L'immunité de Thorbjørn Jagland, ancien secrétaire général du Conseil de l'Europe, avait été levée, la veille, permettant ces perquisitions. Il est désormais formellement soupçonné de "corruption aggravée" dans le cadre de l'affaire Epstein.
Les nouvelles révélations dans l'affaire Epstein continuent d'avoir des répercussions en Europe.Ce jeudi 12 février, la police norvégienne a perquisitionné des propriétés appartenant à l'ancien Premier ministre Thorbjørn Jagland, désormais formellement soupçonné de corruption aggravée dans le cadre de ses contacts passés avec le criminel sexuel.
Thorbjørn Jagland fait l'objet d'une enquête après la publication, fin janvier, de nouveaux documents par le ministère de la Justice des États-Unis, qui suggèrent que lui et/ou sa famille ont séjourné ou passé des vacances chez Jeffrey Epstein entre 2011 et 2018, à une époque où il présidait le comité Nobel, qui décerne le prix de la Paix, et qu'il était secrétaire général du Conseil de l'Europe.
"Pour au moins l'un de ces séjours privés, les frais de voyage de six adultes semblent avoir été pris en charge par Jeffrey Epstein", ont indiqué les autorités. La police évoque aussi une autre offre de prise en charge des frais de voyage et d'hôtel dans les Caraïbes pour six adultes, une offre acceptée par Thorbjørn Jagland, mais annulée ensuite "en raison de circonstances extérieures".
"Thorbjørn Jagland semble en outre avoir sollicité l'assistance de Jeffrey Epstein pour l'obtention d'un prêt bancaire, mais il n'est pas établi si cela s'est concrétisé", est-il ajouté.
L'unité de la police chargée de la criminalité financière Økokrim "mène actuellement des perquisitions à la résidence de Thorbjørn Jagland et dans ses propriétés de loisirs", a déclaré son avocat Anders Brosveet dans un communiqué. Il a ajouté que l'ex-Premier ministre n'est coupable "d'aucun fait pénalement répréhensible".
"Il souhaite contribuer à ce que l'affaire soit pleinement élucidée et la prochaine étape sera la comparution pour interrogatoire devant Økokrim, comme il a lui-même indiqué le souhaiter", a préciser son avocat.
Des perquisitions rendues possibles après la levée, ce mercredi par le Conseil de l'Europe, de son immunité, répondant ainsi favorablement à une demande des autorités norvégiennes.
L'organe paneuropéen des droits de l'homme basé à Strasbourg a déclaré que cette immunité visait à "sauvegarder l'exercice indépendant des fonctions officielles" et n'était pas destinée à un "bénéfice personnel".
Lors de son passage à Strasbourg, Thorbjørn Jagland a été accusé à plusieurs reprises par les médias norvégiens et internationaux d'être trop servile envers le Kremlin et de Vladimir Poutine. Après l'invasion de la Crimée, en 2014, la Russie a été soumise à des sanctions électorales, mais en 2019, le diplomate norvégien a été le fer de lance des efforts déployés pour rétablir les droits de vote de Moscou.
La Russie a finalement été expulsée de l'organe à la suite de son invasion massive de l'Ukraine en 2022.
Les membres du Conseil et les analystes ont critiqué Thorbjørn Jagland pour avoir cédé au prétendu "chantage" russe.
Autres liens entre Epstein et la Norvège
Les dernières révélations dans l'affaire Epstein montrent également que la princesse héritière Mette-Marit, l'épouse du prince héritier Haakon, âgée de 52 ans, a emprunté une propriété appartenant au criminel sexuel, à Palm Beach, pendant plusieurs jours en 2013.
Des échanges de courriels ont également été révélés. En 2012, Jeffrey Epstein indiquait à Mette-Marit qu'il était à Paris "à la recherche d'une femme", mais qu'il "préfère les Scandinaves". Elle avait alors répondu que la capitale française était "bonne pour l'adultère", mais que les "Scandinaves" étaient "de meilleures épouses".
Mette-Marit s'est excusée ce mois-ci pour "la situation dans laquelle [elle a] mis la famille royale". "Certains des messages échangés entre Jeffrey Epstein et moi ne représentent pas la personne que je veux être", a-t-elle assuré.
Mona Juul, ancienne ambassadrice de Norvège en Jordanie, qui a participé aux efforts de paix israélo-palestiniens dans les années 1990, a démissionné au cours du week-end après que des rapports ont indiqué que Jeffrey Epstein avait laissé 10 millions de dollars (environ 8,4 millions d'euros) aux enfants de Mona Juul dans un testament rédigé peu de temps avant sa mort.
Le ministre des Affaires étrangères, Espen Barth Eide, a, lui, déclaré qu'une enquête du ministère sur les contacts entre l'ex-ambassadrice et Jeffrey Epstein était toujours en cours, tandis que Mona Juul continuerait à coopérer avec les autorités norvégiennes pour clarifier la situation.
3 millions de documents révélés
Fin janvier, le ministère états-unien de la justice a publié d'autres documents sur Jeffrey Epstein, en vertu de la loi sur la transparence adoptée après des mois de pression publique et politique, qui oblige le gouvernement à ouvrir ses dossiers sur le financier en disgrâce.
Le procureur général adjoint Todd Blanche a déclaré que le ministère avait publié plus de 3 millions de pages de documents, ainsi que plus de 2 000 vidéos et 180 000 images.
Les dossiers, publiés sur le site web du ministère, comprennent une partie des millions de pages de documents qui, selon les fonctionnaires, n'ont pas été divulgués lors d'une première publication de documents en décembre.
Le fait d'être mentionné dans les dossiers n'implique pas d'actes répréhensibles. Toutefois, les dossiers révèlent que de nombreuses personnes ont entretenu des liens étroits avec Jeffrey Epstein, en particulier après sa condamnation en 2008, ce qui a déclenché plusieurs scandales retentissants dans toute l'Europe depuis le mois de janvier.