Le FIFDH 2023 honore un cinéma de combat et de résilience

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Par Frédéric Ponsard
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La 21ème édition du Festival du film et forum international sur les droits humains se tient à Genève jusqu'au 19 mars. L'événement met à l'honneur des réalisateurs internationaux au propos artistique et militant, marqués par le contexte géopolitique actuel.

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Chaque année en mars, le Festival du film et forum international sur les droits humains (FIFDH) se tient à Genève, en parallèle de la session principale du Conseil des droits de l'homme de l'ONU.

Sa 21ème édition a été ouverte le 10 mars, par Barbara Hendricks, marraine de l'événement, qui pour l'occasion, a célébré les 75 ans de la Déclaration universelle des droits de l'homme de 1948.

Le festival compte cette année, 36 films avec 7 premières mondiales, 21 débats dont 10 diffusés en ligne et en direct et près de 220 invité·es internationaux·ales, avec une ligne directrice où l'artistique, et notamment les films, croise le politique et le militantisme.

"Il y a trois axes cette année pour le festival : les problèmes de migrations et de nationalismes, les problèmes de conflits et de guerres et les problèmes de réchauffement climatique," précise Irène Challand, directrice du FIFDH. "On est vraiment en pleine mutation d'une société, à tous points de vue : géopolitique, sociétal, individuel," souligne-t-elle.

"The Land Within" : "La géopolitique en Europe n'est toujours pas résolue"

Dans la catégorie fiction, "The Land Within" ("La Terre de mes entrailles") croise les problématiques de guerre et de migrations. L'histoire d'un migrant kosovar en Suisse qui devra rentrer au pays pour exhumer les fantômes du passé et identifier des proches retrouvés dans un charnier.

Sans nommer son pays, partagé entre des populations serbe et albanaise, le réalisateur suisse Fisnik Maxville, lui-même d'origine kosovare, montre dans son film, la complexité des situations. "Ce type d'histoire, c'est-à-dire des corps qui sont enterrés et qui ressortent d'une fosse commune, c'est quelque chose qui est arrivé dans de nombreux endroits, non seulement en Europe, mais aussi dans les autres continents," fait remarquer Fisnik Maxville. "Si le secret reste sous la terre et qu'il n'est pas sorti, je pense que le processus de paix est ralenti tout comme celui d'être soi-même en paix avec la terre où l'on habite," estime-t-il. "Cette terre a forcément un symbole très, très fort, une portée très, très grande, quand on voit que la géopolitique en Europe n'est toujours pas résolue et ne le sera jamais," affirme-t-il.

"We Will Not Fade Away" interroge sur l'attitude à adopter face à l'agresseur russe

"We Will Not Fade Away" est un film ukrainien d'Alisa Kovalenko d'un grande puissance qui suit les rêves et les peurs de cinq adolescents dans le Donbass, avant l'invasion russe, déjà perceptible.

Pour illustrer le film, un débat a porté sur la légitimité et l'efficacité d'un tribunal international sanctionnant le crime d'agression, notamment en ce qui concerne l'Ukraine. Une question complexe pour le juriste et écrivain Pierre Hazan qui modérait le débat.

"La question, c'est : que fait-on avec celui que l'on perçoit comme le diable ? Peut-on négocier avec lui, faut-il le mettre derrière les barreaux, est-ce possible de le mettre derrière les barreaux ? Ou faut-il même traiter avec lui, même avec une longue cuillère ?" interpelle Pierre Hazan. "D'un côté, on entend une partie de l'opinion qui dit : "On ne peut pas parler avec Poutine parce qu'il est responsable d'une agression et ces troupes commettent des crimes de guerre et des crimes contre l'humanité" et il y en a d'autres notamment comme le président français qui dit : "Il faut malgré tout lui parler parce qu'un jour, il faudra bien arriver à une solution politique quelconque," décrit-il.

Kids Guernica, une fresque réalisée par de jeunes migrants

Des actions de médiation sont également organisées par le FIFDH, dont le projet Kids Guernica, une fresque réalisée par des migrants dont certains sont sans-papiers.

François Burland, artiste et médiateur culturel, les accompagne dans le processus de création.

"On travaille ensemble, on crée du lien, quand ils travaillent sur une surface comme cela tout d'un coup, ils se disent : "Mais c'est un job !" Et puis, il faut être endurant, constant, ils réalisent que pour que cela marche, il faut qu'il y ait une tension dans l'image, il y a plein de choses qui font qu'ils commencent à y prendre plaisir," explique-t-il. 

"Le but, ce n'est pas de simplement faire une œuvre, c'est à partir de ce lien, se demander ce qu'on peut construire ensemble et qui pourrait les aider à rentrer dans ce monde qu'ils ne connaissent pas," indique-t-il.

"La Vie Devant Elle" ou le journal intime d'une jeune migrante afghane

Parmi les événements spéciaux du festival, la projection au bord du Lac Léman dans une yourte, de "La Vie Devant Elle" du dernier film de la journaliste et réalisatrice Manon Loizeau sur une jeune migrante afghane, Elaha, rencontrée en Grèce.

"On a passé plus d'un an à la filmer et elle, filmant sa route," explique Manon Loizeau. "Donc c'est son regard d'enfant et cela raconte, je crois, la résilience de tous ces enfants, mais aussi, grandir sur la route," indique-t-elle.

Ce film montre le courage et les doutes, les douleurs et les joies, d'une jeune fille lumineuse et inspirante. Plus d'un tiers des images ont été réalisées par Elaha, puis intégrées au film.

"C'est un film collectif, mais aussi un message d'espoir car cette jeune fille Elaha Iqbali est le symbole de tous ces enfants qui ont un courage inouï et qui poursuivent leurs rêves quoiqu'il se passe autour d'eux," conclut la réalisatrice.

Le 21ème Festival du film et forum international sur les droits Humains (FIFDH) se tient à Genève jusqu'au dimanche 19 mars.

Journaliste • Frédéric Ponsard

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