Quels scrutins surveiller en 2023 dans le monde et l'Union européenne ?

Access to the comments Discussion
Par Maxime Bayce  avec AFP
Un rassemblement de militants de l'AKP au stade de Galatasaray à Istanbul (Turquie), le 27 novembre 2022.
Un rassemblement de militants de l'AKP au stade de Galatasaray à Istanbul (Turquie), le 27 novembre 2022.   -   Tous droits réservés  YASIN AKGUL/AFP or licensors

Election présidentielle en France, arrivée de Giorgia Meloni au pouvoir en Italie, retour de Lula au Brésil, midterms aux Etats-Unis... l'année 2022 a été marquée par des scrutins décisifs. 2023 sera également importante pour la vie politique mondiale et européenne. Tour d'horizon des élections à ne pas louper pour les douze mois à venir.

Nigeria : élection présidentielle le 25 février

Les Nigérians éliront fin février un successeur au président Muhammadu Buhari, ancien général de l'armée qui ne se représente pas après deux mandats et un bilan jugé catastrophique. 

Le pays est aujourd'hui une mosaïque de dangers : des bandes armées ravagent le centre et le nord-ouest, les groupes djihadistes sévissent dans le nord-est et le sud-est est secoué par des agitations séparatistes. A tous ces groupes organisés s'ajoutent les simples malfrats, actifs partout, qui se tournent aussi vers les kidnappings.

Les attaques contre les bureaux de la Commission électorale se sont multipliées ces dernières années. Selon l’agence de presse Associated Press, plus de 50 ont été pris pour cible depuis 2019.

Dans ces conditions, Muhammadu Buhari s’est pourtant engagé à organiser des élections "libres, justes et transparentes qui seront largement reconnues par les candidats", une gageur dans un contexte économique défavorable. Le Nigeria fait face à une grave crise et notamment une inflation de plus de 21%, un record depuis 2005. Dans le monde, le Nigeria compte, avec l'Inde, le plus grand nombre de personnes en situation d'extrême pauvreté.

Une douzaine de candidats devraient se présenter en février. Parmi eux figurent l’ancien vice-président Alhaji Atiku issu du principal parti d’opposition le Parti démocratique populaire (centre-droit), ainsi que le candidat du Parti travailliste Peter Obi.

Turquie : élections générales le 18 juin

Les Turcs sont appelés à voter en juin 2023 lors des élections présidentielle et législatives. Recep Tayyip Erdogan, au pouvoir depuis près de 20 ans, a laissé entendre que cela pourrait être son dernier mandat avant de "laisser la place aux jeunes".

Le président turc doit faire face à de nombreux défis, dont une inflation qui atteint 85,5%. Avec les prix qui s’envolent, l’argument de la stabilité économique garantie par l’AKP - le parti d’Erdogan - qui avait séduit jusqu’ici les classes moyennes turques, pourrait se retourner contre lui.

ADEM ALTAN/AFP or licensors
Recep Tayyip Erdogan à Ankara (Turquie), le 26 octobre 2022.ADEM ALTAN/AFP or licensors

En octobre, R. T. Erdogan avait réitéré son souhait de longue date de préparer une nouvelle constitution turque qui serait "démocratique, simple et visionnaire". Ce projet avait été perçu par certains observateurs comme une volonté d'amender la limite de deux mandats présidentiels maximum, prévus par la constitution turque.

Mi-décembre, l’un des seuls rivaux d’Erdogan, Ekrem Imamoglu, le populaire maire d’Istanbul, a été condamné à plus de deux ans et sept mois de prison. Bien qu’Erdogan se soit défendu qu’il ait eu une quelconque influence sur le jugement, la route pour un nouveau mandat lui semble d’autant plus ouverte.

Argentine : élections générales le 29 octobre

En Argentine, le paysage politique a été chamboulé par la condamnation en décembre de l’ancienne présidente Cristina Kirchner à six ans de prison et l’inéligibilité à vie. Elle a été déclarée coupable de corruption et de fraude et a dit ne pas vouloir concourir en octobre.

Cela pourrait laisser de la place au président sortant Alberto Fernandez, plus centriste que Cristina Kirchner qui n’a pas encore fait connaître ses intentions.

A droite, trois présidentiables jouent des coudes : l'ex-président libéral 2015-2019 Mauricio Macri, sa droitière ex-ministre de la Sécurité Patricia Bullrich et le plus centriste maire de Buenos Aires Horacio Rodriguez Larreta. Aucun n’a pour l’instant les faveurs de son camp.

JUAN MABROMATA/AFP or licensors
Javier Milei, le 19 octobre 2021, à Buenos Aires (Argentine).JUAN MABROMATA/AFP or licensors

L’attraction de ce scrutin pourrait bien être le député de Buenos Aires Javier Milei. Depuis son élection, il y a un an, celui qui se définit comme un "anarcho-capitaliste" multiplie les frasques et les sorties choc. Il a par exemple mis en jeu, à la loterie, son indemnité d’élu et des centaines de milliers d’Argentins y ont participé. Milei dénonce la classe politique qu’il juge corrompue et clientéliste. Libertarien, il veut supprimer les impôts, les services publics et les aides sociales. Selon les sondages, il est néanmoins apprécié par les classes populaires et pourrait jouer un rôle important lors du scrutin d’octobre.

Tous les candidats devront néanmoins être en mesure d’apporter des réponses à l’inflation galopante que connaît le pays, plus de 80% au cours de l’année 2022.

Pakistan : élections générales en octobre 2023 au plus tard

Le Pakistan connaît également un épisode d’instabilité politique majeur. En avril dernier, le Premier ministre Imran Khan a été poussé à la démission suite au vote d’une motion de censure. Depuis, il met la pression sur le gouvernement de Shehbaz Sharif afin d’organiser des élections anticipées le plus rapidement possible, ce à quoi se refuse jusqu’à présent l’exécutif, conscient de l’immense popularité de Khan. 

Les autorités ont annoncé que les élections générales se dérouleraient au plus tard le 12 octobre, comme la constitution le prévoit.

L’ancienne gloire du cricket a, ces derniers mois, appelé à d'immenses manifestations à travers le pays. Blessé par balles le 3 novembre, au cours de l’un de ces rassemblements, il a accusé le Premier ministre actuel d’avoir tenté de le tuer.

Fin décembre, pour maintenir la pression, Imran Khan, a menacé de dissoudre deux assemblées régionales dans lesquelles son parti est majoritaire et qui représentent la moitié des 220 millions d'habitants du pays. Une stratégie qui pourrait toutefois plonger le Pakistan dans le chaos.

Le Pakistan connaît actuellement une grave crise économique et doit affronter les conséquences d'inondations historiques causées cet été par la mousson. Un tiers du pays s’est retrouvé sous les eaux et plus de 1700 personnes ont été tuées.

Les militaires ont une influence considérable dans le pays. Ils y ont organisé au moins trois coups d'État depuis l'indépendance en 1947, restant au pouvoir pendant plus de trois décennies.

KENZO TRIBOUILLARD/AFP or licensors
La Première ministre finlandaise, Sanna Marin, à Bruxelles (Belgique), le 14 décembre 2022.KENZO TRIBOUILLARD/AFP or licensors

Les scrutins à surveiller en Europe

Finlande : élections législatives le 2 avril

Le sort de la Première ministre Sanna Marin pourrait se jouer début avril en Finlande. A la tête d’une coalition fragile, rassemblant les sociaux démocrates, les verts, les libéraux, la gauche et le centre, elle pourrait perdre sa majorité au profit du parti de droite dit de la Coalition nationale (Kok). Ce dernier, avec à sa tête Petteri Orpo, député et ancien ministre, est pour l’instant favori des sondages. En cas de victoire, il pourrait faire alliance avec le parti social-démocrate ou chercher à former une majorité avec l'extrême droite nationaliste (PS).

Espagne : élections locales en mai et générales en décembre

Les élections générales - renouvellement du Parlement espagnol - auront lieu au plus tard en décembre de l’année prochaine. Elles mettront à l’épreuve la solidité de la coalition de gauche actuellement au pouvoir (PSOE et Unidas Podemos) dirigée par le Premier ministre Pedro Sanchez.

La droite représentée par le Parti populaire, espère prendre sa revanche de 2019. Le PP fait pour l’instant la course en tête dans les sondages. L’élection municipale dans la capitale madrilène prévue en mai devrait, à cet égard, être un premier aperçu des rapports de force dans une région favorable à la droite.

Le score du parti d'extrême droite Vox sera également à surveiller de près. 

Grèce : élections législatives en juillet 2023

Les élections législatives se dérouleront l’an prochain dans le pays. Le Premier ministre sortant de droite, Kyriakos Mitsotakis, est donné favori par les sondages. 

Pologne : élections législatives courant de l'automne

Les Polonais également vont être appelés à renouveler les deux chambres de leur Parlement en 2023. La coalition dite de la "droite unie", dominée par le très droitier PiSau pouvoir actuellement, pourrait se retrouver en ballotage. Face à elle, la Coalition civique de Donald Tusk, la talonne dans les sondages. Eurosceptique et très conservateur, le PiS divise en Pologne et inquiète parmi les 27. Sa réforme du système judiciaire a miné les relations entre Bruxelles et Varsovie ces dernières années, la Commission l’accusant de mettre en péril l’état de droit.