Visé par une enquête du parquet national financier, l'ex-ministre de la Culture est convoqué dimanche au Quai d’Orsay à la demande du ministre des Affaires étrangères, après la révélation de ses liens avec Jeffrey Epstein.
Dans une lettre adressée à Jean-Noël Barrot, Jack Lang annonce ce samedi soir qu'il proposera sa démission de la présidence de l'Institut du monde arabe (IMA) afin de "préserver l’Institut et son travail exemplaire" face à un climat d'"attaques personnelles, soupçons et amalgames, par ailleurs tous infondés".
L'ex-ministre de la Culture défend son bilan : redonner à l’institution "son plein éclat et un rayonnement mondial" et mener une programmation culturelle ambitieuse, avant de rappeler que "les accusations portées à mon encontre sont inexactes et je le démontrerai". Jack Lang affirme enfin sa volonté de continuer "en homme libre" ses combats et recherches intellectuelles.
À la demande de l'Élysée, l'ex-ministre de la Culture et actuel président de l'IMA doit être reçu dimanche par le ministre des Affaires étrangères pour s’expliquer sur ses liens avec l’homme d’affaires américain et criminel sexuel Jeffrey Epstein, mort en prison en 2019.
Le parquet national financier a indiqué vendredi 6 février au soir avoir ouvert une enquête préliminaire pour “blanchiment de fraude fiscale aggravée” visant l’ancien ministre de la Culture et actuel président de l'IMA, basé à Paris, Jack Lang, et sa fille Caroline Lang.
Liens avec Jeffrey Epstein
Cette enquête concerne "les faits révélés par Mediapart relatifs à Caroline et Jack Lang" et leurs liens financiers supposés avec le financier américain et criminel sexuel Jeffrey Epstein, a précisé le PNF.
Cité plusieurs centaines de fois dans des emails présents dans les trois millions de nouveaux documents rendus publics vendredi 30 janvier par le ministère de la Justice américain, l'ancien ministre a affirmé n'avoir "jamais" eu connaissance du passé judiciaire de l'homme d'affaires à l'époque de leurs relations.
Si les échanges ne relatent aucune évocation des crimes sexuels dont Jeffrey Epstein est accusé, ils témoignent en revanche d’une certaine proximité entre les deux hommes. L’ancien ministre de François Mitterrand semble avoir profité de ses largesses, alors même que le financier américain avait déjà été condamné en 2008 pour pédocriminalité.
Mercredi au micro de RTL, Jack Lang se disait ”blanc comme neige”, martelant que la ”générosité“ de Jeffrey Epstein n’avait jamais entraîné aucune ”contrepartie”.
Dans ce contexte, le gouvernement n’exclut aucune option. Le ministère des Affaires étrangères est en effet le principal contributeur financier de l’IMA, dirigé depuis 2013 par Jack Lang.
Même si son maintien semble compromis, l’ancien ministre a pourtant formellement exclu, mercredi, de démissionner. Au contraire de sa fille Caroline, également proche de Jeffrey Epstein, qui avait créé une société offshore domiciliée dans les îles Vierges américaines en 2016 en association avec elle. Elle a quitté la tête du Syndicat de la production indépendante le 2 février.
Le sort de Jack Lang à la tête de l’IMA dépend grandement de la pression exercée par l’Élysée. Le caractère hybride de l’IMA, une fondation de droit privé financée majoritairement par la France, aux côtés des pays arabes, peut inciter le chef de l’Etat à tenir compte du contexte diplomatique, bien que la présidence revienne à un Français.
Les Etats arabes composent la moitié du conseil d’administration à parité avec les représentants français. Ils ont toujours soutenu, jusqu’ici, le maintien de Jack Lang.
Les documents mis en ligne par le ministère de la justice américain montrent que Jeffrey Epstein envisageait d’acquérir une propriété au Maroc. Jack Lang lui avait transmis au moins une offre, en 2015, à la demande du prince Jean Poniatowski. Situé dans la palmeraie de Marrakech, le bien était alors évalué à ”5,4 millions d’euros, offshore”. Un des “liens“ qui rattachent Jack Lang au financier américain.