La plainte concerne des manifestations vieilles d’une dizaine d’années contre l’oléoduc Dakota Access.
Greenpeace joue sa survie devant la justice du Dakota du Nord, où un juge a décidé d’ordonner au groupe écologiste de verser une somme estimée à 345 millions de dollars (292 millions d’euros) à une entreprise énergétique dont le chantier de l’oléoduc Dakota Access avait suscité des manifestations il y a près de dix ans.
L’an dernier, un jury a reconnu trois entités de Greenpeace responsables de nombreux griefs et a accordé plus de 660 millions de dollars (559 millions d’euros) de dommages et intérêts à Energy Transfer, somme que le juge James Gion a réduite de près de moitié. Une fois l’ordonnance qu’il a annoncée le 24 février formellement enregistrée, les deux parties devraient faire appel devant la Cour suprême du Dakota du Nord.
Le conglomérat énergétique basé à Dallas, valorisé 64 milliards de dollars (54 milliards d’euros) et propriétaire-exploitant de milliers de kilomètres de pipelines dans 44 États, a contesté cette réduction de moitié de l’indemnisation. Greenpeace USA déclare ne disposer ni de liquidités ni d’actifs approchant un tel montant.
« Nous allons demander un nouveau procès et, à défaut, faire appel du jugement devant la Cour suprême du Dakota du Nord, où Greenpeace International et les entités américaines de Greenpeace disposent de solides arguments pour obtenir l’annulation de toutes les actions en justice intentées contre nous », a déclaré le 26 février la directrice juridique de Greenpeace International, Kristin Casper.
Greenpeace peut-elle survivre ?
Basées aux Pays-Bas, Greenpeace International, Greenpeace USA et sa branche de financement Greenpeace Fund Inc. affirment qu’elles ne cesseront jamais de travailler pour protéger la planète.
Présente dans plus de 55 pays, Greenpeace se décrit comme « un réseau mondial d’organisations de campagne indépendantes qui utilisent l’action non violente et la confrontation créative pour révéler les problèmes environnementaux mondiaux et promouvoir des solutions essentielles à un avenir vert, juste et joyeux ».
Fondée en 1971 au Canada par des militants écologistes qui cherchaient à mettre fin aux essais d’armes nucléaires dans l’archipel des Aléoutiennes, en Alaska, l’organisation a affrété un navire pour « témoigner » lors d’un essai, dans la tradition de protestation des quakers.
Leur embarcation a été interceptée par les garde-côtes, mais l’opération s’est transformée en victoire lorsque les États-Unis ont mis fin aux essais sur l’île. Leur nom, selon le site de l’organisation, est né lorsqu’une personne a quitté une réunion en levant deux doigts en disant « Peace ! », à quoi l’écologiste canadien Bill Darnell a répondu : « Faisons-en une Green Peace. »
Que fait Greenpeace ?
Les militants de Greenpeace ont escaladé des ponts pour y suspendre des banderoles et affronté en mer des navires baleiniers. Trois bateaux parcourent aujourd’hui le globe pour porter les combats de l’organisation.
Des membres de Greenpeace ont gravi en 1981 la cheminée d’une usine chimique pour dénoncer la pollution toxique et occupé en 1995 une plateforme de pétrole en mer du Nord. Ils ont déployé en 2017 une banderole « Resist » depuis une grue près de la Maison-Blanche, quelques jours après que le président Donald Trump a relancé le chantier de Dakota Access. Et en 2023, ils ont recouvert de toile noire la résidence de campagne du Premier ministre britannique d’alors, Rishi Sunak, pour protester contre de nouveaux forages pétroliers et gaziers.
Mais ce sont les manifestations dans le Dakota du Nord, en soutien à la tribu des Sioux de Standing Rock, qui ont plongé les organisations dans les ennuis judiciaires.
De quoi traite le procès visant Greenpeace ?
Le projet d’oléoduc Dakota Access, d’un montant de plusieurs milliards de dollars, qui transporte aujourd’hui du pétrole à travers quatre États du Midwest, a suscité une vive opposition après les plaintes de la tribu, dont la réserve se trouve en aval du point où l’oléoduc traverse le Missouri. La tribu affirme de longue date que ce pipeline menace son approvisionnement en eau.
La mobilisation de la tribu a attiré des milliers de soutiens, qui ont campé pendant des mois dans la région pour tenter de bloquer le chantier. Les manifestations, parfois chaotiques, en 2016 et 2017, ont donné lieu à des centaines d’arrestations.
L’avocat d’Energy Transfer, Trey Cox, a affirmé que Greenpeace avait exploité un problème local, limité et désorganisé, pour faire avancer son agenda. Il a qualifié l’organisation de « maîtres de la manipulation » et de « foncièrement trompeuse ». Il l’a accusée d’avoir payé des manifestants professionnels, organisé des formations pour les protestataires, partagé des informations sur le tracé de l’oléoduc et même envoyé des dispositifs de verrouillage permettant aux manifestants de s’attacher au matériel.
Les différentes branches de Greenpeace soutiennent qu’aucune preuve n’étaye ces accusations et qu’elles n’ont eu qu’un rôle très limité, voire inexistant, dans les manifestations. Elles qualifient cette procédure de « lawfare », une instrumentalisation du droit destinée à faire taire les militants et les voix critiques.
Mais le jury a jugé Greenpeace USA responsable de l’ensemble des chefs d’accusation, notamment pour diffamation, complot, intrusion, trouble à l’ordre public et ingérence délictuelle dans des relations commerciales. Les deux autres entités ont été reconnues responsables d’une partie des griefs.