Berlin a appelé à une réponse européenne unifiée au "projet E1", qui, selon certains responsables, constitue une "menace existentielle" pour l'avenir de la solution à deux États. Une affirmation que conteste Israël.
Le chancelier allemand Friedrich Merz a exhorté Israël à mettre un terme à son plan de colonisation de la Cisjordanie et a demandé de renoncer à toutes les "démarches d'annexion" de ce territoire palestinien.
Lors d'une conférence de presse qu'il a tenue, ce mardi 10 mars, aux côtés du Premier ministre tchèque Andrej Babiš, à Berlin, il a également qualifié de "grave erreur" le projet E1, approuvé en août dernier et qui ouvre la voie à la construction de 3 400 logements sur 12 kilomètres carrés à l'est de Jérusalem, en Cisjordanie.
Friedrich Merz a ajouté que l'avancement du projet "compliquerait la solution des deux États", avant d'appeler ses alliés européens à se joindre à lui sur ce sujet afin de s'opposer au projet israélien.
L'année passée, le ministre israélien des Finances, Bezalel Smotrich, qui supervise la politique de colonisation, avait défendu le projet. "L'État palestinien est en train d'être effacé de la table, non par des slogans, mais par des actes. Chaque colonie, chaque quartier, chaque unité de logement est un nouveau clou dans le cercueil de cette idée dangereuse", avait-il assuré.
Dans son discours, Friedrich Merz a indiqué que son ministre des Affaires étrangères, Johann Wadephul, se rendait ce mardi en Israël pour appuyer sa position.
"Le gouvernement allemand demande au gouvernement israélien de reconsidérer en profondeur ces projets", a déclaré le ministre. "Il ne faut pas que la possibilité d'un avenir pour les Palestiniens dans leur propre État soit exclue", a-t-il déclaré lors de sa rencontre avec son homologue israélien Gideon Sa'ar à Jérusalem.
Johann Wadephul a également fermement condamné les "violences perpétrées par des colons radicaux", à la suite d'informations émanant des autorités palestiniennes selon lesquelles quatre personnes ont été tuées par des colons israéliens lors d'attaques au cours du week-end dans deux localités différentes. "L'État de droit israélien doit s'y opposer avec la plus grande détermination", a-t-il conclu.
Des colonies israéliennes illégales
En décembre dernier, Gideon Sa'ar avait assuré que "les gouvernements étrangers ne restreindront pas le droit des Juifs à vivre sur la terre d'Israël", et que "tout appel de ce type est moralement erroné et discriminatoire à l'égard des Juifs". "La décision du cabinet d'établir de nouvelles colonies a pour but, entre autres, de contribuer à répondre aux menaces sécuritaires auxquelles Israël est confronté", avait-il ajouté.
Cependant, en vertu du droit international, les colonies israéliennes en Cisjordanie sont considérées comme illégales. Israël conteste cette affirmation et maintient que le statut des colonies devrait être déterminé par des négociations plutôt que par des déclarations unilatérales.
Environ 500 000 Israéliens vivent actuellement dans la région aux côtés de 3 millions de Palestiniens, l'acquisition de terres pour les colons étant devenue beaucoup plus facile sous l'administration actuelle, selon des rapports récents des médias.
Le projet E1 s'inscrit dans le cadre d'une poussée plus large de l'expansion israélienne, qui a atteint son niveau le plus élevé depuis 2017 après l'approbation de 19 nouvelles colonies en décembre 2025.
Bezalel Smotrich a annoncé, en août dernier, que les autorités avaient autorisé les colonies "pour bloquer la création d'un État palestinien terroriste" et que la reconnaissance d'un État palestinien par plusieurs pays occidentaux, dont la France, "recevra une réponse de notre part sur le terrain".