50 millions pour certains transporteurs routiers, 14 millions pour les agriculteurs et 5 millions pour les pêcheurs : près d'un mois après le début de la guerre en Iran, le gouvernement français dévoile son plan de soutien ciblé aux professionnels les plus touchés par la crise énergétique.
Alors que le baril de Brent a dépassé les 110 dollars ce vendredi et que les prix du pétrole continuent de flamber, plusieurs ministres français – de l'Économie, des PME, de l'Agriculture, des Transports, de l'Énergie et de la Pêche – ont annoncé des mesures de soutien aux professionnels durement touchés par la crise des carburants.
Le gouvernement va mobiliser près de 70 millions d'euros, financés par des annulations de crédits ministériels, ce qui signifie que l'on rognera sur d'autres dépenses. "Nous avons sur le plan national construit une réponse graduée, sectorielle, et limitée au mois d'avril. (...) L'ensemble de ce plan s'inscrit dans une volonté de gestion rigoureuse de nos finances publiques. Il ne s'agit pas d'une nouvelle enveloppe, une loi de finances rectificative n'est donc pas justifiée et donc prématurée", a indiqué le patron de Bercy, Roland Lescure, évoquant des "besoins immédiats et urgents".
Les aides sont, pour l'instant, limitées à trois secteurs : le transport routier, la pêche et l'agriculture.
Le ministre de l'Économie a d'abord annoncé un nouveau coup de pouce pour la trésorerie des entreprises les plus touchées par la crise énergétique.
Pour les secteurs de l'agriculture, de la pêche et des transports, un report de cotisations sociales est prévu, ainsi qu'un étalement des échéances fiscales. Cette mesure s'adressera aux TPE, à hauteur de 50 000 euros, sur une durée de un à trois ans.
50 millions pour les transporteurs "les plus touchés"
Les TPE et PME du transport routier, très touchées par la crise au Moyen-Orient, bénéficieront d'une aide forfaitaire exceptionnelle de 50 millions d'euros, soit l'équivalent de 20 centimes par litre de carburant.
La banque publique d'investissement "va aussi proposer des prêts bonifiés, garantis par l'État, pour aider à la trésorerie", avait déclaré plus tôt cette semaine le ministre des PME, Serge Papin.
La banque publique d'investissement proposera également des "prêts bonifiés, garantis par l’État, pour soutenir la trésorerie", avait déclaré plus tôt cette semaine le ministre des PME, Serge Papin. "Sur le plan fiscal, sur le plan social, les services de l'État vont différer les paiements."
"Nous avons demandé aux plateformes de VTC d'adapter les prix des courses afin de préserver les revenus des chauffeurs", a-t-il ajouté, "le risque que certaines petites entreprises de transport ne puisse plus fonctionner, même temporairement, existe."
"Aider les pêcheurs à traverser la tempête"
Une aide similaire de cinq millions d'euros devrait également être débloquée pour le secteur de la pêche, avec un remboursement sur facture de 20 centimes par litre de carburant pendant le mois d'avril.
Pas un nouveau "bouclier énergétique" : ces sommes seront versées aux pêcheurs sous forme de remboursement, et non via une remise à la pompe.
"Cette mesure doit permettre aux navires de continuer à sortir en mer", a précisé la ministre déléguée chargée de la Mer et de la Pêche, Catherine Chabaud.
Alléger la facture pour les agriculteurs
De leur côté, les agriculteurs n'auront pas à s'acquitter de la taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques (TICPE) pendant un mois, ce qui représente un manque à gagner de 14 millions d'euros pour l'État et une réduction de 4 centimes par litre sur la facture.
Le gazole non routier (GNR), utilisé notamment par les engins agricoles, sera, lui, exonéré de "tout droit d'accise" en avril.
Par ailleurs, la ministre de l'Agriculture, Annie Genevard, va demander au conseil des ministres européens de l'Agriculture et de la Pêche, le 30 mars, une suspension ou une neutralisation du MACF, le mécanisme d'ajustement carbone aux frontières.
Un "grand plan d'électrification"
Le gouvernement a également annoncé qu'il dévoilera dès la semaine prochaine son "grand plan d'électrification" de l'économie, initialement prévu pour la fin avril.
L'objectif est de réduire la dépendance de la France aux énergies fossiles importées, de 60 % à 40 % d'ici 2030, grâce à l'électrification des transports, via les voitures électriques, et des bâtiments, avec les pompes à chaleur.
À l'étranger, des gouvernements prennent des mesures
D'autres pays européens ont également déployer des aides ciblées pour contrer la hausse des prix liée à la guerre au Moyen-Orient. En Espagne, dans la nuit du samedi 21 au dimanche 22 mars, les stations-service ont réduit leurs tarifs après que les autorités ont décidé de faire passer la TVA de 21 % à 10 %.
L'Italie a adopté le 18 mars un décret-loi réduisant le prix du carburant de 0,25 € par litre, a annoncé la Première ministre Giorgia Meloni sur X.
Rome a également mis en place un crédit d'impôts pour les transporteurs routiers et instauré un mécanisme antispéculation.
Au Portugal, une réduction des taxes sur les carburants est en vigueur depuis le 13 mars, offrant une économie de 1,8 centime par litre de gazole et 3,3 centimes par litre d'essence. Il s'agit d'un mécanisme automatique qui ajuste les taxes lorsque la hausse des prix dépasse 10 centimes par litre par rapport aux prix moyens de la semaine précédente.
En Grèce, le Premier ministre Kyriakos Mitsotakis a présenté un dispositif de subventions ciblées d’un montant total de 300 millions d'euros. "Face à l'instabilité économique internationale", le gouvernement grec introduira en avril et mai des subventions sur les carburants automobiles et maritimes, le diesel et les engrais.