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Protection des travailleurs contre l'amiante : les ambitions de l'UE

En partenariat avec The European Commission
Protection des travailleurs contre l'amiante : les ambitions de l'UE
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Par Fanny GauretJeremy Wilks
Publié le
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Où en est-on de la protection des travailleurs européens contre l'amiante ? Alors que des pays comme la France imposent déjà une limite d'exposition basse, la Commission européenne veut généraliser cette norme dans l'UE. Nous voyons ce que cela implique.

Avec les objectifs de l'Union européenne pour lutter contre le changement climatique, 35 millions de bâtiments devraient être rénovés d'ici à 2030 selon la Commission européenne, risquant d'exposer de nombreux travailleurs à l'amiante. Mais la donne pourrait changer avec l'initiative prise par la Commission afin de mieux protéger les travailleurs.

L'amiante est interdit dans l'Union européenne depuis 2005. Pourtant, il continue de faire des victimes : d'après les estimations, 78% des cancers professionnels sont liés à ce matériau. 70 000 personnes sont décédées d'une exposition à ces fibres en 2019.

L'amiante est encore très répandu dans les habitations et les immeubles de bureaux. Actuellement, en Europe, 4,1 à 7,3 millions de travailleurs pourraient être exposés à l'amiante. 97% d'entre eux travaillent dans le bâtiment et 2% dans la gestion des déchets. Les principaux risques sont présents quand on intervient sur des matériaux qui en contiennent lors de travaux de rénovation.

Pour mieux protéger les travailleurs, la Commission européenne propose de réduire, dans l'ensemble de l'Union, la limite d'exposition à l'amiante sur le lieu de travail à une valeur 10 fois inférieure à la valeur actuelle. Elle passerait ainsi, de 0,1 fibre par cm³ à 0,01 fibre par cm³.

La Commission entend aussi soutenir les victimes de l'amiante, protéger les travailleurs sur les chantiers de construction et veiller à ce que ce matériau soit éliminé en toute sécurité.

Une limite déjà abaissée en France

En France, cette limite de 0,01 fibre par cm³ est déjà en vigueur. Nous nous rendons dans le sud-ouest du pays pour en savoir plus.

Au nord de Toulouse, sur un chantier de désamiantage, Emmanuel Pezet, responsable de la décontamination chez Mason, nous explique les nombreux moyens de sécurité mis en place. "Pour les travailleurs, ce sont des équipements de protection individuelle et des appareils de protection respiratoire," indique-t-il. "Cela dépend du niveau d'empoussièrement et de l'analyse des risques du chantier," précise-t-il avant d'ajouter : "Ensuite, nous avons une unité mobile de décontamination, des clôtures de chantier, un affichage, une signalisation et une zone déchets."

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Opération de désamiantage près de ToulouseEuronews

La France dispose d'un cadre réglementaire très strict sur les moyens à mettre en œuvre pour la protection des travailleurs et de l'environnement sur ces chantiers. Des mesures d'empoussièrement sont systématiquement effectuées. "Il y a des pompes environnementales, mais aussi des pompes placées sur les opérateurs pour contrôler le respect de la valeur limite d'exposition professionnelle," décrit Emmanuel Pezet.

Inhalées, les fibres d'amiante peuvent provoquer des maladies graves comme le cancer des poumons, qui se déclarent en moyenne 30 ans après l'exposition. Malgré les incertitudes, Florian Thamalet, opérateur désamiantage chez Mason, se sent protégé. "Je n'ai aucune crainte pour mon métier parce qu'on est très, très bien encadrés," estime-t-il. "On est les premiers à savoir où il y aura de l'amiante par rapport aux autres corps de métier sur un chantier classique et traditionnel," fait-il remarquer.

Des techniques, un matériel et des formations spécifiques

Au sud de Toulouse, nous visitons le centre de formation amiante d'une société de gestion des risques professionnels. Sur place, on apprend à manipuler les nombreux équipements de protection et de décontamination. L'entreprise analyse également les prélèvements faits sur les chantiers pour vérifier le nombre de fibres d'amiante dans l’air.

"Cela demande la mise en place de nombreuses techniques et l'emploi de matériel très spécifique, très performant," explique Olivier Heaulme, PDG d'Aléa Contrôles. "On a dix ans de retour d'expérience en France, avec ce taux qui va être instauré dans toute l'Union européenne, mais il a fallu du temps à arriver à ce taux-là," indique-t-il. "Pour aller plus bas, cela mettra quand même un certain temps ; pour y arriver, il faudra des nouvelles technologies, plus de formation, etc." estime-t-il.

En France, l'amiante est responsable chaque année de 3 à 4 000 maladies liées au travail. Une formation est obligatoire pour tous les métiers du bâtiment. Pourtant, certains professionnels l'ignorent.

"Sans formation, on ne peut pas se protéger de l'amiante, cela permet de sensibiliser les travailleurs aux risques," souligne Olivier Heaulme. "Il y a des techniques, des automatismes à avoir pour se protéger et ces automatismes passent par des formations qui sont récurrentes," dit-il.

Katia Rozières, encadrante technique amiante depuis un an, met justement à jour sa formation. Elle répète les gestes qui lui permettront de gérer les risques sur les chantiers. "On a une vraie responsabilité à mettre les personnes en sécurité par rapport à cela et c'est important de pouvoir mettre à disposition tout ce qui peut exister - et il y a beaucoup de choses qui existent -, mais de faire aussi attention à ce que ce soit respecté sur le chantier," déclare-t-elle.

"Un niveau de protection plus élevé doit s'accompagner d'une sensibilisation et de procédures adéquates"

L'actualisation de la directive sur l'amiante au travail proposée par la Commission européenne pour mieux protéger les travailleurs, est accompagnée de différents fonds européens qui existent déjà.

Mais est-ce que ces mesures sont suffisantes pour répondre à ce problème de santé publique majeur ? À Bilbao, nous avons posé la question à William Cockburn, directeur par intérim de l'Agence européenne pour la sécurité et la santé au travail.

"Aujourd'hui, nous constatons des décès liés à des expositions qui remontent aux années 80 et 90," fait-il remarquer. "Quand on rénove ou qu'on réalise des travaux de construction, on risque d'exposer à nouveau les travailleurs à l'amiante, donc il nous faut les bonnes procédures," insiste-t-il. "Nous avons besoin de cette législation forte qui a été proposée et celle-cirecommande de bonnes mesures techniques," estime-t-il.

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William Cockburn, directeur par intérim de l'Agence européenne pour la sécurité et la santé au travailEuronews

"Les fibres d'amiante sont cancérogènes et il n'existe donc pas de niveau d'exposition totalement sûr : plus on respire de fibres, plus le risque de développer une maladie augmente," poursuit William Cockburn. "En réalité, la législation oblige les employeurs à réduire le niveau d'exposition au niveau technique le plus bas possible, donc, la limite d'exposition n'est pas une limite acceptable, il s'agit en fait d'un seuil maximum," précise-t-il. "En mettant en place une limite dix fois plus stricte, nous devrions nous attendre à des niveaux de protection nettement plus élevés pour les travailleurs européens, mais cela doit s'accompagner d'une sensibilisation, de conseils et d'outils, mais aussi de procédures et de stratégies adéquates," renchérit-il.

Mais de nombreux syndicats pensent que cette limite d'exposition devrait être cent fois inférieure pour protéger efficacement les travailleurs. "Il s'agit d'une question difficile que la Commission a abordée en menant des études approfondies," reconnaît William Cockburn. "À un moment donné, on s'approche d'un niveau plancher," dit-il. "Ici, à Bilbao, il se peut que nous inhalions des fibres d'amiante à une très faible concentration, il faut donc trouver une limite réaliste," fait-il remarquer.

"Des coûts insignifiants"

Nous demandons au directeur par intérim de l'Agence européenne pour la sécurité et la santé au travail quels seraient les coûts de mise en œuvre de ces mesures. "Les études montrent que ces coûts ne sont pas si élevés et qu'ils pourront être pour la plupart, répercutés sur les consommateurs," assure-t-il. "L__es gouvernements devront bien sûr assumer certains coûts car ils devront former les services d'inspection et mettre en place de nouveaux équipements de laboratoire pour détecter ces niveaux inférieurs," explique-t-il.

"Mais tous ces coûts sont vraiment insignifiants par rapport aux économies réalisées par la société puisque cela génère moins de perte de productivité et des coûts inférieurs au niveau des traitements, hospitalisations et indemnisations et peut-être plus important encore, moins de souffrance humaine," fait-il remarquer.

Pour que cette nouvelle limite soit obligatoire dans toute l'Union européenne, le Parlement et le Conseil de l'UE devront trouver un accord qui aidera à mieux protéger les travailleurs contre le cancer.

Journaliste • Fanny Gauret

Video editor • Jean-Christophe Marcaud

Sources additionnelles • Production : Louise Lehec ; cameramen : Mathieu Rocher, Raúl Cadenas ; motion design : NEWIC

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