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Et si l'urine humaine remplaçait les engrais chimiques?

L'urine répandue sur les cultures a donné de bons résultats selon la chambre d'agriculture en France.
L'urine répandue sur les cultures a donné de bons résultats selon la chambre d'agriculture en France.   -   Tous droits réservés  Canva
Par Doloresz Katanich  & Alixan Lavorel

Des chercheurs français pensent avoir trouvé une alternative naturelle unique aux engrais chimiques. Leur découverte réduit la pollution de l'environnement et contribue à nourrir une population mondiale croissante, le tout grâce à un ingrédient inattendu : l'urine humaine.

Les engrais de synthèse stimulent la production agricole mais, s'ils sont utilisés en excès, polluent l'environnement. De plus, leurs prix s'envolent, particulièrement depuis le début de la guerre en Ukraine. Les scientifiques ont donc cherché ailleurs une solution à cette combinaison de crises.

Pour se développer, "les plantes ont besoin de nutriments, azote, phosphore et potassium", explique l'ingénieur et coordinateur du programme de recherche OCAPI(Optimisation des cycles Carbone, Azote et Phosphore en ville, ndlr).

Lorsque nous mangeons, nous ingérons ces nutriments avant de les "excréter, principalement par les urines". 

Pendant longtemps, les excréments urbains ont été utilisés dans les champs agricoles, avant d'être remplacés par des engrais chimiques. Mais lorsque ces nutriments sont rejetés en grande quantité dans les rivières, ils constituent l'une des principales sources de pollution.

Aller au-delà des idées reçues

Séparer et collecter l'urine à la source, c'est repenser les toilettes, le réseau de collecte des eaux usées, et dépasser certaines idées reçues.

La séparation des urines des toilettes a d'abord été testée dans des éco-villages suédois au début des années 1990, puis en Suisse ou en Allemagne. Aujourd'hui, des expériences sont également menées aux États-Unis, en Afrique du Sud, en Éthiopie, en Inde et au Mexique.

En France, des projets émergent à Dol-de-Bretagne, Paris, Montpellier par exemple.

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De l'urine répandue sur des petites parcelles de blé pour une expérience menée par la chambre d'agriculture de Saclay, Essonne, France.AFP

La première génération de toilettes équipées d'un séparateur d'urine était considérée comme peu pratique et inesthétique. Mais un nouveau modèle, développé par la société suisse Laufen avec l'Eawag, va peut-être participé au changement des mentalités.

Fabien Gandossi, qui possède le restaurant 211 à Paris, a équipé son établissement de ce nouveau modèle de toilettes sèches qui récupère l'urine.

"Nous avons des retours plutôt positifs, des gens un peu surpris, mais (...) ils voient peu de différence par rapport à un système traditionnel", explique le restaurateur.

Les gens sont-ils prêts à manger des aliments fertilisés à l'urine ?

La vision - peu appétissante il est vrai - de cultures ayant poussé grâce à l'urine humaine par rapport aux engrais "traditionnels" ont provoqué différentes réactions en fonction des pays testés. Le taux d'acceptation est très élevé en Chine, en France et en Ouganda, mais faible au Portugal et en Jordanie.

L'urine n'étant normalement pas un vecteur important de maladies, elle ne nécessite pas de traitement lourd pour être utilisée en agriculture. L'Organisation mondiale de la santé (OMS) recommande de la laisser reposer, voire de la pasteuriser.

Une fois collectée, l'urine doit être transportée vers les champs, mais cette procédure reste coûteuse. Différentes techniques permettent de réduire son volume et de la concentrer, voire de la déshydrater.

Les obstacles sont encore nombreux, malgré cela les chercheurs pensent bel et bien que l'urine sera l'avenir des engrais naturels.

Article traduit de l'anglais