La Finlande paralysée par un vaste mouvement de grèves contre la réforme du droit du travail

DOSSIER : Des vols annulés sont affichés sur le tableau des départs de l'aéroport Helsinki-Vantaa, à Vantaa, en Finlande, le jeudi 19 octobre 2006.
DOSSIER : Des vols annulés sont affichés sur le tableau des départs de l'aéroport Helsinki-Vantaa, à Vantaa, en Finlande, le jeudi 19 octobre 2006. Tous droits réservés AP Photo
Par David Mac Dougall
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Cet article a été initialement publié en anglais

Les syndicats ont appelé à une mobilisation pour protester contre les propositions gouvernementales de réforme du droit du travail qui, selon eux, auraient un impact négatif sur les bas salaires.

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Des centaines de milliers de travailleurs finlandais devraient se joindre aux grèves généralisées qui ont débuté mercredi et se poursuivront ce jeudi et vendredi, d'autres grèves étant prévues la semaine prochaine.

Les syndicats ont appelé à une action industrielle contre les propositions gouvernementales de réforme du droit du travail.

Le gouvernement affirme que ces réformes radicales sont nécessaires pour rendre l'économie finlandaise plus compétitive.

La grève intervient en plein milieu de la campagne du second tour de l'élection présidentielle finlandaise, les hommes politiques de gauche et de droite faisant campagne pour gagner des voix, avant le scrutin du dimanche 11 février.

"La nécessité de réformer notre système de sécurité sociale et d'augmenter l'emploi est urgente en raison du niveau de notre dette publique. Nous devons faire travailler davantage de personnes, réduire les dépenses publiques et améliorer l'environnement opérationnel pour attirer les investissements", affirme Arto Satonen, ministre finlandais de l'emploi.

"L'UE a pointé du doigt nos perspectives de dépenses publiques basées sur la dette et le FMI a également soutenu fermement les politiques de l'actuel gouvernement finlandais. Dans l'intérêt de notre bien-être futur, nous ne devrions pas et ne pouvons pas laisser les réformes en suspens", déclare-t-il à euronews.

Quels sont les secteurs touchés par la grève ?

Les syndicats estiment que jusqu'à 300 000 travailleurs pourraient participer aux grèves. Un rassemblement à Helsinki, la capitale finlandaise, jeudi après-midi 1er février, devait réunir des politiciens de chaque camp sur scène pour s'adresser aux manifestabnts.

Une grève du personnel des crèches de la région de la capitale a débuté mercredi, et les travailleurs de tous les secteurs de la vie professionnelle finlandaise se sont joints à eux, affectant l'activité du pays (des transports, aux restaurants en passant par le secteur de l'énergie). 

Maria Löfgren, présidente de l'Akava, qui représente les cadres, explique, à euronews, que son syndicat a cherché à résoudre la situation en proposant des solutions d'équilibre au Premier ministre.

"Jusqu'à présent, le gouvernement ne s'est pas engagé à les prendre en compte [...] Nous voulons que notre solution soit réellement prise en considération", confie-t-elle.

Le ministre Arto Satonen, du parti de la "Coalition nationale" au pouvoir, affirme que le gouvernement a collaboré avec les syndicats lors de la préparation de ses réformes, mais que celles-ci sont "absolument nécessaires" et que les syndicats ne peuvent pas avoir un "droit de veto" sur les projets.

Que veut changer exactement le gouvernement finlandais ?

Au cœur du conflit se trouvent deux changements principaux dont le gouvernement affirme avoir besoin pour rendre l'économie finlandaise plus compétitive.

Premièrement, il y aurait des coupes claires dans les dispositions relatives à la protection sociale, certaines de ces coupes ayant déjà été mises en œuvre. Les syndicats affirment que cela se traduirait par la perte de centaines d'euros par mois pour les personnes disposant déjà de faibles revenus - un problème grave dans des secteurs comme le commerce de détail où les salaires sont déjà bas - et que cela aurait un impact négatif sur les femmes, qui sont plus susceptibles d'être employées dans certaines de ces professions à bas salaires.

Deuxièmement, le gouvernement veut réécrire les règles de la négociation collective.

La Finlande utilisait traditionnellement un modèle tripartite pour les négociations sur le travail : le gouvernement, les représentants des syndicats et les représentants des employeurs. Ce système s'est largement effondré ces dernières années pour diverses raisons, mais la dernière série de changements apportés par le gouvernement aux négociations, selon les syndicats, aurait pour effet d'affaiblir encore le pouvoir de négociation des travailleurs.

Les syndicats craignent que de nouvelles modifications de ce système vieux de plusieurs décennies ne soient préjudiciables, car elles fragmentent les négociations salariales et donnent plus de pouvoir aux secteurs ou aux entreprises individuelles pour fixer les niveaux maximums d'augmentation des salaires, ce qui pourrait entraîner des disparités de revenus, même entre des personnes occupant des emplois similaires.

"À long terme, ce type de changement se traduirait presque à coup sûr par une baisse des salaires et des conditions moins avantageuses pour les travailleurs", affirme Pekka Ristelä, responsable des affaires internationales à la SAK, la Confédération des syndicats finlandais.

Le gouvernement a également proposé un système dans lequel les salaires dans l'ensemble de l'économie sont liés au secteur de l'exportation. Il interdirait au médiateur national du travail, souvent impliqué dans la fixation des salaires, de proposer, dans le cadre d'un conflit du travail, des augmentations salariales supérieures à celles convenues avec le secteur de l'exportation.

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Les projets de réforme et les actions de grève attisent la guerre des mots

Les projets du gouvernement et les appels à la grève lancés par les syndicats ont de nouveau opposé la droite finlandaise au pouvoir et la gauche.

Les ministres du gouvernement ont qualifié les syndicats de "mafia", tandis que les politiciens de droite ont affirmé que les dirigeants syndicaux allaient "punir" les travailleurs qui choisiraient de ne pas faire grève, et ont offert des conseils juridiques gratuits à tous ceux qui se trouveraient dans cette situation. Un autre député d'un parti gouvernemental a qualifié le droit à l'action syndicale de "désagrément inutile".

Le gouvernement de coalition finlandais, dont le deuxième partenaire le plus important est un parti d'extrême droite, a tenté à plusieurs reprises de présenter les grèves comme dangereusement politiques, affirmant qu'il avait déjà obtenu un mandat des électeurs pour mener à bien ses réformes et que les syndicats ne devaient pas essayer de le contourner.

Une pétition d'initiative citoyenne visant à interdire les grèves dites politiques est soutenue par plusieurs hommes politiques du parti du Premier ministre.

"Il est dangereux de commencer à considérer les acteurs sociaux établis et reconnus au niveau international comme des "mafieux" et d'utiliser ce genre d'étiquettes. Je dirais que cela peut être le début d'une évolution sociétale très néfaste", confie Pekka Ristelä de la SAK.

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"Les traités internationaux, en particulier l'Organisation Internationale du Travail, ont des règles spécifiques sur le type de grèves politiques qui doivent être autorisées, et les grèves politiques sont dirigées contre les politiques gouvernementales qui ont un effet sur les travailleurs", ajoute-t-il décrivant un inquiétant "effet Trump" où des actions légitimes sont remises en question.

"Dans l'ensemble, nous bénéficions d'un large soutien au sein de la population", assure Pekka Ristelä.

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