Appels croissants pour que l'UE qualifie les Gardiens de la révolution iraniens de "terroristes"

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Par Jorge Liboreiro
Les Gardiens de la révolution iraniens opèrent indépendamment de l'armée régulière du pays.
Les Gardiens de la révolution iraniens opèrent indépendamment de l'armée régulière du pays.   -   Tous droits réservés  Vahid Salemi/AP

L'Union européenne subit une pression politique croissante pour qualifier les Gardiens de la Révolution en Iran comme un groupe terroriste, en raison de l'implication présumée de cette force paramilitaire dans la répression des manifestations antigouvernementales qui ont secoué le pays depuis l'assassinat de Mahsa Amini.

L'Allemagne, la France et les Pays-Bas figurent parmi les Etats membres qui ont évoqué cette possibilité, tandis que le Parlement européen a adopté une résolution appelant l'UE à procéder à cette désignation.

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a également soutenu l'idée.

"La réaction (du régime iranien) est atroce et horrible et ils piétinent les droits fondamentaux de l'homme," a insisté la semaine dernière la responsable allemande lors du forum économique mondial à Davos.

"Nous envisageons effectivement une nouvelle série de sanctions et je serai favorable à ce que les gardiens de la révolution soient également inscrits (sur la liste des organisations terroristes). J'ai entendu plusieurs ministres le demander et je pense qu'ils ont raison."

Officiellement appelé : corps des gardiens de la révolution islamique, ce groupe a été créé par l'ayatollah Khomeyni après la révolution de 1979 pour protéger le système islamique iranien nouvellement établi contre les menaces internes et externes, en particulier les tentatives étrangères pour faire tomber le régime.

Depuis lors, le corps des gardiens de la révolution islamique opère indépendamment de l'armée régulière et a élargi ses rangs, son influence politique et sa puissance économique, en étroite association avec le Guide suprême Ali Khamenei.

Le corps des gardiens de la révolution islamique est divisé en cinq branches : les forces terrestres, une armée de l'air, une marine, les basijis - une milice de volontaires qui réprime la dissidence et veille au respect des codes moraux - et la force Al-Qods - un service de renseignement secret qui mène des opérations dans d'autres pays, soutenant souvent des groupes armés.

Dans l'ensemble, on estime que les gardiens comptent entre 150 000 et 230 000 soldats sous leur commandement et ont été décrits comme "l'une des organisations paramilitaires les plus puissantes du Moyen-Orient" par le Conseil européen des relations internationales (Council on Foreign Relations).

Depuis le début des manifestations antigouvernementales en septembre dernier, le Guide suprême s'est appuyé sur les gardiens de la révolution pour contenir le mécontentement populaire et maintenir son emprise sur le pouvoir. Les rapports indiquent qu'ils ont ouvert le feu sur les manifestants et procédé à des exécutions sommaires.

Plus de 520 personnes ont été tuées et près de 20 000 ont été arrêtées en Iran au cours de quatre mois de protestation, selon l'agence de presse Human Rights Activists News Agency (HRANA), basée aux États-Unis.

Alors que les manifestants et les répresseurs continuent de s'affronter, un nombre croissant de voix, menées par la diaspora iranienne, demandent à l'UE d'ajouter les gardiens de la révolution à sa liste officielle de terroristes, qui comprend actuellement 13 personnes et 21 entités, comme le Hamas, le PKK et la branche militaire du Hezbollah.

Mais les responsables de l'UE préviennent que la base juridique n'est pas encore assez solide : l'ajout d'une nouvelle personne ou entité à la liste des terroristes nécessite une décision judiciaire de l'un des Etats membres de l'Union. Ensuite, la proposition doit être examinée par un groupe de travail, puis envoyée aux ministres des Affaires étrangères pour approbation, laquelle requiert l'unanimité.

"Il existe de nombreuses opinions intéressantes. Mais c'est quelque chose qui ne peut pas être décidé sans un tribunal, sans une décision de justice", a déclaré lundi Josep Borrell, le responsable de la politique étrangère de l'UE.

"Vous ne pouvez pas dire : je vous considère comme un terroriste parce que je ne vous aime pas. Il faut qu'un tribunal d'un Etat membre émette une déclaration juridique, une condamnation concrète, et ensuite nous travaillons au niveau européen. Mais il faut d'abord que ce soit une décision de justice".

Un porte-parole de la Commission européenne a ensuite déclaré à Euronews que les gardiens de la révolution, soit en tant que groupe, soit en tant que membres sélectionnés, sont déjà sanctionnés dans le cadre de la guerre en Ukraine, à laquelle l'Iran a contribué en fournissant des drones kamikazes à Moscou.

Jusqu'à présent, seuls les États-Unis, l'Arabie Saoudite et le Bahreïn ont qualifié le corps des gardiens de la révolution islamique d'organisation terroriste, alors que le Royaume-Uni et l'Australie envisagent de faire autant.

La réticence des 27 s'explique aussi par la crainte que l'apposition d'une telle étiquette sur les gardiens ne ferme définitivement l'étroite fenêtre permettant de relancer l'accord nucléaire de 2015.

Téhéran met d’ailleurs en garde l'UE contre l'adoption de cette désignation.

"Nous avons dit à plusieurs reprises que les gardiens de la révolution sont une organisation officielle et souveraine dont le rôle est central pour garantir la sécurité de l'Iran", a déclaré le ministre iranien des Affaires étrangères, Hossein Amirabdollahian, à Josep Borrell lors d'un appel téléphonique la semaine dernière.

"Les mesures prises par le Parlement européen pour inscrire l'organisation sur la liste des organisations terroristes sont en quelque sorte une balle dans le pied de l'Europe elle-même."