Le djihadiste français présumé mort en Syrie a notamment été reconnu coupable de génocide et crimes contre l’humanité visant le peuple yézidi. Il s'agit de la première condamnation en France d'un auteur de ce génocide perpétré au milieu des années 2010 en zone irako-syrienne.
Un djihadiste français a été condamné vendredi à la prison à perpétuité pour son implication dans les atrocités commises par le groupe "État islamique" (EI) contre la minorité yézidie en Irak. Il s'agit de la première affaire de ce type jugée en France.
La Cour d'assises de Paris a reconnu Sabri Essid coupable par contumace de génocide, de crimes contre l'humanité et de complicité dans ces crimes, commis entre 2014 et 2016 alors que les djihadistes occupaient de vastes zones du nord de la Syrie et de l'Irak.
La Cour a estimé que le groupe EI avait spécifiquement ciblé la minorité yézidie en raison de ses croyances religieuses. Le groupe État islamique considérait cette minorité, qui pratique une religion préislamique, comme hérétique.
Sabri Essid, un Français né en 1984 à Toulouse a rejoint le groupe EI en Syrie en 2014. Sa femme, leurs trois enfants et le fils de celle-ci issu d’une précédente union l’y ont ensuite rejoint.
Dans une vidéo de propagande de l’EI diffusée en 2015, on voit Sabri Essid pousser son beau-fils de 12 ans à tirer une balle dans la tête d’un otage palestinien.
Il est accusé d’avoir acheté plusieurs femmes yézidies sur des marchés, puis de les avoir violées à plusieurs reprises, ainsi que de les avoir privées d’eau et de nourriture.
Connu en Syrie sous le nom d’Abu Dojanah al-Faransi, Sabri Essid était le fils d’un compagnon de la mère de Mohammed Merah, auteur des attentats de Toulouse et proche des frères Fabien et Jean-Michel Clain, qui ont revendiqué les attentats de Paris et Saint Denis de novembre 2015. Il est présumé mort, vraisemblablement tué en 2018 en Syrie. Mais son décès n’a jamais été confirmé. Sa femme est incarcérée depuis son retour en France.
Politique génocidaire
En 2014, le groupe EI s'est emparé de vastes territoires en Syrie et en Irak, y proclamant un soi-disant califat.
En août de la même année, ses membres ont assassiné des milliers d'hommes yézidis dans la province du mont Sinjar, dans le nord de l'Irak, et ont emmené en Syrie des milliers de femmes et de filles pour les vendre sur des marchés comme esclaves sexuelles, destinées à être abusées par des djihadistes venus du monde entier.
Les enquêteurs des Nations unies ont qualifié ces actes de génocide.
Lors du procès de Sabri Essid, deux femmes yézidies vendues après leur capture par l’EI comme esclaves sexuelles ont décrit avec une précision crue devant le tribunal de Paris les horreurs qu’elle ont endurées sous la captivité des djihadistes en Syrie.
L'une des deux femmes a déclaré avoir été violée presque quotidiennement par ses deux premiers propriétaires : un Saoudien marié, puis Sabri Essid. Elle a ensuite été revendue à six autres hommes. Après plus de deux années de sévices et de servitude, elle s'est s’échappée avec sa fille et après une nuit de marché, est parvenue à atteindre un poste tenu par les forces kurdes.
Des procès à travers l’Europe
C’est la première fois qu’un des auteurs présumés du génocide des Yézidis est jugé par défaut en France.
En 2021, un tribunal allemand a rendu le premier jugement au monde reconnaissant les crimes commis contre la communauté yézidie comme un génocide.
Il a condamné un Irakien à la prison à perpétuité pour avoir enchaîné une fillette yézidie de cinq ans, qu’il considérait comme une esclave, à l’extérieur sous une chaleur pouvant atteindre 50 °C, en guise de punition pour avoir mouillé son matelas, ce qui l’a conduite à mourir de soif.
Le mois dernier, un tribunal suédois a condamné une femme de 52 ans pour génocide pour avoir réduit en esclavage des femmes et des enfants yézidis en Syrie en 2015.
Les forces soutenues par les États-Unis ont fini par vaincre le groupe EI en 2019, même si des cellules isolées continuent d'opérer dans le désert syrien.