Comment l'intelligence artificielle transforme le monde du travail

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Par Paul Hackett
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Les progrès technologiques remodèlent les marchés du travail européens et mondiaux. Plusieurs millions d'emplois pourraient être menacés, mais dans le même temps, la numérisation et l'intelligence artificielle pourraient entraîner une hausse du PIB et créer de nouvelles opportunités d'emploi.

L'intelligence artificielle fait actuellement couler beaucoup d'encre, mais si l'on fait abstraction des scénarios de science-fiction, les systèmes qui s'appuient sur l'IA sont en train de transformer à grande vitesse l'économie européenne.

Dans le monde du travail, pourrait-elle faciliter les tâches fastidieuses et complexes ou va-t-elle s'emparer de nos emplois ? Et si nous ne sommes pas encore dans sa ligne de mire, travaillerons-nous bientôt à côté d'un robot ? 

Dans une étude récente, plus de 75% des entreprises interrogées ont dit prévoir d'adopter des systèmes alimentés par l'IA d'ici à 2027. Une démarche génératrice d'opportunités, mais aussi de risques.

Des gains de productivité

Aujourd'hui, l'intelligence artificielle remplace déjà les humains dans certains types d'activité. Une partie des tâches liées aux emplois administratifs et de bureau semblent ainsi très exposées. 

Demain, l'IA devrait stimuler la productivité en supprimant les tâches routinières, mais les travailleurs devront s'adapter et monter en compétences pour faire face à cette nouvelle réalité. Car elle remplacera certainement des emplois, mais selon la plupart des experts, elle en créera également de nouveaux.

Des question sur la transparence, la responsabilité et l'équité

Autre utilisation de l'IA dans le monde du travail : les algorithmes qu'elle alimente surveillent déjà les performances des employés et pourraient être utilisés à l'avenir pour embaucher et licencier du personnel.

Ce qui soulève des questions sur la transparence, la responsabilité et l'équité dans le monde du travail. L'avenir dépend ainsi, de la manière dont les systèmes d'IA sont déployés et dont les travailleurs sont protégés.

Le secteur des courses en ligne exploite déjà l'IA

Aux Pays-Bas, le supermarché Picnic tente, de son côté, de révolutionner le secteur des courses en ligne. Ses centres largement automatisés, comme celui que nous visitons à Utrecht, sont équipés d'une multitude de technologies d'intelligence artificielle.

L'entreprise affirme que cela lui permet d'améliorer la fraîcheur des denrées alimentaires qu'elle achemine et de réduire les délais de livraison et les coûts. Un gain notable dans un secteur très concurrentiel.

De plus, Picnic affirme qu'intégrer l'IA lui a permis de créer de nombreux emplois qualifiés, en supprimant une grande partie des tâches pénibles.

"L'intelligence artificielle représente une opportunité pour de nombreuses personnes car elle génère de nouveaux emplois qui n'existent pas encore et qu'elles pourront occuper à l'avenir, en termes de travail de création," affirme Daniel Gebler, directeur technique chez Picnic. "Mais la technologie prend en charge les tâches répétitives et pénibles," ajoute-t-il.

Selon Picnic, son modèle technologique et commercial lui permet d’être plus durable. Le supermarché effectue déjà des livraisons gratuites en véhicules totalement électriques. Mais l'analyse fondée sur les données et destinée à réduire le gaspillage alimentaire et l'excès d'emballages est également au cœur de son activité. "Un service comme Picnic peut opérer de manière particulièrement durable, mais cela peut aller plus loin quand non seulement nous faisons de bonnes prévisions et rendons notre service et nos opérations plus durables, mais que nos fournisseurs le font également," fait remarquer Daniel Gebler.

Quand l'IA devient invasive

Utilisée à bon escient, l'intelligence artificielle peut offrir de grands avantages. Mais qu'en est-il quand la technologie finit par nous suivre à la trace ?

Joseph Skull est livreur à vélo pour un grand service de livraison à la demande d'Amsterdam. Il dit en avoir assez d'être constamment surveillé par son entreprise pendant ses heures de travail."Ils suivent tout ce que nous faisons au travail," indique le jeune homme. "Ils peuvent voir si nous nous arrêtons quelque part pendant cinq minutes et ils peuvent poser des questions sur la raison pour laquelle on prend autant de temps alors que l'on doit simplement faire ce que l'on a à faire au travail," dit-il.

Les syndicats néerlandais affirment qu'il faudrait faire plus pour imposer des règles aux entreprises de livraison, en particulier dans l'utilisation d'algorithmes d'IA visant à améliorer la productivité. "En tant que syndicat de travailleurs, nous constatons de nombreux problèmes : les salaires sont bas, il n'y a pas de sécurité," indique Frank Van Bennekom, responsable syndical à FNV Young & United. "Par exemple, dans certains cas, les primes sont supprimées si un livreur ne livre pas à une heure donnée : cela conduit vraiment à des situations dangereuses et je pense que cela devrait être interdit par la loi," affirme-t-il.

L'une des préoccupations, c'est que l'IA conduise à une augmentation du travail précaire, au sein de ce que l'on appelle la "gig economy" ou l'économie à la tâche"Je veux savoir que je peux aller aux toilettes, manger un peu, changer de vêtements quand ils sont mouillés à cause du temps horrible que nous avons parfois et je veux avoir le sentiment que je ne serai pas sanctionné pour cela," souligne Joseph Skull, avant d'ajouter : "Mais je ne sais même pas ce qui se passe avec l'algorithme."

Protéger les travailleurs des plateformes, un objectif européen

Comment profiter des avantages de l'IA tout en garantissant l'équité, l'inclusion et la sécurité au travail ?

C'est l'une des nombreuses questions auxquelles les experts et décideurs politiques ont tenté de répondre lors de la récente édition annuelle du Forum européen sur l'emploi et les droits sociaux qui s'est tenue à Bruxelles.

Pour en savoir plus, nous avons interrogé Nicolas Schmit, commissaire européen à l'emploi et aux droits sociaux, et lui avons demandé ce que fait la Commission européenne pour s'assurer que les droits des travailleurs sont protégés. "Ce qui est important, c'est que nous n'entravions pas ces changements technologiques, mais que nous nous assurions d'identifier les mesures nécessaires pour protéger les travailleurs," insiste Nicolas Schmit.

"La première directive importante sur laquelle nous travaillons concerne la protection des travailleurs des plateformes, parce qu'ils sont directement affectés par la gestion algorithmique," dit-il avant de préciser : "Nous faisons actuellement pression pour l'adoption de cette directive qui, d'une part, donne des garanties pour protéger les travailleurs dans le contexte de la gestion algorithmique, mais aussi pour les protéger en termes de droits sociaux, de droits à la protection sociale, à la santé, etc."

Vers une réglementation européenne de l'IA

En plus de sa directive sur le travail via une plateforme, l'Union européenne est en train de finaliser son règlement sur l'IA qui serait le premier cadre juridique au monde pour ce type de technologie.

Ceux qui travaillent à une meilleure réglementation mondiale affirment de leur côté qu'une bonne gouvernance de l'IA est nécessaire dès à présent.

"Ce que nous voyons actuellement, c'est que l'IA ressemble beaucoup à une voiture sans freins et sans ceintures de sécurité, conduite par quelqu'un qui n'a pas de permis de conduire," décrit Virginia Dignum, membre du comité consultatif des Nations Unies sur l'intelligence artificielle. "Et si nous laissons les choses se passer comme elles se produisent aujourd'hui, je crains que les avantages ne profitent qu'à ceux qui bénéficient déjà de l'IA, c'est-à-dire les grandes entreprises technologiques et les multimillionnaires de ce monde," estime-t-elle.

Un enjeu de compétences

Autre sujet majeur : la formation et le renforcement des compétences numériques. À l'avenir, 90% des emplois en auront besoin.

Actuellement, plus d'un tiers de la main-d'œuvre de l'Union européenne n'a pas les qualifications requises.

Selon Christoper Pissarides, économiste de la London School of Economics et lauréat d'un prix Nobel, les travailleurs devraient chercher à s'adapter à cette nouvelle donne.

"Je pense que les travailleurs sont trop inquiets à propos de l'intelligence artificielle et je ne pense pas qu'elle vienne prendre leur emploi," assure-t-il.

"Ils devraient essayer de découvrir ce qui se passe dans leur entreprise et de trouver comment ils peuvent se former aux nouvelles technologies et travailler avec elles," conseille-t-il. "Ils y gagneront beaucoup en satisfaction," concluent-ils.

"Avoir un monde meilleur tout en gardant le contrôle"

Le commissaire européen Nicolas Schmit est du même avis :"Nous devons créer un véritable état d'esprit d'apprentissage tout au long de la vie, où les gens savent qu'ils doivent faire de nouvelles formations, acquérir de nouvelles compétences, monter en compétences, non seulement avec le risque de perdre leur emploi, mais aussi avec la garantie d'en trouver un autre."

"Je ne suis pas un techno-pessimiste," poursuit-il. "Nous pouvons avoir un monde meilleur grâce à la technologie et une meilleure organisation du travail, en retirant aux gens les tâches répétitives ou en réduisant les activités pénibles, mais cela signifie que nous devons garder le contrôle," prévient-il. "Il ne s'agit pas de prédire l'avenir ou d'en avoir peur ; il s'agit en fin de compte, de façonner l'avenir : c'est ce que nous devons faire," insiste-t-il.

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