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Démocratie de l'UE sous pression ? La manipulation étrangère de l'information, 2e menace majeure

Sur cette photo d’archive du mardi 11 juin 2013, le président russe Vladimir Poutine apparaît dans le viseur d’une caméra, au nouveau siège de « Russia Today »
Sur cette photo d’archives du mardi 11 juin 2013, le président russe Vladimir Poutine apparaît sur l’écran du viseur d’une caméra au nouveau siège de la chaîne « Russia Today » Tous droits réservés  AP Photo
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Par Servet Yanatma
Publié le
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Eurobaromètre : manipulation d’information étrangère, ingérence et désinformation, y compris lors des élections, 2e menace pour la démocratie de l’UE; les experts nuancent.

La propagande étrangère n’est pas un phénomène nouveau. Elle remonte à des siècles et s’est faite plus visible avec l’essor des médias de masse. Elle continue d’évoluer, en s’adaptant aux derniers outils de communication.

Internet et les réseaux sociaux ont offert de nouveaux canaux puissants à la propagande internationale, y compris à la mésinformation et à la désinformation. La Russie a été accusée à de multiples reprises, notamment d’ingérence dans les élections américaines, et est de plus en plus considérée comme un suspect habituel partout en Europe.

Une récente enquête Eurobaromètre a constaté que « la manipulation de l’information étrangère, l’ingérence et la désinformation, y compris dans le contexte des élections » constituent le deuxième défi le plus sérieux auquel l’UE est confrontée. Plus de deux Européens sur cinq (42 %) partagent cet avis. Cette inquiétude dépasse 50 % dans certains pays.

« Je mettrai en garde contre une surinterprétation de ces résultats… La question elle-même nous en dit long sur la perception qu’ont les auteurs (c’est-à-dire l’équipe de communication de la Commission européenne ?) de ce qui pourrait menacer la démocratie dans l’UE », a déclaré à Euronews Next le Dr Pawel Zerka, senior policy fellow au Conseil européen des relations internationales (ECFR).

_“_Bien sûr, cela ne signifie pas que ces résultats sont complètement inutiles.

Le troisième défi le plus sérieux est interne, mais lié à la même problématique : « le manque de transparence quant au fait que des contenus politiques en ligne soient promus via de nouvelles technologies comme l’IA ». Près d’un tiers des répondants (32 %) partagent ce point de vue.

Les répondants européens citent d’abord « la défiance croissante du public envers les institutions et les processus démocratiques », évoquée par près de la moitié (49 %).

Biais médiatique ou menace réelle ?

Dans quelle mesure la manipulation d’informations venues de l’étranger constitue-t-elle une menace pour la démocratie dans l’UE ?

Sander van der Linden, de l’Université de Cambridge, avance deux hypothèses concurrentes. La première pointe un biais médiatique. Selon cette approche, la couverture étendue des manipulations d’information étrangères alarme le public de façon excessive.

L’autre modèle estime que ces inquiétudes sont légitimes car elles reflètent fidèlement la réalité : la manipulation d’informations venues de l’étranger se déploie aujourd’hui à grande échelle, avec une assistance sans précédent de l’IA.

« Personnellement, je dirais qu’il est vrai que les médias amplifient les inquiétudes autour des manipulations d’information étrangères, mais ces inquiétudes sont justifiées », a-t-il déclaré à Euronews Next.

« Russia Today instrumentalise-t-elle l’information ? »

« Les élites politiques européennes racontent une histoire selon laquelle les opérations d’information étrangères doivent être mauvaises parce qu’elles pourraient l’être », a déclaré à Euronews Next Ben O’Loughlin, de Royal Holloway, professeur à l’Université de Londres. Il a souligné que des recherches publiées après l’interdiction de Russia Today (RT) en 2022 montrent que si certains contenus de RT étaient manipulatoires, d’autres étaient simplement exacts.

Si des manifestations ont lieu pour quelque raison que ce soit dans les capitales européennes, RT le rapportera. Cela indique que les citoyens européens sont mécontents, donc que la politique ne fonctionne pas.

« Cela provoque alors une panique au sein des gouvernements européens, qui estiment que RT instrumentalise l’information pour nuire à ces mêmes gouvernements. Cette panique est redoublée parce que la démocratie faisait déjà face à des défis, même en l’absence de manipulations étrangères », a-t-il ajouté.

Pourquoi la Suède fait-elle exception ?

En Suède, 73 % des répondants considèrent la manipulation d’informations étrangères comme le défi le plus sérieux auquel l’UE est confrontée. Le pays nordique fait donc figure d’exception.

« [Cela] peut être provisoirement relié à plusieurs facteurs, notamment sa proximité géographique avec la Russie, son adhésion récente à l’OTAN, et des campagnes d’influence attribuées au Kremlin », a déclaré à Euronews Next Cristina Arribas, chercheuse à l’Université Rey Juan Carlos.

Elle a expliqué quecette perception est aussi liée à des éléments structurels internes tels qu’une solide tradition d’éducation aux médias, la culture de l’esprit critique, un haut niveau d’instruction, une culture démocratique consolidée et un système médiatique pluraliste.

« Ces caractéristiques s’étendent à d’autres pays nordiques, notamment la Finlande et le Danemark, et expliquent leur plus grande résilience face à la désinformation », a-t-elle ajouté.

La Finlande et les Pays-Bas suivent la Suède à 55 %, le Danemark à 51 % et l’Allemagne à 49 %.

Dans huit pays de l’UE, cette proportion est inférieure à un tiers. La Tchéquie, le Portugal et l’Estonie affichent les niveaux les plus bas, avec seulement 28 % des répondants partageant cette opinion.

La proximité géographique avec la Russie est-elle déterminante ?

Arribas souligne que la proximité géographique ne se traduit pas nécessairement par une perception accrue de la manipulation d’informations étrangères comme une menace. C’est visible dans les États baltes, en Pologne (29 %) et en Roumanie (31 %), où, malgré leur proximité avec la Russie, l’inquiétude exprimée dans l’enquête est relativement plus faible.

« Ce résultat renforce l’hypothèse selon laquelle des facteurs structurels, plutôt que la seule géographie, jouent un rôle plus décisif dans la formation de la perception des citoyens à l’égard de la désinformation et de la FIMI en tant que risques pour la démocratie », a-t-elle affirmé.

Au sein des « Quatre grands » de l’UE, l’Allemagne affiche la part la plus élevée, avec près de la moitié des répondants (49 %) d’accord. La France et l’Espagne se situent près de la moyenne européenne à 43 %, tandis que l’Italie la rejoint à 42 %.

Pour expliquer les différences entre pays, Zerka estime que la survenue d’importants cas d’ingérence étrangère ou de cyberattaques dans l’histoire récente d’un pays peut façonner les perceptions du public.

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