En Europe, les stations de ski glissent les unes après les autres vers la fermeture

Une piste fermée dans une station de ski près de Liberec en République tchèque - 05.01.2023
Une piste fermée dans une station de ski près de Liberec en République tchèque - 05.01.2023   -   Tous droits réservés  Petr David Josek/AP
Par Rebecca Ann Hughes  & Valentine Hullin

Sans froid, pas de neige. Sans neige, pas de ski. C’est le triste constat que font des centaines de stations en Europe. De la France à la République tchèque en passant par la Pologne, les fermetures se succèdent. Euronews fait le point.

19°C dans certaines régions tchèques, 25°C dans le nord de l'Espagne et des températures record enregistrées au Danemark, en Lettonie, ou encore en Lituanie pour un mois de janvier. Partout en Europe, on a chaud, trop chaud pour un début d'année. Conséquence, depuis la mi-décembre, les températures élevées conjuguées à d'importantes précipitations font fondre les rares amas de neige. 

Dos au mur, plusieurs stations de ski ont donc été contraintes à la fermeture. Dans les Alpes du Nord et Pyrénées françaises, des dizaines ont temporairement interdit l'accès aux pistes, alors qu'elles n'avaient ouvert qu'il y a un mois environ.

La station d'Ax 3 Domaines, située près de la frontière française avec Andorre, a complètement fermé ses portes depuis le 31 décembre, une première depuis l'existence du domaine. La direction a justifie sa décision en évoquant des raisons de sécurité, les conditions de glisse étant devenues dangereuses par endroits. 

En Autriche, 173 stations de ski sont ouvertes sur les 253 ouvertes que comptait le pays en 2021 selon les données de l'International Report on Snow & Mountain tourism

Dans l'hexagone, selon l’organisation Domaines skiables de France (DSF), qui représente 250 des 325 stations de ski françaises, seulement 45% des pistes étaient ouvertes au 5 janvier

Si ce sont très largement les stations de basses altitudes qui sont touchées, les autres ne sont pas pour autant épargnées. La station de Splügen, en Suisse orientale, située à 1500 mètres d'altitude, et longtemps considérée comme l'une des plus enneigées, a fermé lundi 2 janvier l'ensemble de ses 30 km de pistes jusqu'à nouvel ordre, pointant "le manque de neige, les fortes pluies et les températures élevées". 

Même chose en France, dans le massif du Vercors, près de Grenoble où la station de  Villard-de-Lans / Corrençon a fermé ses portes le 31 décembre dernier. Son exploitant espère un retour de la neige pour une réouverture le 14 janvier prochain.   

Evènements perturbés voire annulés

La douceur et le manque de neige bouleversent l'organisation de plusieurs compétitions et évènements hivernaux, au point d'en annuler certains. 

La quatrième étape du E-Trophée Andros prévue à Tignes (Savoie), le 13 et 14 janvier est d'ores et déjà reportée à une date ultérieure. "Le redoux des dernières semaines et les prévisions météorologiques des prochains jours avec l'absence de grand froid ainsi que le retour de la neige en abondance la semaine prochaine ne sont pas favorables à la préparation du circuit", ont expliqué les organisateurs dans un communiqué.

En Haute-Savoie, l'épreuve de Coupe du monde de télémark aux Contamines n'a pas pu avoir lieu ce week-end du 7 au 9 janvier et un report en février est envisagé. 

Autre exemple dans le département de l'Ain, la 39ème édition de la course chiens de traîneau Retordica a elle du être annulée en raison "du manque de neige de ce début de saison", a indiqué la Fédération française de pulka (type de traîneau de transport) et de traîneau à chiens.

A un mois du début des Championnats du monde de ski alpin à Courchevel et Méribel (du 6 au 19 février), la pluie et les températures élevées affectent la préparation des pistes mais n'inquiètent pas outre mesure les organisateurs. "La météo a eu un impact. On a un peu de retard mais rien de catastrophique" a expliqué Yannick Favières, responsable de la piste à Méribel, hôte des courses féminines. "Il nous manque quasiment une semaine de production pour être bien et avoir le volume de neige nécessaire", a-t-il ajouté. 

La neige artificielle, une solution ?

Pour faire face à ces conditions météorologiques capricieuses, le recourt à la neige artificielle est de plus en plus fréquent et massif. La station d’Adelboden en Suisse a accueilli ce week-end une nouvelle manche de la Coupe du monde de ski alpin. Pour maintenir l'évènement, il a fallu sortir les canons à neige. 

Déjà l'année dernière, les organisateurs des Jeux olympiques d'hiver de Pékin en Chine avait opté pour une édition reposant 100% sur de la neige artificielle. 

Pourtant, la solution présente des limites majeures. Une étude récente de l'université de Bâle a calculé que la consommation d'eau des stations de ski qui se tournent vers les canons à neige pourrait augmenter dans des proportions insoutenables, allant jusqu'à de 80 %.

Rien de nouveau sur les sommets

Ce n'est pas évidemment pas la première année que le manque de neige, conséquence du changement climatique, vient gâcher les vacances des skieurs et mettre en danger l'équilibre économique des stations. Une mauvaise nouvelle pour les villes de hautes et moyennes montagnes, en Italie, Autriche, France et en Suisse notamment, dont les revenus dépendent très largement du tourisme hivernal. 

Mais les scientifiques préviennent, ces difficultés pourraient s’intensifier et se multiplier dans les années à venir. "D'ici la fin du siècle, le ski dans les Alpes tel que nous le connaissons, n’existera tout simplement plus", a déclaré le professeur de climatologie, Win Thiery, à la chaîne d'information britannique Sky News.