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Espagne : la potentielle fermeture d'une centrale nucléaire suscite l'inquiétude à Bruxelles

Vue aérienne de la centrale nucléaire d'Almaraz.
Vue aérienne de la centrale nucléaire d'Almaraz. Tous droits réservés  Foro Nuclear, CC BY-NC-SA 2.0
Tous droits réservés Foro Nuclear, CC BY-NC-SA 2.0
Par Amandine Hess & Maria Muñoz Morillo
Publié le
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Alors que le gouvernement espagnol envisage de sortir du nucléaire, des députés européens ont visité la centrale nucléaire d'Almaraz et ont alerté sur les possibles conséquences d'une fermeture.

En Espagne, le gouvernement de coalition dirigé par Pedro Sánchez a élaboré un plan visant à supprimer progressivement les centrales nucléaires au profit d'une transition vers les énergies propres.

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Cependant, à la suite de la panne d'électricité qui a frappé toute la péninsule ibérique, en avril 2025, et face aux tensions géopolitiques croissantes qui menacent l'approvisionnement énergétique, de nombreuses voix se sont élevées. Elles réclament une stratégie énergétique permettant à l'Espagne, et à l'Europe dans son ensemble, de devenir plus indépendante des sources d'énergie externes sujettes aux perturbations liées aux conflits régionaux, comme le gaz russe ou le pétrole transitant par le détroit d'Ormuz.

Ces événements ont relancé le débat sur la question de savoir si l'énergie nucléaire, qui est propre par rapport à d'autres sources et classée comme "verte" par l'UE, reste indispensable. Une question légitime compte tenu de la dépendance énergétique de l'Europe vis-à-vis de pays comme la Russie et de sa dépendance au pétrole, dont les prix s'envolent face à des crises telles que la guerre entre les États-Unis, Israël et l'Iran.

L'Union européenne elle-même a plaidé en faveur de la prolongation de la durée de vie des centrales nucléaires afin d'assurer l'indépendance énergétique nécessaire au Vieux Continent pour contrôler ses marchés et ses prix, et veiller à ce que les citoyens ne soient pas accablés par des coûts élevés qui pèseraient davantage sur une économie déjà en difficulté.

Dans ce contexte, de nombreux partisans appellent au maintien en service des centrales nucléaires. Avec un entretien adéquat, ces installations produisent une énergie de haute qualité, stable et abordable, avec des émissions inférieures à celles de nombreuses autres sources. De plus, elles constituent des pôles économiques vitaux, fournissant des emplois à des milliers de personnes et empêchant le dépeuplement des zones rurales.

Visite des députés européens à Almaraz

Euronews s'est entretenu avec Bogdan Rzońca, chef de la mission de l'UE qui s'est rendue à Almaraz (Estrémadure) en février pour évaluer l'état de la centrale.

La visite des eurodéputés faisait suite à une pétition locale signée "non seulement par les travailleurs, mais aussi par les collectivités locales, les habitants, les résidents et les agriculteurs", tous bords politiques confondus, a déclaré Bogdan Rzońca, député européen polonais (ECR) et président de la commission des pétitions. "Plus de 10 000 habitants d'Almaraz s'opposent à la fermeture de cette centrale nucléaire", a-t-il indiqué.

Il a également fait remarquer que les autorités locales n'étaient pas sur la même longueur d'onde que le gouvernement espagnol. "Nous assisterons à un conflit entre le Premier ministre et les gouvernements régionaux", a-t-il jugé.

Bogdan Rzońca s’est dit préoccupé par les implications économiques d’une fermeture éventuelle de la centrale nucléaire d’Almaraz. Il cite notamment les suppressions d'emplois, les délocalisations d'entreprise et une hausse du chômage dans cette région qui s'élevait déjà à 17,4 % en 2023, soit 5 points de plus que la moyenne nationale, selon les Services européens de l'emploi.

"Nous avons appris que 5 % du PIB (de l’Estrémadure) proviennent de la centrale d’Almaraz et que le budget municipal repose sur la centrale nucléaire de cette région", a-t-il ajouté.

Diversifier son mix énergétique

Le démantèlement de la centrale serait également coûteux, souligne Bogdan Rzońca. Le gouvernement espagnol a déjà approuvé plus de 23 millions d’euros pour le démantèlement de la centrale.

Selon lui, la sortie du nucléaire de l'Espagne augmenterait sa dépendance vis-à-vis des importations d'énergie en provenance des pays voisins. "Le gouvernement espagnol devrait acheter de l'énergie nucléaire en France, au Maroc et ailleurs", a-t-il expliqué.

En fin de compte, il affirme que cela ferait encore grimper la facture du consommateur, alors que les prix de l'énergie ont déjà augmenté en raison de la guerre en Iran et de l'invasion de l'Ukraine par la Russie.

Alors que les entreprises européennes sont confrontées aux droits de douane de Donald Trump et à la concurrence chinoise, elles ont besoin d'une énergie bon marché pour rester compétitives, a également déclaré le député européen. Et Bogdan Rzońca d'ajouter : "Nous devrions avoir l'énergie la moins chère de l'Union européenne. Et si nous avons un système énergétique très, très coûteux, de nombreuses entreprises partiront en Chine, aux États-Unis ou ailleurs."

Il a également expliqué qu'une modification de la feuille de route énergétique de l'Espagne en pleine crise mondiale pourrait également nuire à la crédibilité de l'Espagne auprès des investisseurs européens. "Pour les investisseurs, l'information la plus importante est le prix de l'énergie en Espagne", par rapport à d'autres pays, a-t-il assuré, ajoutant que certaines entreprises s'installeraient ailleurs si l'énergie devenait plus chère.

Bogdan Rzońca estime que les pays de l’UE devraient diversifier leur mix énergétique, en y incluant le nucléaire, les combustibles fossiles et les énergies renouvelables, afin de renforcer leur sécurité énergétique. Il rappelle également qu’environ 97 % des panneaux solaires importés dans l’UE sont produits en Chine.

En conclusion, le député européen estime que la fermeture de la centrale nucléaire d’Almaraz relève plutôt d’'un problème idéologique du gouvernement espagnol".

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