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"Vincent doir mourir", un premier film en forme de thriller glaçant et halletant

Affiche de "Vincent doit mourir"
Affiche de "Vincent doit mourir" Tous droits réservés Capricci Films
Tous droits réservés Capricci Films
Par Frédéric Ponsard
Publié le
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Présenté à Cannes pour la Semaine de la Critique, "Vincent doit mourir" est bien l'un des meilleurs films français de cette année. Avec Karim Leklou et Vimala Pons en couple de deux héros naufragés de la violence. A ne pas manquer.

Vincent doit Mourir de Stéphan Castang

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France, Belgique (1h48)
Avec Karim Leklou, Vimala Pons, François Chattot

C'est l'un des premiers films français les plus enthousiasmants de l'année. Une légère dystopie font de ce thriller qui rappelle le cinéma de John Carpenter un angoissant reflet de notre société de plus en plus violente qui pourrait sombrer plus vite que l'on ne croit dans le meurtre et la folie.

Le regard qui tue

Dès la première scène, nous sommes dans le bain. Vincent Borel, graphiste quadra-sympa-bobo, assiste à une réunion de travail où il chambre un stagiaire. A la fin de celle-ci, ce dernier arrive sans un mot devant lui et se met à le taper avec rage, à coup d'ordinateur portable. On est sous le choc, et Vincent aussi, évidemment. Ce n'est le début d'une longue série pour notre héros : plusieurs regards croisés avec des inconnus ou d'autres collègues de boulot se terminent en agression et en pugilat, sans raison aucune. Vincent aimante la haine et le crescendo dans le degré d'agression devient vite insupportable.

Terrorisé (comme nous, spectateur), il se réfugie dans la maison familiale à la campagne et croise sur une aire d'autoroute un indigent qui se révèle être un ancien universitaire, déchu, battu et frappé là aussi sans raison « rationnelle », et qui va lui révéler le mal : à travers le pays, des hommes et des femmes sont pris à partie et tabassés, et l’intention est claire : tuer. Ceux qui ont échappé à la mort se regroupe en ligne sur un blog appeler "Les Sentinelles" pour donner des conseils pratiques aux nouveaux pestiférés (se couper des réseaux sociaux, s'isoler totalement, prendre un chien...) et s'organiser pour leur survie. Les questions taraudent Vincent : pourquoi lui ? S'agit-il d'un virus ? Comment éviter la haine ? Aucune raison n'est donné et c'est bien là la force du film. Monsieur ou Madame tout-le-monde, enfants compris, vont se mettre à prendre Vincent pour un gibier qu'il faut abattre, à la manière de zombies, avec cependant l'avantage sur leur cible de ne pas être reconnaissable et d’être beaucoup plus rapide dans leurs déplacements !

Le cauchemar s'installant, la parabole apparaît plus clairement. C’est le regard qui conduit au danger. Le regard que l’on porte sur l’autre et qui peut basculer tout d’un coup de l’indifférence à la folie. L’autre devient l’objet de la furie, et le sujet à exterminer. Le film prend alors un virage de thriller sociétal tendance horreur, mais le plus glaçant ici, c'est que rien ne vient distinguer le bourreau et la victime : la couleur de peau ou n'importe quels signes extérieurs de différentiation n'est pas à la source de l'hystérie soudaine qui peut se lever contre vous. Certains individus deviennent donc malgré eux des catalyseurs d'une haine aveugle et irrationnelle, et le scénario est assez habile pour alterner ces périodes de calme et de tranquillité avec celles de déferlement soudain de la sauvagerie humaine.

Zombie et Love story

Tirer le premier ou fuir le premier, c’est le choix cornélien qui se pose au héros; oui, le terme n’est pas galvaudé : il est celui qui devra se battra seul contre tous pour survivre. Tous, sauf une. Et l’embellie du film est bien là avec le personnage de Margaux (c’est marqué sur sa robe de serveuse de « dinner » pseudo-américain au bord de la Nationale), interprétée par une étoile du cinéma qui est en train d’éclore, Vimala Pons, venue du cirque et de la scène, et qui forme instantanément et intensément avec Vincent (magnifiquement incarné par Karim Leklou qui ne fait que confirmer son talent protéïforme depuis la série « Hippocrate » et « Le Monde est à toi » en 2018 qui ont lancé sa carrière) un couple foutraque de cinéma comme on les aime, menottés par amour afin d’éviter que l’un ou l’autre passe en un clin d’œil à la haine.

En variant les plaisirs et les rythmes du film, Stéphan Castang livre un premier film diablement équilibré entre thriller existentiel, film de genre et comédie dramatique aux effluves romantiques et libertaires, et jamais bien loin dans le ton et le traitement d’un John Carpenter (Assaut, The Thing, Christine et surtout Invasion Los Angeles). La parabole d’un monde qui est en train de s’écrouler sous la violence de l’homme n’est jamais loin de notre esprit pendant tout le film et, comme des naufragés des temps modernes, nos deux héros, Margaux à la barre et Vincent bandé comme Ulysse, devront faire confiance à l’amour aveugle et avancer vers l’inconnu.

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