Newsletter Newsletters Events Évènements Podcasts Vidéos Africanews
Loader
Suivez-nous
Publicité

"L'Ukraine pourrait devenir l'arsenal de l'UE", affirme Jacob Kirkegaard

Jacob Kirkegaard
Jacob Kirkegaard Tous droits réservés  euronews
Tous droits réservés euronews
Par Shona Murray & Euronews
Publié le Mis à jour
Partager Discussion
Partager Close Button
Copier/coller le lien embed de la vidéo de l'article : Copy to clipboard Lien copié

Selon le chercheur au groupe de réflexion européen Bruegel, il est urgent d'accélérer l'adhésion de l'Ukraine à l'Union européenne.

Alors que l'UE entre dans un nouveau mandat de la Commission et du Parlement européen, et à l'approche d'une élection présidentielle américaine décisive, nous nous sommes entretenus avec Jacob Kirkegaard, chercheur au groupe de réflexion européen Bruegel, dans ce nouvel épisode d’Europe Conversation.

PUBLICITÉ
PUBLICITÉ

Conflit au Moyen-Orient

De nombreux pays européens ont organisé des cérémonies de commémoration à l'occasion du premier anniversaire de l'attaque du Hamas dans le sud d'Israël, le 7 octobre 2023. Depuis un an, la riposte israélienne a eu des répercussions épouvantables à Gaza et la guerre s'est étendue à l'ensemble de la région.

Quelles sont les implications pour l'Europe ?

Israël peut choisir ou non de frapper le secteur pétrolier iranien. L'Iran pourrait alors riposter et le prix du pétrole pourrait augmenter de manière significative
Jacob Kirkegaard

"En termes économiques, les implications pour l'Europe résident principalement dans le risque d'escalade. Israël peut choisir ou non de frapper le secteur pétrolier iranien. L'Iran pourrait alors riposter et le prix du pétrole pourrait augmenter de manière significative", affirme Jacob Kirkegaard.

"Politiquement, pour l'UE, ce que nous avons vu au cours des derniers mois, c'est qu'il s'agit manifestement d'un conflit dans lequel une grande partie de la population européenne se sent impliquée. Cela varie d'un pays à l'autre. Mais ce qui manque fondamentalement à l'UE, c'est bien sûr l'unité".  

Jacob Kirkegaard
Jacob Kirkegaard Euronews

Nombreux sont ceux qui accusent l'UE d'une réponse "deux poids deux mesures", n'accordant pas le même soutien ou la même empathie aux Palestiniens qu'aux Ukrainiens.

Cela a eu un impact sur la réputation de l'UE au sein des pays du “Sud global”, alors que Bruxelles essaye d'obtenir leur soutien dans le cadre de la guerre en Ukraine.

Comment voyez-vous l'évolution de la situation ?

"Du point de vue européen, le conflit en Ukraine est un conflit existentiel, qui menace réellement la sécurité militaire de l'Europe. Mais aux yeux des pays du Sud, qui ne craignent pas une invasion imminente de la Russie, il s'agit simplement d'un autre conflit régional", déclare l'expert.

"Ainsi, en Europe, mais aussi dans le cadre plus large du G7, lorsque nous sollicitons leur soutien pour ce qui est, à leurs yeux, un conflit régional, alors que nous ignorons, de leur point de vue, non seulement le conflit israélo-palestinien, mais aussi de nombreux autres conflits régionaux, ils voient ça comme une forme d'hypocrisie".

Guerre en Ukraine

L'Union européenne doit-elle davantage s'impliquer dans le conflit entre l'Ukraine et la Russie, alors que Volodymyr Zelensky continue à demander à ses alliés des livraisons d'armes et de munitions supplémentaires ?

Je pense que le soutien européen à l'Ukraine persistera parce que nous considérons cette guerre comme une menace existentielle pour le continent
Jacob Kirkegaard

"Je crois qu'en l'Europe, à l'exception de la Hongrie et peut-être de la Slovaquie, tous les pays qui ont de l'argent et des capacités militaires réelles soutiennent fermement l'Ukraine. Je pense que ce soutien persistera précisément parce que nous considérons cette guerre comme une menace existentielle pour le continent", affirme Jacob Kirkegaard.

D'un autre côté, la réponse des alliés de l'Ukraine au "plan de victoire" proposé par Volodymyr Zelensky, jugé très offensif, a été assez mitigée pour l'instant. Les États-Unis n'y ont pas totalement adhéré et Olaf Scholz a déclaré que l'Allemagne ne l'accepterait jamais.

"Je pense qu'il est nécessaire pour l'Ukraine d'exercer une pression militaire, et c'est ce que ce plan propose. Selon le gouvernement ukrainien, ce plan nécessite la capacité de frapper des cibles stratégiques avec des armes occidentales à l'intérieur du territoire russe. Il est clair, comme vous l'avez mentionné, que le gouvernement américain et le gouvernement allemand ne voient pas les choses de cette manière".

"Mais d'autres gouvernements européens, y compris ceux qui leur ont livré des F-16 et d'autres missiles, y sont favorables. Et je suis relativement optimiste quant à la capacité de l'Ukraine à remporter cette guerre quand j'observe la croissance des capacités militaro-industrielles ukrainiennes, avec une augmentation des frappes de drones à longue portée par l'Ukraine sur des dépôts de munitions russes, des installations de stockage d'énergie, etc.".

Adhésion de l'Ukraine à l'OTAN et à l'UE

Lors du 75e anniversaire de l'OTAN à Washington, la possibilité d'une adhésion prochaine de l'Ukraine à l'alliance atlantique a été évoquée. Pensez-vous que l'Ukraine deviendra membre de l'OTAN ou croyez-vous qu'elle doive y renoncer, au moins à court terme, afin de négocier le retrait des troupes russes ?  

L'adhésion de l'Ukraine à l'UE pourrait représenter une menace à long terme bien plus importante pour Vladimir Poutine et pour l'ensemble du régime russe
Jacob Kirkegaard

"Je pense que l'Ukraine deviendra membre de l'OTAN, mais il est sans doute plus important qu'elle devienne membre de l'UE. Car je pense que l'Ukraine remportera cette guerre, même sans être membre de l'OTAN, à condition qu'elle ait accès à un soutien financier et militaire occidental continu", affirme le chercheur.

"Toutefois, ce qui importe pour l'Ukraine à long terme, c'est l'argent, le financement de la reconstruction de l'économie et la pleine intégration à l'UE afin qu'elle puisse rompre tout lien avec la Russie dans le secteur de l'énergie et dans d'autres domaines. Cela nécessite, à mon avis, une adhésion totale à l'UE à relativement court ou moyen terme, vers le début des années 2030"

Jacob Kirkegaard
Jacob Kirkegaard Euronews

"À mon avis cela représenterait une menace à long terme bien plus importante pour Vladimir Poutine et pour l'ensemble du régime russe, parce que cela donnerait à l'Ukraine l'occasion de devenir un marché à croissance rapide, une démocratie basée sur l'économie, pleinement ancrée dans l'UE, montrant clairement à la population russe qu'il y a une alternative à l'autocratie de Vladimir Poutine et de ses successeurs probables", ajoute Jacob Kirkegaard.

L'Ukraine pourrait devenir l'arsenal de l'UE
Jacob Kirkegaard

Ne pensez-vous pas que des pays comme la Hongrie vont tout faire pour bloquer l'adhésion de l'Ukraine à chaque étape du processus, comme nous l'avons vu jusqu'à présent ?  

"Viktor Orbán essaiera de s'attirer les faveurs de ses véritables maîtres politiques, qui sont, à mon avis, à Moscou et, de plus en plus, à Pékin. Il peut essayer de s'opposer à l'adhésion de l'Ukraine, mais face à la pression financière que l'UE exerce sur la Hongrie par le biais du budget et la montée en puissance des partis d'opposition en Hongrie, le régime de Viktor Orbán sera menacé dans les années à venir".

Élection présidentielle aux États-Unis

Les électeurs américains se rendent aux urnes dans trois semaines. Quel que soit le vainqueur de la présidentielle, pensez-vous que l'Europe pourra maintenir de bonnes relations avec les États-Unis ?

Sur le plan militaire, l'OTAN sans un engagement total des États-Unis n'est tout simplement pas l'OTAN
Jacob Kirkegaard

"Sur le plan militaire, l'OTAN sans un engagement total des États-Unis n'est tout simplement pas l'OTAN. Par ailleurs, à mon avis, la possibilité même qu'un candidat comme Donald Trump puisse être réélu met en doute la viabilité à long terme de l'article cinq de l'OTAN", déclare l'expert.

"Donc, quel que soit le vainqueur de la présidentielle américaine, l'Europe devra suivre les recommandations du rapport Draghi pour atteindre un degré beaucoup plus élevé d'autosuffisance et de sécurité militaire. L'UE ne peut y parvenir que si nous réussissons à intégrer pleinement l'Ukraine dans les économies européennes, car nous observons la forte croissance de la production nationale d'armes ukrainiennes. L'Ukraine pourrait devenir l'arsenal de l'UE", conclut Jacob Kirkegaard.

Accéder aux raccourcis d'accessibilité
Partager Discussion

À découvrir également

L'UE doit renforcer sa défense et ne pas tester l'article 5, selon le président estonien

Le président du Paraguay à Euronews : «Le Mercosur doit être appliqué sans délai»

Kubilius à Euronews: l’UE ne peut pas encore remplacer Starlink de Musk, mais est sur la bonne voie