Le référendum, qui se tiendra dimanche et lundi, propose de réduire de moitié la période de résidence requise pour demander la citoyenneté italienne, qui passerait de dix à cinq ans. Euronews explique les arguments des partisans du "oui" et du "non".
Parmi les cinq référendums abrogatifs sur lesquels les Italiens sont appelés à voter dimanche et lundi figure celui sur la citoyenneté, qui propose de réduire de dix à cinq ans la période minimale de résidence légale pour pouvoir en faire la demande.
Euronews a interviewé Riccardo Magi, secrétaire de +Europa, l'un des partisans du référendum, et Maria Chiara Fazio, vice-présidente de Noi Moderati, qui fait partie de la majorité gouvernementale, et qui s'y oppose.
Comment s'acquiert la citoyenneté italienne ?
Avant d'aborder les arguments des deux camps, il est impératif de comprendre comment la citoyenneté s'acquiert en Italie.
Le statut est régi par la loi n° 91 de 1992, qui établit les procédures et les conditions d'acquisition de la citoyenneté. Pour les étrangers, la principale voie est la naturalisation, qui peut avoir lieu après une période de dix ans de résidence légale et continue dans le pays.
Outre la condition de durée de résidence, la loi exige que le demandeur prouve qu'il est intégré dans la société, qu'il dispose d'un revenu minimum, qu'il n'a pas de casier judiciaire et qu'il a une maîtrise suffisante de la langue italienne.
La citoyenneté peut également être acquise par le mariage avec un citoyen italien, avec une durée réduite (deux ans de résidence en Italie ou trois ans si le couple réside à l'étranger, avec des réductions si le couple a des enfants), ou par jure sanguinis, c'est-à-dire par la naissance de parents italiens.
Contrairement à d'autres pays, le fait d'être né de parents étrangers en Italie (ius soli ou "droit du sol") ne garantit pas automatiquement la citoyenneté : un mineur ne peut la demander qu'à l'âge de dix-huit ans, à condition d'avoir vécu légalement et sans interruption en Italie depuis sa naissance.
Cette loi a créé une zone d'ombre pour des centaines de milliers de personnes nées en Italie de parents étrangers - ou arrivées dans le pays alors qu'elles étaient enfants - qui, après des années, n'ont toujours pas obtenu la citoyenneté.
+Europa : "Oui à une loi plus juste"
Selon Riccardo Magi, secrétaire de +Europa, le référendum permettrait de modifier une loi "ancienne et injuste" qu'aucun gouvernement des 30 dernières années "n'a eu la volonté politique de modifier".
"La proposition de référendum est raisonnable, car elle ne fait que réduire la durée de résidence tout en conservant les autres exigences : revenu minimum, régularité de la résidence, absence de casier judiciaire, connaissance de la langue italienne", explique-t-il.
Riccardo Magi estime que la loi actuelle oblige "des centaines de milliers de filles et de garçons nés ou élevés en Italie à vivre comme des étrangers dans ce qui est aussi leur pays". La réforme bénéficierait indirectement à de nombreux mineurs nés ou résidant en Italie, auxquels la citoyenneté serait transmise par au moins un parent néo-italien.
L'ancien secrétaire national des radicaux italiens conteste également l'idée selon laquelle la citoyenneté devrait être fondée sur l'appartenance ethnique ou le lieu de naissance.
"Ceux qui sont enracinés, travaillent, paient des impôts, étudient, doivent pouvoir voter et participer aux concours publics. C'est l'idée libérale de la citoyenneté", affirme-t-il.
Noi Moderati : non, la citoyenneté doit être approfondie
Pour la vice-présidente du parti centriste Noi Moderati, Maria Chiara Fazio, un référendum populaire n'est pas la bonne manière de s'attaquer à un problème si complexe.
"La citoyenneté est le lien le plus profond entre l'État et l'individu", déclare-t-elle. "Elle ne peut pas faire l'objet d'une simplification référendaire : c'est un sujet qui nécessite une étude approfondie, une écoute mutuelle et un débat parlementaire sérieux".
Maria Chiara Fazio défend la structure de la loi actuelle, qui est en vigueur depuis plus de trente ans, estimant que la durée de dix ans est "juste et cohérente".
Elle reconnaît la nécessité d'intervenir sur certains aspects bureaucratiques qui, selon elle, laissent de nombreux demandeurs dans l'incertitude, mais elle estime qu'"un problème administratif ne peut être résolu en modifiant une règle de fond : cela reviendrait à changer le fond pour corriger la forme".
Pour la vice-présidente de Noi Moderati, le référendum risque également de devenir un outil "instrumental et idéologique", capable de générer des lacunes réglementaires sur des questions "trop importantes et trop complexes" pour être soustraites au débat parlementaire.
Enfin, Maria Chiara Fazio laisse la porte ouverte à un débat parlementaire sur le ius scholae : "Si un enfant étudie en Italie, grandit en Italie, a un projet de vie ici, pourquoi ne pas en discuter ensemble ?".
La position des autres partis politiques sur la citoyenneté italienne
Parmi les partis de centre-droit, aucune force n'a exprimé son soutien à la question de la citoyenneté. Le parti de Giorgia Meloni, Fratelli d'Italia, Lega et Forza Italia ont choisi la voie de l'abstention sur la question.
Dans l'opposition, les partis de centre-gauche et certaines forces centristes se sont exprimés en faveur de la réforme, bien qu'avec des positions divergentes sur les questions référendaires liées au travail.
Le président du Mouvement 5 étoiles, Giuseppe Conte, a lui aussi déclaré publiquement qu'il voterait "oui" à la question.
Référendums abrogatifs des 8 et 9 juin
Cinq référendums abrogatifs se tiendront dimanche et lundi : quatre d'entre eux proposent la suppression - totale ou partielle - de certaines réglementations du travail.
Le référendum abrogatif, prévu par l'article 75 de la Constitution italienne, est un instrument de démocratie directe qui permet aux citoyens de demander l'élimination totale ou partielle d'une loi existante.
La condition nécessaire est que plus de 50 % des électeurs éligibles votent, selon le principe du quorum.
Si le "oui" l'emporte, les conséquences juridiques sont contraignantes et la partie de la loi faisant l'objet de la question doit être abrogée.
Si le quorum n'est pas atteint ou si le non l'emporte, la loi reste en vigueur en l'état. Toutefois, la question peut être à nouveau soumise à l'attention du Parlement.