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La Russie est-elle militairement supérieure à l'UE ? Les faits réels sur l'équilibre de la puissance militaire

Images du Jour de la Victoire, 9 mai 2026, Russie
Images du Jour de la Victoire, 9 mai 2026, Russie Tous droits réservés  Copyright 2026 The Associated Press. All rights reserved.
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Par Jesús Maturana
Publié le
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L'Europe augmente ses budgets de défense depuis des années, mais les données révèlent une situation plus inconfortable. La Russie consacre près de 10 % de son PIB aux dépenses militaires, tandis que l'UE regroupe 27 armées sans commandement unifié, avec des armes dispersées et sans doctrine commune. Le fossé ne se limite pas aux chiffres.

Le Kremlin a approuvé un budget de défense de 13 100 milliards de roubles en 2024, soit 146 milliards de dollars au taux de change officiel. Ce chiffre semble gérable comparé aux 343,2 milliards d'euros que les 27 pays de l'UE ont dépensés pour leurs armées la même année, selon l'Agence européenne de défense. Mais le changement de monnaie et d'organisation peut susciter des doutes.

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À tel point que le commissaire européen à la défense, Andrius Kubilius, a déclaré à "Euronews" que la Russie dépassait toujours l'UE en termes de puissance militaire et qu'il faudrait des années pour rattraper le Kremlin.

Si l'on tient compte de la parité du pouvoir d'achat, qui mesure ce qu'une monnaie permet d'acheter dans son propre pays, les dépenses militaires russes s'élèveront en 2024 à quelque 462 milliards de dollars, dépassant pour la première fois depuis des décennies la somme combinée de l'UE et du Royaume-Uni, qui atteindra 457 milliards de dollars au cours de la même période.

L'Institut international d'études stratégiques (IISS) a publié cette comparaison en février 2025. Ses conclusions n'ont pas surpris les analystes, mais ont confirmé ce que de nombreux gouvernements européens préféraient ne pas quantifier avec autant de précision.

Les services de renseignement allemands sont allés encore plus loin. Le BND estime que la Russie a dépensé 250 milliards d'euros pour la défense en 2025, soit la moitié de son budget total et 10 % de son PIB, après avoir détecté des postes qui n'apparaissent pas dans le budget officiel, tels que des projets de construction du ministère de la défense alloués à d'autres départements.

L'UE a consacré environ 1,9 % de son PIB à la défense en 2024, une proportion qui devrait atteindre 2,04 % en 2025. La Russie, au cours de la même période, a dépassé les 6 % de son PIB et devrait atteindre les 7,5 % en 2025. L'effort relatif de Moscou est sans équivalent sur le continent, ce qui a des conséquences directes sur sa capacité de production d'armes. En 2024, la production russe de chars a augmenté de 220 % et celle de véhicules blindés de 150 %.

Hommes et armements : les avantages de trois années de guerre réelle

Sur le papier, l'Europe n'est pas loin de la Russie en termes d'effectifs. Selon le rapport de l'IISS "The Military Balance 2025", l**'ensemble des armées européennes**, y compris la Turquie, compte environ 1,97 million de soldats actifs, un chiffre qui dépasse celui des États-Unis (1,32 million) et de la Russie (1,13 million).

Le Kremlin vise à porter ces forces à 1,5 million de soldats actifs, avec un objectif de 2,39 millions entre les forces militaires régulières et les forces paramilitaires.

La différence la plus importante ne réside toutefois pas dans les effectifs. Elle réside dans l'expérience. L'armée russe mène un conflit conventionnel à grande échelle depuis plus de trois ans, avec des opérations combinées d'artillerie de masse, de guerre électronique et de combat urbain d'une ampleur inégalée en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale. Pratiquement tous les soldats russes actuellement en service ont combattu en Ukraine ou ont relevé quelqu'un qui l'a fait.

En termes de blindage, la Russie dispose d'environ 3 460 chars opérationnels, dont 620 T-90M et d'autres variantes du T-72 et du T-80, et plus de 2 100 unités supplémentaires sont stockées. Elle a triplé sa production de chars entre 2021 et 2024, passant d'une centaine de T-90 par an à 280 ou 300 d'ici 2024.

L**'Europe**, quant à elle, est confrontée à un problème structurel qu'aucun budget ne pourra résoudre immédiatement. Les armées de l'UE utilisent 178 types de systèmes d'armes différents, contre 30 pour l'armée américaine. Dans le domaine de l'aviation, l'Europe utilise 20 types de chasseurs différents, alors que Washington n'en exploite que six. En ce qui concerne les chars de combat, l'Europe utilise 14 modèles différents, tandis que l'armée américaine n'en utilise qu'un seul.

Dans les airs, la Russie dispose d'une flotte d'environ 4 300 avions militaires. L'Europe dispose de plus de troupes au total, mais avec cette fragmentation des modèles et sans chaîne de commandement unifiée. L'armée russe répond à une structure de commandement unique. Les forces européennes sont réparties entre plus d'une vingtaine d'armées nationales aux doctrines différentes et aux niveaux de préparation très inégaux.

Le facteur nucléaire : l'équation qui change tout

La Russie possède quelque 5 459 têtes nucléaires. La France et le Royaume-Uni, les deux seuls États nucléaires d'Europe, en possèdent respectivement 290 et 225, soit un total de 515 ogives.

L'asymétrie est énorme en termes quantitatifs, même si les analystes de la RAND Corporation soulignent que cet arsenal combiné est suffisant pour causer des dommages inacceptables aux grandes villes russes dans un scénario de dissuasion.

Ce qui a changé en 2025, c'est l'approche politique. En juillet 2025, la France et le Royaume-Uni ont signé la déclaration de Northwood, un accord visant à renforcer la coordination des opérations et des capacités nucléaires pour défendre les intérêts vitaux de l'Europe. La Russie a réagi en avertissant qu'elle tiendrait compte de la "capacité globale" des deux arsenaux dans sa planification militaire et politique.

Le débat a de la substance. En février 2025, l'Allemagne a officiellement évoqué, par l'intermédiaire de Friedrich Merz, la possibilité que le "partage nucléaire" européen s'étende au-delà du parapluie américain pour inclure des capacités françaises ou britanniques.

Avec la remise en cause par l'administration Trump de ses engagements dans le cadre de l'OTAN, le parapluie nucléaire que Washington offre à l'Europe depuis l'après-guerre n'est plus considéré comme acquis.

Le problème : l'UE, sans armée propre et sans doctrine commune

Au-delà des chiffres, la comparaison entre l'UE et la Russie est entravée par un fait élémentaire : l'Union européenne n'a pas d'armée. Elle compte 27 armées nationales avec des budgets, des doctrines et des armements différents, sans commandement opérationnel unifié ni chaîne de décision unique. La Russie aborde toute confrontation hypothétique avec une structure centralisée, des forces ayant une expérience de combat récente et une économie entièrement orientée vers la production de guerre.

Selon l'Institut de Kiel, pour compenser les inefficacités résultant d'une telle fragmentation en cas d'attaque directe de la Russie, l'Europe devrait envoyer au moins 300 000 soldats supplémentaires et maintenir des dépenses soutenues bien supérieures à 2 % du PIB pendant des années.

La réponse politique est venue, bien que tardivement. En 2025, les dépenses combinées en Europe ont atteint 739 milliards d'euros, soit 14 % de plus que l'année précédente et le taux de croissance le plus rapide depuis la fin de la guerre froide. La Commission européenne a proposé le plan Rearm Europe, dans le cadre duquel les États membres pourraient mobiliser jusqu'à 800 milliards d'euros pour financer une augmentation massive des dépenses de défense.

Mais l'argent ne résout qu'une partie du problème. Le rapport de l'Institut français des relations internationales (Ifri), publié en novembre 2025, conclut que l'Europe dispose du potentiel économique, militaire et technologique pour affronter la Russie à l'horizon 2030, à condition d'en avoir la volonté politique. Cette dernière condition est justement la plus difficile à garantir.

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