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Comment le mouvement social français est-il perçu en Europe ?

Le mouvement social est largement couvert par la presse en Europe
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Par Julie Van Ossel
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Nous avons interrogé des Européens et décortiqué la presse pour vous expliquer comment est perçu le mouvement de contestation en France.

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"Ne sont-ils pas fous ces Gaulois ?" titrait le journal belge Le Soir le 29 mars dernier, tandis que quelques jours plus tôt, le quotidien britannique The Guardian saluait le "sacré combat" des Français et qu’en Italie on se demandait "Pourquoi les Italiens ne descendent-ils pas dans la rue comme en France ?".

La forte mobilisation des Français contre la réforme des retraites a été très médiatisée et suscite de vives réactions chez nos voisins. Cinq ans après la crise des gilets jaunes qui avait, elle aussi, passionné la presse étrangère, les Européens suivent de près ce qui se passe en France et chaque pays s’est forgé un avis en écho à sa propre situation.

"Sont-ils fous ces Gaulois ?"

"Sont-ils fous ces Gaulois, à mettre leur pays à l’arrêt, à laisser leur capitale s’ensevelir sous les déchets et à manifester en continu, alors que leur gouvernement compte seulement faire passer l’âge légal de 62 à… 64 ans ?" C’est avec ironie que le journal belge Le Soir racontait le combat des Français contre la réforme des retraites, les qualifiant "d’irréductibles Gaulois", un clin d'oeil aux aventures du célèbre Astérix. Car chez nos voisins du nord, beaucoup s’étonnent de la colère de ceux qui ont la chance de partir à la retraite à 64 ans quand l'âge légal en Belgique est actuellement fixé à 65 ans et passera à 67 ans d’ici 2030. Les Français seraient en effet parmi les Européens qui prennent leur retraite le plus tôt, comme Euronews l'avait expliqué dans cet article.

De l’autre côté du Rhin, les Allemands aussi ont du mal à comprendre les Français, également mieux lotis qu’eux. Car en Allemagne, non seulement on part plus tard à la retraite mais avec moins d’argent : 1100 euros de pension contre 1400 euros net en France, selon le ministère des solidarités. "Il y a même depuis plusieurs années, un débat autour de la viabilité financière du système de retraites et les entreprises font monter la pression pour que l'âge passe de 67 à 68 ans. Pourtant, à ce jour, personne n'est descendu dans la rue", explique un journaliste du service allemand d’Euronews. Et même si le magazine Der Spiegel dénonçait le 16 mars dernier le passage en force du gouvernement, grâce à l'article 49.3 de la Constitution, en titrant "Macron veut faire voter sa réforme sans vote"; la France est perçue, outre-Rhin "comme presque irréformable et les Français comme réfractaires au changement". Pourtant ailleurs sur le continent, la contestation française pourrait bien être source d’inspiration.

"Protester comme les Français"

"Il est temps de protester contre le gouvernement britannique comme le feraient les Français", c'est ce que clamait il y a quelques semaines le quotidien écossais The National, tandis que dans le journal anglais The Telegraph on pouvait lire "Quand il s'agit des retraites, nous devrions être davantage comme les Français"

Depuis plusieurs mois, le Royaume-Uni est également secoué par une vague de manifestations décrites comme "la plus grande que le Royaume-Uni ait connue depuis des décennies". Le 1er février dernier, un demi-million de salariés, tous secteurs confondus, se sont mis en grève pour dénoncer le coût de la vie et demander une augmentation des salaires, fermant des écoles et perturbant les transports. Du jamais-vu en Grande-Bretagne alors qu’en France manifester est presque une tradition selon le quotidien écossais The National. Une habitude d'ailleurs si ancrée dans la culture politique du pays que "les gouvernements français s'attendent à ce que les citoyens protestent et les citoyens français eux n'hésitent pas à exprimer leur déception dans la rue". Cette mobilisation massive impressionne également The Guardian qui salue "le sacré combat des Français qui envoient un message fort au reste de l’Europe", et qualifie même les récentes casserolades de véritable "art de la protestation à la française"

Un message bien reçu à Bucarest où ces dernières mois, les Roumains ont à plusieurs reprises battu le pavé pour lutter contre la corruption, mais aussi défendre la cause des agriculteurs menacés par l’afflux des céréales ukrainiennes, depuis la guerre. A l’est de l’Europe, la situation française est donc suivie attentivement et en particulier la capacité de mobilisation de la population. "La contestation en France sert souvent d’exemple aux Roumains pour organiser leurs propres luttes et inciter d’autres grévistes à rejoindre les rangs", explique Andra Diaconescu, rédactrice en chef d'Euronews Roumanie. 

"Le sentiment qui domine en Bulgarie c’est la sympathie"

En Bulgarie voisine, la polémique en France autour de l'augmentation de l'âge de départ à la retraite, de 62 à 64 ans, est ce qui retient le plus l'attention car elle fait écho à la situation de la population. En effet, la législation du pays prévoit d’égaliser l’âge de départ à la retraite, actuellement de 62 ans pour les femmes et de 64 ans pour les hommes, à 65 ans pour tous en 2037. "Le sentiment qui domine ici c’est la sympathie. Les Bulgares soutiennent globalement les manifestants français et leur volonté de défendre leurs droits tout en dénonçant bien sûr les violences", résume Marina Stoimenova, rédactrice-en-chef d'Euronews Bulgarie.

Les images d'affrontements entre la police et les manifestants ont justement choqué nombreux Européens et notamment les Portugais, comme l'expliquait le journal Diário de Notícias, le 3 avril dernier. "Ces actes de vandalisme n'aident jamais la lutte et nuisent même à l'image du mouvement". Des scènes de violence impossibles au Portugal, selon le quotidien qui compare la colère des Français à celle des Portugais, qui eux aussi manifestent depuis plusieurs mois, pour dénoncer le coût de la vie qui augmente. 

Mais si le conflit social français est très médiatisé en Europe, la contestation portugaise fait, elle, beaucoup moins de bruit. L'une des raisons selon Diario de Noticias serait le militantisme français et la capacité des syndicats à convaincre, mobiliser et ainsi inscrire le mouvement dans la durée. Une ténacité remarquée aussi en Italie, où la population a les yeux rivés sur le conflit social français.

"Pourquoi les Italiens ne descendent-ils pas dans la rue comme en France ?"

 "Mais pourquoi cela ne nous arrive-t-il pas ?", s'interroge un journaliste dans Il Fatto Quotidiano. "Ici, lorsque l'âge de la retraite a été relevé à 67 ans en 2011, la grève a duré 4 heures" explique-t-il. La réponse se trouve peut-être dans le passé de l'Italie, un pays marqué par des années de terrorisme qui n’ose plus s’aventurer sur le terrain de la contestation. Et puis "à quoi bon, étant donné l’instabilité politique et la vitesse à laquelle les gouvernements se succèdent" se demande un journaliste du quotidien Today Italy. Surtout, que les Italiens, explique-t-il, ont rarement eu gain de cause contrairement aux Français qui ont à plusieurs reprises gagné la bataille de la rue. En 1995 par exemple, une première réforme des retraites est retiré par le gouvernement Juppé sous la pression des manifestations. En 2006, la mobilisation poussera cette fois Jacques Chirac à renoncer à mettre en oeuvre le contrat de premier embauche (CPE).

Mais certains Italiens ne se contentent plus de regarder les Français et sont eux aussi descendus dans la rue le 23 mars dernier pour soutenir leurs voisins. A Rome devant l'ambassade de France et devant les consulats de plusieurs villes italiennes, des manifestations ont eu lieu à l’appel du syndicat italien USB (Unione Sindacale di Base). Il seront à nouveau dans la rue ce 1er mai, comme les Français, mais cette fois pour manifester contre le gouvernement de Giorgia Meloni et défendre les salariés italiens.

Journaliste • Julie Van Ossel

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