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L'Irlande à la présidence du Conseil de l'UE : cinq dossiers prioritaires

Le Taoiseach Micheál Martin avec la présidente du Parlement européen, Roberta Metsola.
Micheál Martin avec la présidente du Parlement européen Roberta Metsola. Tous droits réservés  European Union 2026
Tous droits réservés European Union 2026
Par Jorge Liboreiro
Publié le
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Tout en haut de la liste des priorités de l’Irlande, figure un nouveau paquet de sanctions contre la Russie, assorti cette fois d’une date butoir ferme : le 15 juillet.

Les harpes résonnent à Bruxelles alors que l’Irlande prend la présidence tournante de six mois du Conseil de l’UE, succédant à Chypre.

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C’est la huitième fois que ce pays de 5,4 millions d’habitants, qui a rejoint le bloc en 1972, endosse le rôle de "médiateur impartial".

"Nous le faisons à un moment critique pour l’UE, dans un monde plus incertain et imprévisible", a déclaré le Taoiseach Micheál Martin.

Sous le slogan gaélique "Ní neart go cur le chéile" ("L’union fait la force"), l’Irlande pilotera les négociations entre les 26 autres États membres et élaborera des compromis délicats, parfois fragiles, susceptibles de satisfaire toutes les voix, aussi disparates soient-elles.

Alors que plusieurs dossiers approchent d’un point d’inflexion, Dublin a fort à faire. Voici les cinq tâches les plus urgentes de la présidence irlandaise.

La pression sur Moscou

Tout en haut de la liste des priorités de l’Irlande, figure un nouveau paquet de sanctions contre la Russie, assorti cette fois d’une date butoir ferme : le 15 juillet.

Faute d’accord d’ici là, l’UE révisera automatiquement le plafonnement du prix du pétrole russe. En raison des perturbations persistantes sur le marché de l’énergie, la formule fera grimper le plafond bien au-delà des 44 dollars le baril actuels, voire au-delà du niveau initial de 60 dollars, offrant ainsi à Moscou un répit économique – un scénario politiquement intenable.

Les diplomates sont convaincus que la date limite sera respectée et que le plafond sera gelé, mais la facture pourrait être salée. La Bulgarie, sous son nouveau gouvernement, a menacé publiquement d’opposer son veto au paquet si deux noms y figurent : le patriarche Kirill, chef de l’Église orthodoxe russe, et Vagit Alekperov, le milliardaire fondateur de Lukoil.

Le Premier ministre Roumen Radev a également exprimé ses inquiétudes quant à l’impact que les sanctions proposées pourraient avoir sur les engrais et les pièces détachées du métro de Sofia.

"Nous ne laisserons pas ce paquet de sanctions passer en l’état. Nous avons un vote et nous l’utiliserons", a déclaré Roumen Radev le mois dernier.

Mais la Bulgarie n’est pas le seul obstacle : d’autres points de friction concernent les importations de morue et de colin, la vente de méthaniers de GNL et une interdiction d’entrée très étendue visant les soldats russes.

La route de l’élargissement

L’Irlande a pris le pouls de ses partenaires et fait de l’adhésion l’une de ses priorités.

Le changement de pouvoir en Hongrie a créé, pour la première fois en deux ans, une véritable possibilité de progresser sur les demandes d’adhésion de l’Ukraine et de la Moldavie. Chypre a habilement saisi l’occasion pour ouvrir le premier cluster des négociations d’adhésion, dit des fondamentaux, avec les deux candidats, qui sont associés de manière informelle.

Cependant, le nouveau Premier ministre hongrois, Péter Magyar, a demandé à ses pairs de tempérer leur enthousiasme. Le pays prend son temps avant de donner son feu vert aux prochaines étapes.

L’Irlande souhaite débloquer les cinq clusters encore en suspens avec l’Ukraine et la Moldavie, tout en étant consciente de la réticence persistante de Budapest. Dublin espère pouvoir en ouvrir un ou deux avant la pause estivale, les autres étant abordés progressivement par la suite.

Dans le même temps, le Monténégro, le plus avancé dans la file d’attente, est déterminé à clore les négociations d’ici la fin de l’année pour se consacrer à la rédaction de son traité d’adhésion, déjà à un stade préliminaire. Durant sa présidence, l’Irlande pilotera ces travaux.

Les enjeux sont considérables : Bruxelles veut faire du cas monténégrin un précédent et utiliser son traité d’adhésion comme référence pour les futurs États membres. La rédaction s’annonce donc particulièrement intense, les pays plaidant pour l’insertion de différentes clauses, de garde-fous et de périodes transitoires afin de rassurer leurs électeurs sceptiques.

La Moldavie et l’Ukraine sont associées de manière informelle.
La Moldavie et l’Ukraine sont associées de manière informelle. AP Photo

Le casse-tête du budget

Parmi les centaines de compromis qu’il reviendra à l’Irlande de rédiger au cours de sa présidence, aucun ne sera aussi lourd de conséquences – ni aussi controversé – que le prochain budget pluriannuel de l’UE.

La précédente présidence, celle de Chypre, s’est attiré les foudres des pays frugaux après avoir proposé une réduction modérée de 2 % par rapport au plan initial de 2 000 milliards d’euros présenté par la Commission. Les Pays-Bas et la Suède ont rapidement rebaptisé la "nego-box" chypriote en "no-go box".

L’Irlande devra élaborer de nouveaux chiffres pour chaque rubrique, dans l’espoir de trouver un juste milieu durable entre ceux qui veulent préserver les enveloppes traditionnelles, en particulier l’agriculture et la cohésion, et ceux qui souhaitent renforcer les priorités dites modernes, comme l’action climatique, l’innovation, la technologie et la défense.

Point crucial : la "nego-box" irlandaise devra traiter la question des nouvelles ressources propres, ces impôts à l’échelle de l’UE qui peuvent apporter des recettes supplémentaires. Si les États membres étaient initialement opposés à l’augmentation de la puissance de feu fiscale du bloc, le vent a tourné et les capitales ont compris que, d’une manière ou d’une autre, des impôts seraient indispensables pour combler le déficit.

La "nego-box" irlandaise, qui devrait être présentée en octobre, marquera l’entrée dans la dernière phase du processus. Les dirigeants prendront alors la main pour trancher les derniers arbitrages.

António Costa, le président du Conseil européen, souhaite boucler l’accord final en décembre au plus tard, afin d’éviter que les discussions budgétaires ne débordent sur 2027, année où des élections cruciales en France, en Italie, en Espagne et en Pologne pourraient tout faire dérailler.

Menaces de droits de douane et guerres tarifaires

C’est presque devenu un rituel : chaque nouvelle présidence doit faire face à une menace tarifaire du président américain Donald Trump.

En juillet dernier, le Danemark a dû gérer la menace de droits de douane de 30 %, qui n’ont finalement jamais vu le jour. En janvier, Chypre a été confronté à une menace tarifaire de 15 %, qui n’a pas davantage été appliquée. Et cet été, l’Irlande doit faire face à une menace de droits de douane de 100 % visant les pays européens qui taxent les services numériques.

Si Donald Trump mettait sa menace maximaliste à exécution, l’accord UE–États-Unis volerait en éclats et une guerre tarifaire éclaterait. Si le commerce relève de la compétence exclusive de la Commission, la présidence irlandaise aurait la responsabilité de maintenir les États membres fermement alignés, tâche délicate lorsque les liens économiques ne tiennent plus qu’à un fil.

En parallèle, une guerre commerciale se profile entre Bruxelles et Pékin.

Après un déficit ahurissant de 360 milliards d’euros en 2025, les responsables européens ont conclu que le statu quo n’était plus tenable. La Commission a donné à la Chine jusqu’en octobre pour obtenir des "résultats tangibles" afin de rééquilibrer la relation et de freiner le flux de produits subventionnés à bas coût.

Compte tenu de la réticence bien connue de Pékin à faire des concessions, Bruxelles prépare de nouveaux outils pour prendre les mesures que le dialogue n’a pas permis d’obtenir. Mais malgré ces chiffres spectaculaires, les États membres restent profondément divisés sur le degré de fermeté à adopter.

Donald Trump et Michael Martin.
Donald Trump et Michael Martin. AP Photo

Un marché pour tous

L’UE est engagée dans une course contre la montre pour relancer son économie poussive et renforcer sa compétitivité, sous peine de décrocher inexorablement face aux États-Unis et à la Chine.

Pendant la présidence chypriote, les trois institutions – Commission, Conseil et Parlement – ont convenu d’un calendrier détaillé pour finaliser tous les textes économiques en suspens, qu’elles ont baptisé "One Europe, One Market Roadmap".

L’Irlande devra apporter sa contribution pour respecter ces objectifs ambitieux, plusieurs propositions ayant été inscrites à l’agenda pour la "fin 2026". Parmi elles figurent l’Union de l’épargne et de l’investissement, le règlement sur la cybersécurité, le fameux "28e régime" et l’euro numérique.

L’Industrial Accelerator Act, une proposition controversée qui vise à imposer des conditions plus strictes aux entreprises étrangères souhaitant accéder aux marchés publics et aux investissements de l’UE, est également prévue pour la fin de l’année, même si les capitales peinent encore à s’accorder sur ce que "Made in Europe" signifie concrètement.

La Chine, qui craint d’être coupée du riche marché européen, a menacé de riposter contre l’Industrial Accelerator Act.

Mission bonus : l’alumine

L’Irlande entame sa présidence avec un bagage pour le moins encombrant.

Le pays fait face à des manchettes peu flatteuses depuis qu’un consortium de médias a publié en mars une enquête sur les liens commerciaux entre Aughinish Alumina, la plus grande raffinerie d’alumine d’Europe, et l’économie russe.

Selon ces révélations, l’immense usine située dans l’ouest de l’Irlande vend de l’alumine à des fonderies russes appartenant à sa société mère, United Company Rusal, qui vend ensuite le métal à un négociant fournissant de l’aluminium à des fabricants de défense sanctionnés.

Les armes produites par ces fabricants auraient été déployées pour tuer des civils ukrainiens et bombarder des infrastructures civiles. (L’enquête médiatique a retracé l’alumine irlandaise jusqu’au négociant russe, mais pas jusqu’à un produit spécifique.)

Aughinish Alumina affirme que ses activités sont entièrement légales, l’alumine n’ayant pas été visée par les sanctions de l’UE. L’entreprise indique que les exportations d’alumine vers la Russie ont représenté environ 45 % de ses ventes en 2025 et qu’elle s’attend à un niveau similaire fin 2026.

Face à la pression croissante, le gouvernement irlandais a ouvert une enquête pour clarifier ces accusations et promis de partager ses conclusions avec la Commission.

Il est donc possible que, dans quelques mois, Dublin doive choisir entre accepter des sanctions sur l’alumine et protéger un employeur local.

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