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Aux JO de Pékin, la neige qui fait tache

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Par Valentine Hullin  & AFP
Une partie des pistes du centre national de ski alpin de Yanqing, le 17 décembre 2021
Une partie des pistes du centre national de ski alpin de Yanqing, le 17 décembre 2021   -   Tous droits réservés  LEO RAMIREZ/AFP

La Chine accueille à partir de ce vendredi et jusqu’au 20 février les Jeux olympiques d’hiver. Le variant Omicron sera bien de la partie mais la neige, elle, manque toujours à l’appel. Les organisateurs ont donc opté pour une édition reposant à 100% sur la neige artificielle.

Elle était attendue et n’est jamais venue, ou presque. La neige n’est tombée que timidement sur les monts du district de Yanqing, à l'ouest de Pékin. C'est sur ce massif, culminant à 2 220 mètres, que seront organisées les épreuves de ski alpin. La situation est sensiblement la même sur les cimes entourant la ville de Zhangjiakou, qui accueilleront, notamment, les compétitions de snowboard et de ski de fond.

Dans cette région de la Chine, l’une des plus sèches du pays, les températures oscillent autour de 0° en hiver. Mais les chutes de neige sont trop rares pour recouvrir les sites olympiques. Il a donc fallu équiper massivement les pistes de canons à neige. Conséquence, depuis plusieurs semaines, d’étonnantes photos circulent sur les réseaux sociaux, où d'épaisses lignes blanches découpent le paysage montagneux chinois.

En 2015, au moment du choix des candidatures, le Comité international olympique (CIO) avait prévenu : “_Ces régions ont des chutes de neige très réduites pendant la saison, les Jeux s’appuieront complètement sur la neige de culture. (…) En raison du manque de neige naturelle, l’aspect du site pourraient être peu esthétique._ “

“_Il faudra savoir jouer avec les caméras pour faire rêver les millions de téléspectateurs_” s’amuse un internaute sur Twitter.

Tweet du compte "Ski nordique" à propos du manque de neige sur une piste de ski alpin à Yanqing (Chine)

Solution canons

Si les enneigeurs ont déjà soufflé, dans le passé, sur des sites olympiques, les JO de Pékin deviennent les premiers à se dérouler sur un manteau neigeux exclusivement artificiel. Selon l’agence de presse Bloomberg, 80 % de la neige utilisée à Sotchi, en Russie, en 2014, était fabriquée, et 90 % quatre ans plus tard à Pyeongchang, en Corée du Sud.

Quel que soit le lieu des Jeux olympiques, il y aura toujours des canons à neige".
Florian Hajzeri
Directeur général de TechnoAlpin

Les canons à neige ont commencé à produire des flocons dès le 15 novembre dernier d'après un comité de presse de la Fédération internationale de Ski. Au total, plus 300 canons ont été mobilisé pour blanchir pistes et tremplins. C'est la société italienne TechnoAlpin qui a été choisi pour assurer l'opération. Son directeur général anticipe les critiques. Sous l'effet du réchauffement climatique, "quel que soit le lieu des Jeux olympiques, il y aura toujours des canons à neige".

LEO RAMIREZ/AFP
Un Cannon à neige en action sur les pistes du centre national de ski alpin de Yanqing, le 17 décembre 2021LEO RAMIREZ/AFP

Sous un déluge des critiques

Sans surprise, la neige artificielle provoque une avalanche de critiques du côté des associations écologistes et de certains chercheurs. "Organiser des JO dans cette région est une aberration, c'est irresponsable", dénonce la géographe Carmen de Jong, à l'Université de Strasbourg. "On pourrait aussi faire les JO sur la Lune ou sur Mars", ajoute-t-elle.

185 millions de litres d'eau sont nécessaires pour produire la neige de culture sur l'ensemble du site olympique, selon une estimation officielle dévoilée en 2019. Dans cette région aride régulièrement frappée par des épisodes de sécheresse, une telle consommation risque de déséquilibrer l'écosystème.

L'enneigement artificiel est aussi souvent pointé du doigt pour son caractère polluant. Les organisateurs affirment que l'eau utilisée ne contient aucun produit chimique mais un rapport des chercheurs du Sport Ecology Group de l'université anglaise de Loughborough et l'association Protect Our Winters, prouve le contraire.

Ces JO travaillent à rendre acceptable, à normaliser, cette chose délirante.
Vincent Neirinck
Chargé de mission Aménagement à Mountain Wilderness

Au-delà des conséquences sur l'environnement local, Vincent Neirinck, chargé de mission Aménagement dans l'association de défense de la montagne Mountain Wilderness s'inquiète de l'image que ces JO risquent de renvoyer mondialement.

"Ces JO travaillent à rendre acceptable, à normaliser cette chose délirante. Cette compétition va inscrire dans l’esprit collectif qu’il est possible et normal de skier sans neige, c’est très grave". Il insiste, "oui, il faut que ces images continuent de choquer".