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Santé : l'Espagne va-t-elle instaurer un congé menstruel, comme d'autres pays avant elle?

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Par Natalie Huet  & Emmy Arpin Alotto
Quels pays ont déjà essayé d'instaurer des jours de congé aux femmes en cas de douleurs menstruelles, et que pouvons-nous apprendre de leur expérience ?
Quels pays ont déjà essayé d'instaurer des jours de congé aux femmes en cas de douleurs menstruelles, et que pouvons-nous apprendre de leur expérience ?   -   Tous droits réservés  Canva

Si le projet espagnol d'instaurer, dans le monde du travail, un "congé menstruel" payé est approuvé, il s'agirait alors d'une première en Europe.

Mais la proposition est loin de faire consensus. Ses adversaires redoutent qu'un tel congé, destiné aux femmes souffrant de règles particulièrement douloureuses, puisse se révéler stigmatisant.

"C'est un sujet vraiment explosif pour les féministes", a déclaré à Euronews Next Elizabeth Hill, professeure associée à l'Université de Sydney.

Elizabeth Hill, qui a étudié de manière approfondie les politiques de congé menstruel dans le monde, explique qu'il y a déjà eu plusieurs débats de cet ordre au cours des 100 dernières années.

Voici une liste des pays qui ont tenté d'instaurer un congé menstruel et un aperçu de la manière dont il a été accueilli.

La montée "pro-nataliste" de l'Union soviétique

Dans la première étude complète sur le sujet publiée l'année dernière, la chercheuse australienne et ses collègues ont pu retracer la première législation sur le congé menstruel en Union soviétique, où elle a été introduite en 1922.

La politique bolchevique en matière de menstruation s'adressait aux femmes travaillant en usine, leur offrant deux à trois jours mensuels de congés entièrement payés pendant leurs règles.

"Il s'agissait essentiellement de protéger la fertilité des femmes et leur rôle en tant que mères, même si elles travaillaient", explique Elizabeth Hill.

On ne sait pas exactement comment cette politique a évolué et si elle a été abandonnée avant ou après l'effondrement de l'Union soviétique en 1991.

Le congé menstruel est réapparu dans le débat politique russe en 2013, mais la proposition n'a pas abouti et a même contrarié les féministes et les défenseurs des droits de l'Homme.

Japon, le congé menstruel comme droit dans l'industrie

Le Japon a été le deuxième pays à introduire le congé menstruel en 1947. L'idée à l'époque était d'accorder aux femmes un droit, dans les industries, lorsque les conditions et les lieux de travail étaient inadéquats.

"Encore une fois, il y a des femmes sur le lieu de travail, mais il n'y a pas d'installations adéquates, par exemple des toilettes ou des salles de bain", a expliqué Elizabeth Hill.

L'article 68 de la loi japonaise sur les normes du travail, toujours en vigueur 75 ans plus tard, stipule que : "Lorsqu'une femme pour qui le travail pendant les périodes menstruelles serait particulièrement difficile demande un congé, l'employeur ne doit pas la faire travailler pendant ces jours-là".

Les employeurs disposent d'un pouvoir discrétionnaire et peuvent accorder le congé par jour civil, par demi-journée ou par heure. Les travailleuses doivent simplement en faire la demande, et aucun document médical n'est requis.

Mais cette politique s'est avérée controversée et a alimenté les craintes de discrimination, une enquête récente du Nikkei Intelligence Group ayant révélé que moins de 10 % des Japonaises prennent un congé pour leurs règles.

Une mesure qui divise en Indonésie

L'Indonésie a suivi le mouvement en introduisant le congé menstruel en 1948, le considérant également comme un droit, dans l'industrie, pour les mineuses ou les ouvrières dans les usines en l'absence de salles de bain ou d'installations sanitaires adéquates.

Si cette mesure a pu soulager les travailleuses, les données d'enquête ont montré que, par la suite, les femmes employées dans les secteurs des services tels que le commerce de détail et la finance prenaient rarement un congé menstruel et avaient tendance à le considérer comme une situation embarrassante.

Dans les années 1990, l'Association des femmes d'affaires indonésiennes a demandé la suppression de cette politique, la jugeant "contradictoire avec les objectifs d'émancipation des femmes".

Une réforme en 2003 a adouci les réglementations : la loi n'impose plus deux jours de congés payés mais soumet la politique à la négociation entre les employeurs et les syndicats.

Le "sexisme inversé" de la Corée du Sud

En 2001, la Corée du Sud a ratifié l'article 73 de sa loi sur les normes du travail, qui prévoit un jour de congé sans solde par mois accordé à la demande de l'employé, en cas de règles douloureuses.

Toutes les femmes salariées ont droit à cet avantage, quel que soit leur statut professionnel ou leur ancienneté dans l'entreprise.

Les employeurs qui enfreignent la loi sont passibles d'une peine de prison pouvant aller jusqu'à deux ans ou d'une amende pouvant atteindre 10 millions de wons, soit environ 7 500 euros.

Cependant, là aussi, le sujet est controversé. Certains travailleurs masculins ont publiquement plaidé contre le congé menstruel, y voyant une forme de "sexisme inversé", et les femmes seraient réticentes à le demander.

En 2012, Sung Jae-gi, le chef du groupe sud-coréen de défense des droits des hommes Man of Korea, a publié un commentaire cinglant sur Twitter : "Vous [les femmes] devriez avoir honte de vous. Pourquoi faites-vous tant d'histoires pour avoir vos règles alors que le taux de natalité de la nation est le plus bas du monde ?"

Trois jours par an à Taiwan

Le congé menstruel a été introduit pour la première fois à Taïwan en 2002 et modifié en 2013. La législation autorise un maximum de trois jours de congé menstruel par an, les employés recevant la moitié de leur salaire régulier.

Dans le cadre de la législation initiale, les femmes avaient droit à un congé menstruel, mais celui-ci était intégré aux 30 jours de congé maladie qui prévoyaient également un demi-salaire. Par conséquent, si une femme réclamait trois jours de congé menstruel, cela ne laissait que 27 jours de congé maladie commun pour l'année.

Le nouveau système, mis en place en 2013, visait à remédier à cette situation. Les femmes ont désormais droit à trois jours de congé menstruel par an à demi-salaire, en plus des 30 jours de congé de maladie ordinaire. Cela signifie que les femmes peuvent réclamer annuellement jusqu'à 33 jours de congés pour des raisons de santé.

Cependant si une employée prend plus de 30 jours de congé maladie au total, les trois jours supplémentaires ne sont pas payés.

La "fête des mères" en Zambie

AP Photo/Tsvangirayi Mukwazhi
Des femmes à Lusaka, en Zambie, le 12 août 2021. Le congé menstruel a été inscrit dans la loi d'Afrique australe en 2017 et est familièrement appelé "fête des mères"AP Photo/Tsvangirayi Mukwazhi

Le congé menstruel a été inscrit dans la loi de la Zambie en 2017. 

Appelée familièrement "fête des mères", cette politique fonctionne largement de manière informelle, les femmes étant autorisées à téléphoner le jour même pour dire qu'elles prennent ce congé.

Il permet aux salariées de prendre un jour de congé de plus par mois sans avoir à montrer un certificat médical ou à donner une raison à leur employeur.