Deux nouveau-nés et une fillette de 11 ans figurent parmi les victimes des frappes de ce mercredi. Au moins 71 800 personnes ont été tuées par Israël depuis octobre 2023, un bilan sous-estimé selon plusieurs études et experts.
Malgré le cessez-le-feu en place depuis le 10 octobre dernier, Israël continue de bombarder la bande de Gaza. Ce mercredi 4 février, au moins 24 personnes sont mortes dans de nouvelles frappes selon le ministère de la Santé de Gaza, dirigé par le Hamas. Il s'agit de l'une des journées les plus meurtrières dans l'enclave depuis quatre mois. Au moins 38 autres personnes ont été blessées.
Selon les autorités palestiniennes, deux nouveau-nés et une fillette de 11 ans font partie des victimes. Plusieurs femmes et un secouriste en service ont également été tués, ont-ils ajouté.
La Fédération internationale des sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge s'est dit "scandalisée" par la mort d'Hussein Hassan Hussein Al-Samiri, qui était en service dans la zone d'Al-Mawasi, dans le sud de la bande de Gaza.
Israël, de son côté, a déclaré que ces frappes, qui ont touché plusieurs camps de tentes à travers Gaza, étaient une réponse à des tirs qui ont tué quatre soldats.
L'armée a précisé avoir tué Bilal Abu Assi, un commandant du Hamas présenté comme le chef du commando du 7 octobre ; Ali Raziana, commandant du Jihad islamique ; et Muhammad Issam Hassan al-Habil, chef d'une cellule terroriste du Hamas. Ce dernier est accusé d'avoir tué le soldat israélien Noa Marciano, qui avait été pris en otage le 7 octobre.
Un cessez-le-feu qui n'en est pas vraiment un
Alors que le cessez-le-feu en cours, signé sous l'égide des États-Unis, visait à mettre fin à la guerre, il a été maintes fois rompu par Israël. Depuis octobre dernier, au moins 556 Palestiniens, dont la moitié étaient des femmes et des enfants, ont été tués par des frappes israéliennes.
"Où est le cessez‑feu ? Où sont les médiateurs ?", a écrit Mohamed Abu Selmiya, directeur de l’hôpital Shifa, sur Facebook.
Samedi, Atallah Abu Hadaiyed a entendu des explosions à Gaza pendant sa prière matinale et s’est précipité dehors pour découvrir ses cousins allongés sur le sol, entourés par les flammes. "Nous ne savons pas si nous sommes en guerre ou en paix", a‑t‑il déclaré depuis un camp de déplacés.
Huit pays, dont les médiateurs que sont l'Égypte et le Qatar, ont récemment condamné ce qu'ils ont appelé les "violations répétées" de l'accord par Israël.
L'armée israélienne a également déclaré qu'elle avait ouvert le feu, ce mercredi, sur trois personnes qui s'étaient approchées du territoire contrôlé par l'État hébreu derrière la "ligne jaune". Mais les Palestiniens qui vivent près de cette ligne de démarcation convenue dans le cadre de l'accord de cessez-le-feu affirment que les soldats israéliens tirent presque quotidiennement sur toute personne qui la franchit ou s'en approche.
La ligne de démarcation derrière laquelle l'armée israélienne s'est retirée dans le cadre de l'accord de cessez-le-feu n'est toujours pas marquée à certains endroits. À d'autres, elle a été tracée sur près d'un demi-kilomètre plus profondément que ce qui avait été convenu dans l'accord de cessez-le-feu, selon des habitants et des organisations internationales.
Des points de l'accord toujours bloqués
Certains points du cessez-le-feu progressent malgré tout. Ce lundi, Israël a ouvert le poste-frontière de Rafah. Cette ouverture avait suscité l’espoir d’avancées supplémentaires. Mais depuis lors, le passage des Palestiniens par ce point de passage a été entaché de retards, d'interrogatoires et d'incertitudes quant aux personnes autorisées à traverser. Il a fallu toute la journée de mardi pour que 40 Palestiniens entrent dans la bande de Gaza, selon des travailleurs humanitaires.
Mercredi, 15 patients de Gaza et 31 membres de leur famille devaient passer en Égypte, mais plus de la moitié du groupe a été refoulé, a déclaré Raed al-Nims, porte-parole du Croissant-Rouge palestinien. Le gouvernement du gouvernorat égyptien du Nord-Sinaï a confirmé que certaines personnes avaient été autorisées à entrer en Égypte, mais n'a pas fourni de chiffres.
Le Hamas, de son côté, a libéré tous les otages qu'il détenait et, en retour, Israël a libéré plusieurs milliers de Palestiniens. Cependant, le rapatriement des restes des otages a largement dépassé le délai de 72 heures prévu dans l’accord.
Israël n’a récupéré le corps du dernier otage que la semaine passée, après avoir accusé le Hamas et d’autres groupes militants de violer le cessez-le‑feu en ne rendant pas tous les corps. Le Hamas a expliqué qu’il n’avait pas pu localiser immédiatement tous les restes à cause de la destruction massive causée par la guerre, une affirmation rejetée par Israël.
D’autres volets de l’accord sont toujours bloqués, comme le déploiement d’une force de sécurité internationale, le désarmement du Hamas et le lancement de la reconstruction de Gaza.
En octobre, après des mois de négociations au point mort, Israël et le Hamas ont accepté un plan en 20 points proposé par Donald Trump, destiné à mettre fin à la guerre. À l’époque, le président états-unien avait déclaré que ce plan conduirait à une "paix forte, durable et éternelle".
Cependant, les enjeux plus larges que le protocole cherchait à résoudre – notamment la gouvernance future de la bande – ont rencontré des réserves, et les États‑Unis n’ont fourni aucun calendrier ferme.
Le cessez-le‑feu prévoyait également un afflux immédiat d’aide humanitaire, incluant du matériel pour dégager les décombres et réhabiliter les infrastructures. Les Nations Unies et les organisations humanitaires affirment que les livraisons d’aide aux 2 millions de Palestiniens sont insuffisantes. Le COGAT, organisme militaire israélien chargé de l’aide à Gaza, a qualifié les allégations de l’ONU de "mensonge".
Si la violence a fortement diminué, les bombardements israéliens se poursuivent donc toujours. Depuis octobre 2023, au moins 71 800 Palestiniens ont été tués par Israël, dont plus de 20 000 enfants, 10 400 femmes et presque 5 000 personnes âgées. Si le bilan du ministère de la Santé du Hamas a longtemps été démenti par les autorités israéliennes, ces dernières ont fini par reconnaître ce bilan. Cependant, certaines études et experts estiment qu'il reste encore largement sous-estimé.