Loader
Suivez-nous
Publicité

Les prix du gaz en Europe au plus haut depuis mars, le pire pourrait suivre

Un employé d'une station-service ukrainienne à Volovets, dans l'ouest de l'Ukraine, le mercredi 7 octobre 2015.
Un employé d'une station-service ukrainienne à Volovets, dans l'ouest de l'Ukraine, le mercredi 7 octobre 2015. Tous droits réservés  Copyright 2015 The Associated Press. All rights reserved
Tous droits réservés Copyright 2015 The Associated Press. All rights reserved
Par Piero Cingari
Publié le Mis à jour
Partager Discussion Suivez Euronews sur Google
Partager Close Button

Prix du gaz en Europe: +130 % en 2026, stocks bas et risques d'approvisionnement rendent l'hiver plus coûteux

Les contrats à terme sur le TTF néerlandais, principale référence européenne pour le prix du gaz, ont bondi jeudi à plus de 65 € par mégawattheure, leur plus haut niveau depuis mars, prolongeant une envolée qui a fait grimper les prix de plus de 130 % depuis le début de l'année.

PUBLICITÉ
PUBLICITÉ

Cette flambée intervient en plein nouvel épisode de canicule en Europe, et cette chaleur explique en partie pourquoi l'hiver à venir s'annonce coûteux.

Des températures record dopent la demande d'électricité, tandis que la sécheresse et la chaleur pénalisent la production hydroélectrique et nucléaire. Les centrales électriques au gaz doivent combler une partie de ce déficit, au moment même où l'Europe devrait injecter davantage de gaz dans ses stocks.

Les prix du gaz restent bien en deçà du pic de 350 €/MWh atteint lors de la crise énergétique de 2022 déclenchée par l'invasion de l'Ukraine par la Russie. Mais l'Europe aborde l'hiver avec des stocks entamés et très peu de marge face à un nouveau choc d'approvisionnement.

Gaz en Europe: les prix repartent à la hausse

Cette flambée s'est accélérée au pire moment.

Habituellement, l'Europe profite de l'été pour reconstituer ses réserves de gaz avant que les ménages ne commencent à les puiser pour se chauffer.

Cette année, cette phase de remplissage se heurte à une série de perturbations.

Le détroit d'Ormuz reste pratiquement fermé, la Norvège a prolongé les arrêts de production sur certains gisements gaziers et la sécheresse a réduit la production hydroélectrique et nucléaire.

Les centrales électriques au gaz compensent une partie de ce manque alors que la demande d'électricité augmente avec la canicule, ce qui accroît la demande pour le même combustible que l'Europe doit mettre en réserve pour l'hiver.

Résultat: le marché dispose de très peu de marge.

"Plusieurs risques négatifs du côté de l'offre se sont matérialisés et les niveaux de stockage du gaz sont historiquement bas à l'approche de la saison de chauffage", explique Daniel Kral, économiste chez Oxford Economics, dans une note récente.

Le cabinet prévoit de relever en septembre sa prévision de prix du gaz en Europe, possiblement jusqu'à une moyenne proche de 60 €/MWh au quatrième trimestre 2026 et au premier trimestre 2027, un niveau inférieur aux cours de jeudi.

L'Europe est devenue plus résiliente, mais reste vulnérable aux aléas climatiques

L'Europe a réduit sa consommation de gaz d'environ 15 % à 20 % par rapport à 2021. L'industrie consomme moins de gaz, les renouvelables ont gagné du terrain et les pompes à chaleur ont remplacé une partie des systèmes de chauffage au gaz.

L'offre mondiale de GNL a également augmenté. L'Europe dispose de davantage de terminaux d'importation et peut attirer des cargaisons lorsque les prix montent. Cela rend une pénurie physique pure et simple beaucoup moins probable qu'au moment de la crise de 2021-2022.

Mais cette baisse de consommation ne supprime pas la principale vulnérabilité de l'Europe.

Selon Oxford Economics, la corrélation entre la température et la demande de gaz reste quasi parfaite. L'hiver dernier, lorsque les températures sont brièvement passées sous la moyenne de long terme, les économies de gaz de l'Europe par rapport aux niveaux d'avant 2021 se sont réduites à seulement 5 % à 10 %.

L'Europe a diminué son besoin habituel de gaz. Elle n'a pas supprimé sa dépendance au gaz lorsque l'hiver devient particulièrement froid.

C'est pour cela que le stockage est crucial.

Les stocks constituent le tampon entre un hiver normal et un choc d'approvisionnement.

Lorsque les stocks sont élevés, les acteurs du marché peuvent absorber un coup de froid sans surenchérir agressivement sur de nouvelles cargaisons. Quand les stocks sont faibles, chaque semaine plus froide que prévu se transforme en course à l'approvisionnement.

Le chiffre qui compte

Au début du mois d'août, les stocks de gaz européens n'étaient remplis qu'à environ 57 %.

Selon les données de Gas Infrastructure Europe, le taux de remplissage atteignait 57,1 % au 1er août, le niveau le plus bas jamais enregistré à cette période de l'année dans la série historique.

La réglementation de l'UE vise toujours un niveau de stockage de 90 %, même si les États disposent désormais de davantage de flexibilité sur le calendrier pour l'atteindre. L'objectif peut être atteint entre le 1er octobre et le 1er décembre, tandis que des conditions de marché difficiles ouvrent la voie à une flexibilité supplémentaire.

Bruxelles a également encouragé les États à envisager d'utiliser cette flexibilité pour abaisser l'objectif à 80 % lorsque les conditions de marché rendent le remplissage plus difficile.

Le stockage constitue le garde-manger énergétique de l'Europe.

Le gaz pourrait devenir un problème pour la BCE

C'est à ce stade que la flambée du gaz cesse d'être une simple histoire d'énergie.

Elle devient une histoire d'inflation et, par ricochet, un problème pour la Banque centrale européenne (BCE).

Les prix de gros du gaz réagissent plus vite que les factures des ménages, car les énergéticiens couvrent souvent leurs achats plusieurs mois à l'avance. Oxford Economics estime que, en moyenne, la transmission des prix de gros aux prix à la consommation atteint un pic environ six mois après le mouvement initial.

Mais cette protection s'affaiblit si les prix restent élevés. À mesure que les contrats arrivent à échéance et sont renouvelés, les tarifs de détail se rapprochent progressivement des niveaux de gros.

L'impact sera également très différent d'un pays européen à l'autre.

L'Allemagne et l'Autriche ont tendance à privilégier des contrats à prix fixe plus longs, ce qui ralentit la transmission. La France, l'Italie et l'Espagne réagissent plus rapidement. Aux Pays-Bas, la transmission est presque immédiate.

L'Italie se distingue car elle conjugue une transmission des prix relativement rapide avec une forte dépendance au gaz. Oxford Economics la désigne donc comme la grande économie européenne la plus exposée à un choc sur les prix du gaz.

La hausse du gaz dépasse ainsi le cadre d'un simple marché de matières premières: elle devient potentiellement un sujet de politique monétaire.

Oxford Economics estime que, compte tenu des prix de gros actuels du gaz, l'inflation globale dans la zone euro pourrait avoisiner 3,5 % au second semestre 2026, contre un peu plus de 3 % dans son scénario de référence le plus récent.

La BCE a déjà relevé ses taux en réaction à un choc d'inflation lié à l'énergie.

Les marchés anticipent largement une nouvelle hausse de 25 points de base en septembre.

Les propres projections de la BCE publiées en juin tablaient déjà sur une inflation globale durablement élevée en raison de la hausse des prix de l'énergie, avec un taux attendu à 3,4 % aux troisième et quatrième trimestres 2026.

Un hiver plus froid pourrait donc accoucher d'un cocktail inconfortable: un pouvoir d'achat des ménages affaibli et des taux d'intérêt plus élevés.

Accéder aux raccourcis d'accessibilité
Partager Discussion Suivez Euronews sur Google

À découvrir également

La dette américaine dépasse 40 000 milliards $, le Trésor double ses rachats

Les prix du gaz en Europe au plus haut depuis mars, le pire pourrait suivre

90 centimes de moins par litre : les Allemands vont faire le plein en Pologne