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Égalité de genre dans le sport : les défis des athlètes femmes

Le milieu de terrain japonais Yui Hasegawa contrôle le ballon entre le milieu de terrain du Costa Rica Priscila Chinchilla et l'attaquante du Costa Rica.
Le milieu de terrain japonais Yui Hasegawa contrôle le ballon entre le milieu de terrain du Costa Rica Priscila Chinchilla et l'attaquante du Costa Rica. Tous droits réservés SANKA VIDANAGAMA/AFP or licensors
Tous droits réservés SANKA VIDANAGAMA/AFP or licensors
Par Ilaria Federico, Mario Bowden, Stéphane Hamalian
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Malgré les progrès réalisés dans le sport féminin, des défis importants subsistent, notamment en matière d'égalité salariale, de visibilité et de conditions d'entraînement.

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Alors que la Coupe du Monde Féminine de la FIFA a débuté la semaine dernière, le football féminin a gagné une attention considérable, surtout en Europe. Malgré les progrès réalisés dans les sports féminins, des défis importants subsistent, notamment en matière d'égalité salariale, de visibilité et de conditions d'entraînement.

“La Commission européenne suit la situation de près_” explique Ligia Nobrega, analyste senior à l’European Institute for Gender Equality (EIGE). En 2018, l’institut a été chargé par le Conseil de l'Europe de récolter des données sur l'égalité des sexes et le sport dans les États membres de l’UE et vérifier si les pays appliquent la politique des quotas établie en 2022.

Selon cette politique, d’ici à la mi-2026, au moins 40 % des siègesnon exécutifs des conseils d’administration doivent être occupés par des femmes, ainsi qu’au moins 33 % de sièges exécutifs et non exécutifs. Il s’agit donc de présidentes, vice-présidentes, membres et responsables au sein des confédérations européennes de sport. “Nous avons essayé de suivre et de surveiller cette initiative et nous constatons que les pays ayant mis en œuvre des quotas parviennent plus rapidement à une représentation plus équilibrée entre les sexes que les pays qui n'ont pas mis en place cette initiative(...)" "Et les pays les plus performants sont la Finlande, la Suède et le Royaume-Uni_”, explique l’experte. “Mais nous sommes encore très loin d'avoir 40 % de femmes représentées dans ces organisations” , ajoute-t-elle.

La parité salariale, un match encore à gagner

Malgré des progrès considérables, l'égalité des salaires reste un défi majeur dans le sport féminin. Contrairement à l'équipe de football des États-Unis, - qui, à travers son combat pour la parité, a réussi à obtenir une convention collective garantissant une rémunération égale entre joueurs et joueuses en sélection -, de nombreuses fédérations internationales continuent de ne pas offrir une rémunération équitable à leurs athlètes féminines. 

Bien que quelques améliorations aient été apportées, les salaires des femmes restent nettement inférieurs à ceux de leurs homologues masculins.

On est dans des inégalités salariales qui sont énormes. Si je vous dis juste, par exemple, que le salaire moyen d'une joueuse de WNBA était 110 fois moins élevé qu'un collègue masculin de NBA, on a un petit aperçu des inégalités” commente Julian Jappert, directeur du Think tank Sport et Citoyenneté.

Dans une démarche visant à combler l'écart salarial, la FIFA a annoncé une augmentation de 300 % des primes pour la Coupe du Monde féminine de 2023, portant le montant à 135 millions d’euros. Bien que cela représente une avancée positive, on peut remarquer l'écart significatif entre les primes accordées aux hommes et aux femmes lors de grands tournois. En effet, lors de la dernière Coupe du Monde masculine 2022, la FIFA a alloué environ 400 millions d’euros en primes de performance aux fédérations des équipes participantes.

Selon un récent rapport de FIFPRO (Fédération internationale des associations de footballeurs professionnels) sur les conditions de qualifications des joueuses de la Coupe du Monde, parmi les joueuses participant à la Coupe du Monde 2023, seulement 40 % se considéraient comme des footballeuses professionnelles. Tandis que 35 % se déclarent amatrices, 16 % semi-professionnelles et 9 % incertaines de leur statut.

Parmi les joueuses que nous avons interrogés, 362 issues des six continents à travers le monde ayant participé aux qualifications pour la Coupe du Monde 2023, d'énormes disparités salariales ont été constatées concernant leur rémunération” explique Alex Culvin, Responsable Stratégie et Recherche du football féminin à FIFPRO. 29 % des joueuses n'ont reçu aucune rémunération pour cette compétition. C_ela signifie que 66 % ont dû prendre un congé non payé ou des vacances de leur autre activité professionnelle afin de participer aux qualifications de la Coupe du Monde_” continue-t-elle.

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Rapport de FIFPRO sur les conditions de qualifications des joueuses de la Coupe du Monde féminine 2023.Euronews

Des données qui résonnent auprès de l’ancienne joueuse de l’équipe nationale de France Mélissa Plaza, désormais psychologue du sport: “Pour toutes celles ou toutes les équipes qui jouent plutôt en maintien en D1, on arrive à un salaire mensuel moyen entre 1 300 € brut et 1 600 € brut. (...) Quand on est très en dessous de 1 300 € bruts mensuels, ça veut dire une chose, ça veut dire qu'on n'est pas professionnelle, qu'on n'est pas payée exclusivement pour jouer au football et que nécessairement, on a besoin d'avoir un emploi à côté, un travail d'appoint”, explique-t-elle.

Entraînement au féminin : un terrain semé d'obstacles

Les conditions d'entraînement des joueuses de football seraient problématiques et inadéquates par rapport à la préparation de leurs confrères, selon Mélissa Plaza: 

On récolte souvent les miettes qui restent chez les garçons. Tous les équipements qui restent chez les garçons et qui sont par exemple trop grands ou trop petits chez les garçons, c'est ce que nous, on va récupérer. Donc typiquement, j'ai des copines qui jouaient au FC Nantes il y a pas si longtemps que ça et qui récupéraient les chaussettes en taille 43 qui restaient chez les garçons. Et évidemment une taille 43 quand on fait du 38, ça n'a pas de sens. Souvent, elles ont été obligées de s'acheter leurs propres chaussettes à leur taille”.

Elle ajoute: “Quand on est une joueuse de football aujourd’hui, quand on joue en D1, on peut se retrouver régulièrement dans des situations où on se retrouve avec le dernier créneau horaire laissé libre par les garçons pour s'entraîner, c'est-à-dire le créneau 20 heures/22 heures…”

Des obstacles confirmés par les données récoltées par la FIFPRO: 

On a reçu des rapports de joueuses mécontentes qui estiment que chaque confédération nécessiterait des améliorations significatives dans les infrastructures, les terrains d'entraînement, les hébergements, les transports lors des déplacements, ainsi que les tenues et les chaussures”, explique Alex Culvin. “Ce que les données nous indiquent et ce que nous entendons de manière récurrente de la part des joueuses, c'est que ces dernières ne sont pas traitées ni valorisées comme il se doit, que ce soit par leur club ou leur fédération, et qu'elles ont souvent un accès insuffisant et aléatoire aux infrastructures et équipements”.

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Rapport de FIFPRO sur les conditions de qualifications des joueuses de la Coupe du Monde féminine 2023Euronews

De la pelouse aux écrans : en quête de popularité

Les médias jouent un rôle essentiel dans la pérennisation de ces inégalités, en accordant souvent une couverture médiatique insuffisante aux événements sportifs féminins par rapport à leurs homologues masculins. Une plus grande visibilité du sport féminin aurait le potentiel d'inspirer les générations futures à se lancer dans la pratique de ce sport. Une fréquentation plus élevée des matches de la Women's Super League (WSL), avec des clubs comme Arsenal Women dépassant l'affluence des équipes masculines, témoigne de l'intérêt croissant et de l'engagement des supporters. Une telle visibilité joue un rôle essentiel dans la popularité de ces sports.

C’est ce qui confirme Julian Jappert : “On est quand même face à des inégalités énormes entre la diffusion du sport au féminin et du sport au masculin, alors qu'on voit qu'il y a des études qui montrent qu'il y a un intérêt des téléspectateurs et des téléspectatrices et que quand les chaînes finalement diffusent et prennent ce risque financier et aussi en terme d'audience, elles ont des résultats.

Mais la popularité d’un sport se construit depuis l’enfance, selon Cécile Locatelli, ancienne joueuse de football, maintenant entraîneuse : “I_l faut que les clubs fassent l'effort de mettre des gens compétents au bon endroit pour pouvoir motiver et amener ces jeunes filles à la pratique_”.

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Stefan Bergh, président de l’ONG ENGSO, qui représente les jeunes Européens afin de promouvoir des lignes directrices pour le sport des enfants et des jeunes, se dit optimiste: “Ce que j'ai constaté au cours des quatre, voire six dernières années, c'est qu'il y a une attente plus forte et plus élevée également au niveau local, de la part de chaque individu pratiquant le sport”, explique l’analyste. “Nous ne constatons pas seulement des femmes mais aussi de nombreux jeunes hommes qui s’expriment sur les questions de genre d'une manière que nous ne voyions pas il y a dix ans”.

Selon le président d’ENGSO, ceux qui se trouvent dans des positions d’autorité devraient sensibiliser la société sur les questions de genre: “Le personnes qui occupent des postes de direction comme moi, qui suis à la fois président d’ENGSO et également secrétaire général de la Confédération suédoise du sport, doivent donner l'exemple pour trouver de la parité de genre mais aussi pour s’assurer que les financements soient égaux entre les hommes et les femmes”.

Encore du sexisme

Le sexisme dans le sport féminin est un problème persistant qui entrave le progrès et l'égalité des femmes athlètes. Malgré les quelques avancées dans la reconnaissance et la visibilité des sports féminins, les préjugés et les stéréotypes de genre continuent d'influencer négativement la perception des femmes dans le domaine sportif. Les commentaires sexistes et les critiques injustifiées envers les performances des femmes athlètes persistent, contribuant ainsi à dévaloriser leurs exploits et leurs talents.

Un exemple récent en Italie illustre bien cette problématique. 

Lors de la diffusion d'une épreuve de plongeon féminin durant les Championnats du monde de natation qui se déroulent du 23 au 30 juillet dans la ville de Fukuoka au Japon, deux chroniqueurs sportifs, Lorenzo Leonarduzzi et Massimiliano Mazzucchi, ont exprimé des commentaires dégradants et inappropriés sur l’aspect physique des plongeuses, en direct sur la chaîne publique nationale RAI :

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"Les Néerlandaises sont grosses, comme notre Vittorioso" (plongeuse italienne, ndrl), "Elles sont grandes, hein." "Mais au lit, elles sont toutes pareilles", "Celle-ci s'appelle Harper, elle est harpiste, comment joue-t-on de la harpe ? On la.. ?" "On la touche ?" "On la pince". Ces commentaires dégradants ont suscité une vague d'indignation parmi les téléspectateurs et mené à la suspension des deux journalistes.

Mélissa Plaza raconte avoir été témoin elle aussi d’épisodes de violence sexistes au sein de son équipe : "J’étais témoin de la misogynie ambiante qui règne dans ce milieu. On gagne 'que' 3-0 à la mi-temps. Celui qui nous entraîne est extrêmement mécontent de ce score et finit par nous menacer clairement de viol." "Il nous dit ‘Vous voulez faire les salopes avec moi? Je vais toutes vous baiser une par une’.”

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