La présidente de la Commission européenne annonce un important paquet d’aide économique et politique à Erevan lors d’une tournée stratégique dans le Caucase du Sud.
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a annoncé un large soutien de l’Union européenne à l’Arménie lors de sa visite à Erevan jeudi, dans le cadre d’une tournée stratégique dans le Caucase du Sud. Elle a dévoilé une série de mesures économiques inédites visant à aider le pays à résister à la pression croissante de la Russie, liée à son rapprochement prudent avec l’Occident.
Saluant le "partenariat plus étroit avec l’Europe" de l’Arménie et le fait que "le peuple arménien a choisi la démocratie (…) et de s’associer à l’Union européenne", Ursula von der Leyen a présenté de nouveaux programmes de soutien financier, la suppression des droits de douane sur la plupart des exportations arméniennes vers l’UE, ainsi qu’un engagement à faciliter la libéralisation des visas, entre autres mesures, en réponse à ce qu’elle a qualifié de "coercition économique" exercée par la Russie.
Au lendemain de sa visite en Azerbaïdjan mercredi, elle a également évoqué ce qu’elle a présenté comme un "moment historique" du processus de paix entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, ainsi que le nouvel élan donné à l’engagement stratégique de l’UE auprès des deux anciens rivaux, déclarant que "tandis que l’Arménie se rapproche de l’UE, le Caucase du Sud se rapproche lui aussi".
Dans un message politique clair, la présidente de la Commission européenne a souligné qu’en votant pour Pachinian lors des récentes élections, "le peuple arménien s’est exprimé clairement. Il a choisi la démocratie. L’État de droit".
"Il a choisi les réformes et la paix. Il a opté pour une société ouverte, accueillante et inclusive. Et il a choisi de s’associer à l’Union européenne", a ajouté Ursula von der Leyen, affirmant que "nous devons désormais transformer ensemble ces aspirations en résultats".
Elle a également réaffirmé le soutien politique de l’UE à l’Arménie : "Je sais que l’Arménie est toujours confrontée à une forte pression économique de la part de la Russie (…), mais soyez assurés que lorsque la pression augmente sur nos partenaires, l’UE répond présente. Vous pouvez compter sur nous."
Nouvelles mesures commerciales pour contourner les restrictions russes
L’Arménie bénéficiera désormais, à titre exceptionnel, d’un nouvel instrument de l’Union européenne. N’étant ni pays candidat ni liée par un accord commercial classique, elle pourra réorienter une partie de ses exportations destinées à la Russie vers le marché européen, avec une exemption de droits de douane.
Ursula von der Leyen a annoncé une proposition baptisée "mesures commerciales autonomes", qui libéralisera près de 80 % des exportations arméniennes vers le marché unique européen, fort de 450 millions de consommateurs. Cette initiative prévoit la suppression des droits de douane afin de soutenir l’économie arménienne face à l’offensive économique croissante de la Russie, qui impose depuis plusieurs mois de vastes restrictions commerciales au pays.
"Cette mesure ouvrira les portes de l’Europe à près de 99 % des fruits, légumes et plantes arméniens qui étaient auparavant exportés vers la Russie, et elle donnera accès au marché unique de l’Union européenne à plus de 90 % de vos exportations de boissons et spiritueux", a expliqué la présidente de la Commission.
"Ces dernières semaines, nous avons vu arriver de plus en plus de fleurs arméniennes sur notre marché. Je pense que c’est un beau symbole d’un nouveau chapitre de notre partenariat économique. Et ce n’est que le début", a-t-elle ajouté.
Par ailleurs, Ursula von der Leyen a indiqué que l’Union européenne versera 18 millions d’euros supplémentaires à l’Arménie pour soutenir le commerce, dernière tranche d’un ensemble plus large de 52 millions d’euros préparé à la veille des élections cruciales de juin, qui ont donné au Premier ministre arménien Nikol Pachinian un solide mandat pro-occidental.
Aux côtés de Pachinian, elle a estimé que l’Arménie "est toujours confrontée à une forte pression économique de la part de la Russie, qui relève en réalité d’une véritable coercition économique".
Interrogé sur l’avenir des relations entre Erevan et Moscou lors de la conférence de presse, Pachinian a réaffirmé une ligne prudente : "Nous n’avons jamais cherché, et ne chercherons jamais, à provoquer une crise dans les relations entre l’Arménie et la Russie."
Il a toutefois ajouté : "Nous agissons uniquement dans l’intérêt de notre pays. Nous respectons les intérêts de tous nos partenaires internationaux, mais nous ne pouvons placer les intérêts d’aucun partenaire au-dessus de ceux de l’Arménie."
Des milliards promis pour la connectivité régionale
La cheffe de l’exécutif européen a rappelé la promesse faite la veille à Bakou par les Vingt-Sept d’investir 200 millions d’euros dans une nouvelle initiative de connectivité de l’UE, baptisée Global Gateway, et de "mobiliser jusqu’à 2 milliards d’euros pour des projets stratégiques de transport, d’énergie et de numérique dans l’ensemble du Caucase du Sud", dont l’Arménie devrait bénéficier après la normalisation de ses relations avec l’Azerbaïdjan.
La connectivité constitue désormais un axe central de l’engagement de l’Union européenne dans la région, le corridor médian s’imposant comme une route de transit stratégique entre l’Asie et l’Europe, et comme une alternative eurasiatique majeure dans un contexte de perturbations des chaînes d’approvisionnement mondiales liées notamment aux tensions au Moyen-Orient.
Le corridor médian, également appelé route internationale de transport transcaspienne (TITR), est un réseau multimodal combinant routes, voies ferrées et liaisons maritimes reliant la Chine et l’Asie du Sud-Est au Kazakhstan, à l’Azerbaïdjan et à la Géorgie, puis à la Turquie et à l’Europe.
Alors que le Caucase du Sud constitue un maillon clé de ce corridor et que l’Union européenne entend "créer des ponts entre les populations", Ursula von der Leyen a également annoncé une enveloppe de 20 millions d’euros pour un "programme de promotion de la paix".
Ces fonds doivent soutenir les communautés vivant le long des frontières, en renforçant les économies locales et en améliorant les conditions de vie, "afin que la paix prenne racine dans les cœurs et les esprits de cette génération – et de la suivante", a-t-elle précisé.
Par cette annonce, la présidente de la Commission européenne a salué l’engagement de Nikol Pachinian, selon lequel l’Arménie a tourné la page des guerres du Haut-Karabakh avec l’Azerbaïdjan, ouvrant la voie à un avenir de coopération entre les deux anciens rivaux.
Libéralisation des visas et diversification énergétique à l’ordre du jour
Au cours de la visite, Nikol Pachinian a annoncé que l’Arménie visait une libéralisation des visas avec l’UE d’ici 2029, en fonction du rythme des réformes menées dans le pays.
Ursula von der Leyen a répondu que l’Union européenne mènerait une mission d’évaluation cet automne, rappelant que l’Arménie est le seul pays actuellement engagé dans un processus actif de libéralisation des visas avec l’Union.
Alors que l’Arménie dépend fortement des importations d’énergie russes – un levier dont Moscou a déjà menacé Erevan – la présidente de la Commission a indiqué que des experts européens se rendraient dans le pays du Caucase du Sud pour l’aider à diversifier ses sources d’approvisionnement, un domaine dans lequel l’UE dispose d’"une grande expérience", citant notamment l’Ukraine et la Moldavie.
Nikol Pachinian a par ailleurs annoncé que l’Arménie construirait des lignes de transport d’électricité avec l’Azerbaïdjan et la Turquie afin de renforcer sa sécurité énergétique, en plus de rétablir les liaisons de transport régionales.
Qualifiant le processus de paix entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan de "l’étape la plus déterminante que cette région ait accomplie depuis des décennies", la présidente de la Commission a également salué "la poursuite de la normalisation des relations avec la Turquie" par Erevan.
"Ces décisions ont nécessité du courage politique et du leadership. Et je sais que leurs bénéfices seront immenses", a déclaré Ursula von der Leyen à Nikol Pachinian.
"L’ouverture des frontières transformera l’avenir économique de l’Arménie et l’ancrera au cœur de l’un des carrefours les plus stratégiques du monde. Nous serons à vos côtés pour faire de cette vision une réalité", a-t-elle conclu.