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Art Paris 2022 : quand la nature reprend ses droits

"Gepatschferner" de Douglas Mandry, série "Monuments"
"Gepatschferner" de Douglas Mandry, série "Monuments"   -   Tous droits réservés  Douglas Mandry, avec l'aimable autorisation de la Galerie Binome
Par Jez Fielder

L'impressionnante structure du Grand Palais Éphémère de la capitale française accueille de nouveau, l'un des temps forts de l'année en matière d'art contemporain.

Art Paris est de retour quelques mois après sa dernière édition en septembre 2021. Cette édition qui a ouvert au public jeudi 7 avril met l'accent sur la nature et la manière dont l'art entretient des liens avec l'environnement et peut en être l'illustration.

Commissaire invité de la section "Histoire naturelle" de la foire, Alfred Pacquement explique que l'objectif est "d'explorer, d'observer et de faire le point sur la nature, de noter comment elle est transformée ou menacée et de la mettre en valeur en racontant tous ses aspects."

C'est donc tout naturellement que j'ai découvert parmi les artistes présentés, un jeune créateur dont les œuvres originales et provocantes interpellent de manière intelligente et magique sur le changement climatique et plus précisément, sur la fonte des glaciers.

Né à Zürich en 1989, Douglas Mandry mêle sujet et matériaux avec une grande innovation. Les photographies de la fin du XIXe siècle et du début du XXe siècle sur lesquelles il appuie son travail ont été prises dans les débuts de la photographie quand de lourds et coûteux boîtiers étaient acheminés, cérémonieusement on l'imagine, sur les pentes d'une montagne pour documenter en images, les exploits d'un groupe d'alpinistes.

Aujourd'hui, les flancs de ces mêmes montagnes ne ressembleront plus tout à fait à ce qu'ils étaient à l'époque vu les bouleversements climatiques. De nos jours, face au réchauffement, des stations de montagne vont jusqu'à utiliser une méthode particulière pour tenter de ralentir le recul des glaciers.

On en recouvre certaines parties, d'un voile protecteur permettant d'éviter la fonte estivale et de conserver une plus grande part de la neige tombée l'hiver précédent. C'est ce géotextile précis que Douglas Mandry utilise comme toile pour ses impressions lithographiques des photographies d'archives.

Douglas Mandry, avec l'aimable autorisation de la Galerie Binome
"Mont-Blanc Massiv" de Douglas MandryDouglas Mandry, avec l'aimable autorisation de la Galerie Binome

Vous noterez sur son œuvre ci-dessus, la bande de couleur qui se trouve sur le tiers inférieur. Il s'agit du pigment issu de la terre qui s'est déposée sur cette pièce de tissu lorsqu'elle a été utilisée pour protéger le glacier.

"L'idée de disparition est présente dans le fait que j'utilise d'anciennes photographies alpines et des documentations glaciaires du début du siècle dernier," explique Douglas Mandry à Euronews Culture.

"Il y a environ cent ans entre ces deux éléments - la photographie et le textile - ce qui nous permet de réfléchir à la notion du temps," indique-t-il avant de faire remarquer : "Cela ne ressemble plus du tout à cela aujourd'hui."

Douglas Mandry, avec l'aimable autorisation de la Galerie Binome
Sans titre, Douglas MandryDouglas Mandry, avec l'aimable autorisation de la Galerie Binome

Pour l'artiste, le thème retenu par les commissaires d'Art Paris a été l'occasion pour lui de profiter d'une plateforme très importante.

"Je suis très heureux d'avoir été choisi par Alice Audouin [commissaire de l'exposition et spécialiste de l'environnement] pour présenter ce travail," dit-il. "Il devrait y avoir un fort intérêt pour l'art environnemental dans la société d'aujourd'hui," suggère-t-il.

Du sublime aux pieuvres surdimensionnées

Né à Lyon un an plus tôt que Douglas Mandry, Hugo Deverchère porte son regard bien au-delà des montagnes européennes. Cet autre artiste exposé à Art Paris semble voir le monde naturel dans un sens à la fois, préhistorique et futuriste.

Hugo Deverchère
The Far Side - Concretion #01Hugo Deverchère

Son travail nous rappelle qu'il existe d'autres formes de vie que l'humanité et incarne la nature sans nous car celle-ci n'est pas seulement nous.

Il y a un côté science-fiction dans l'œuvre d'Hugo Deverchère et c'est intentionnel. La galerie Dumonteil présente par exemple, un engin qu'il a intitulé "Artefact #05".

Hugo Deverchère
Artefact #05Hugo Deverchère

Il utilise une roche qui ressemble beaucoup à une météorite et l'eau du réservoir se cristallise en étant maintenue froide par une solution saline qu'il a colorée. Cela pourrait se passer deux millions d'années dans le passé ou deux millions d'années dans le futur. Ce phénomène naturel qui se manifeste à partir de roche et d'eau nous interroge : où serons-nous quand la Terre sera à nouveau comme cela ? Hugo Deverchère nous emmène dans un endroit où la nature est tout ce qu'il y a.

De même, les pieuvres multicolores qui éclipsent les planètes sur les toiles de Charles Hascouët, exposé en parallèle par la galerie Dumonteil, nous rappellent que ces céphalopodes intelligents existaient avant les dinosaures et nous amènent à prendre conscience de l'immensité de la nature comme les premiers alpinistes qui appréhendaient l'échelle d'une chaîne de montagnes. Une manière de toucher le sublime du doigt.

Ces jeunes artistes visionnaires résument parfaitement la mission que s'est donnée la foire Art Paris cette année, un événement qui ne manque jamais de nous étonner.

Art Paris 2022 se tient jusqu'au dimanche 10 avril.