exilés.

Cette explosion du nombre de départs via la route des Canaries s’explique par l’augmentation des contrôles en Méditerranée. “L'amélioration par le Maroc de sa gestion des migrations et du contrôle de ses frontières a également contribué au détournement des flux migratoires de la route de la Méditerranée occidentale vers celle de l'Afrique de l'Ouest“, peut-on lire sur le site de la Commission européenne.

Avec cette multiplication des traversées, Caminando Fronteras enregistre également une forte hausse des drames en mer. Les données, beaucoup plus prudentes*, de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), dans le cadre du projet Missing Migrants, permettent également d’observer un phénomène similaire depuis 2020. 

Au total, sur les 11 286 morts à la frontière occidentale entre l’Afrique et l’Europe, près de 70% des décès ont eu lieu sur la route des Canaries.

Pourquoi la route des Canaries est-elle plus dangereuse ?

La première explication est la distance parcourue en mer sur des embarcations inadaptées. Une vingtaine de kilomètres séparent le Maroc et l'Espagne par le détroit de Gibraltar. Passer par les îles Canaries implique un itinéraire d'une centaine de kilomètres au minimum.

Sur cette route, de nouvelles pratiques se sont développées. Les ONG notent l’apparition de bateaux pneumatiques, “jamais utilisés jusqu’alors“. Ils seraient impliqués dans 30% des tragédies en 2021. 

Le rapport de Caminando Fronteras pointe également les dangers encourus par les personnes migrantes, qui constitueraient “une monnaie d’échange dans les négociations entre États". 

En mai 2021, le Maroc avait été accusé par Madrid d'avoir envoyé quelque 8000 migrants vers l'enclave espagnole de Ceuta, au nord-est du pays. Une mesure qui pourrait avoir été prise en représailles à l'accueil par l'Espagne du chef du Front Polisario, un mouvement qui réclame l'indépendance du Sahara occidental, à laquelle le Maroc est farouchement opposé.

*La différence entre les deux chiffres s'explique par la méthodologie des deux organisations. Caminando Frontera se base sur les témoignages des migrants et de leurs familles tandis que les données de l'Organisation internationale pour les migrations se base sur le nombre de corps retrouvés et sur les décomptes des services de sauvetage lors des naufrages.

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